Quand Armand s’achète une mauvaise bagarre

Publié le mercredi 25 avril 2018

Deux personnalités emblématiques se sont publiquement étripées devant les médias comme pour donner une résonnance particulière à leur différend. L’édile de la capitale, Armand Beouindé, a été le premier à ouvrir le bal des hostilités en convoquant les médias pour dénoncer la démarche du promoteur immobilier Abdoul Ouédraogo dit Abdoul Services à propos d’un don de terrain d’environ 10 hectares aux populations de Sondogo, village situé à la périphérie de Ouagadougou. Selon le promoteur, à l’origine de son geste, il y a cette complainte du chef dudit village sur les capacités d’accueil de leur cimetière en voie d’épuisement. Cette complainte a rencontré la générosité de l’homme d’affaires qui ne s’est pas contenté d’octroyer un terrain. Il a aussi ajouté un corbillard, une ambulance et des motos. Et comme le village en question relève d’une commune, c’est donc la mairie de l’arrondissement 7 qui fut la destinataire et bénéficiaire de ce paquet de dons. La suite est connue, c’est cette bagarre déclenchée par le maire central, Armand Beouindé au motif que le promoteur n’a pas respecté les procédures. De fait, ce dernier affirme disposer de papiers attestant qu’il a acquis le terrain auprès de coutumiers pour la somme de 25 millions. Certes, aux yeux de la loi, cela ne fait pas encore de lui un propriétaire mais c’est tout de même un pas dans le processus d’acquisition. D’autres pas restaient à faire et la suite du processus pourrait s’avérer fort compliqué. Malgré tout, le geste du promoteur méritait d’être salué, quitte à voir avec lui ce qui pourrait être fait pour lever d’éventuels obstacles à l’acquisition ainsi qu’à la jouissance du terrain.
Mais le subjectivisme semble avoir pris le pas sur la raison. Comment comprendre en effet que la question du don de terrain bloque les autres dons ? Quel problème insurmontable de procédure pose le corbillard, l’ambulance ou encore les motos ? Quels services ils auraient rendu aux populations de l’arrondissement s’ils étaient opérationnels ? Autant dire donc que le problème ce ne sont pas les dons mais plutôt la personne qui donne. Le promoteur ne s’y est pas trompé quand il affirme qu’il y a un problème de personne entre son grand frère Armand et lui. Cela nous ramène à une autre époque avec cette histoire d’ambulance offerte par Arba Diallo à l’hôpital de Dori (il n’était pas encore l’édile de la ville) interdite d’usage au motif que le donateur c’était lui et non pas quelqu’un d’autre. Le geste d’Abdoul services parle à tous ces politiciens démagogues qui savent aller à la pêche des voix mais qui oublient en retour leurs électeurs quand ils arrivent aux affaires. On devrait plutôt se féliciter que le jeune opérateur économique fasse un retour d’investissement auprès de populations dont il est après tout redevable d’une manière ou d’une autre. D’autres auraient claqué leurs sous dans des lieux de plaisir ou dans des acquisitions somptuaires, au lieu d’investir utilement pour le développement de leur pays.

« Il est malheureux que le maire central ait préféré vider le différend si tant est qu’il y ait un réel différend, à travers nagras et caméras alors qu’il aurait été plus judicieux de privilégier la concertation fraternelle. La réplique du petit frère qui est allé sur site s’expliquer devant les populations concernées est ravageuse pour l’image du bourgmestre de la capitale. »

Il est malheureux que le maire central ait préféré vider le différend si tant est qu’il y ait un réel différend, à travers nagras et caméras, alors qu’il aurait été plus judicieux de privilégier la concertation fraternelle. La réplique du petit frère qui est allé sur site s’expliquer devant les populations concernées est ravageuse pour l’image du bourgmestre. C’est donc le maire qui est l’obstacle à la satisfaction des préoccupations pressantes exprimées par les populations. Passe encore qu’il ne soit pas en mesure de combler leurs attentes. Mais franchement qu’il soit perçu comme une entrave à l’élan de ceux qui sont en capacité de le faire est non seulement navrant mais désastreux pour l’homme politique qu’il veut être. Peu importe l’idée que l’on se fait de ce jeune opérateur dont la fulgurance dans le business fait débat. Il ne faut surtout pas perdre de vue l’essentiel quand on est un homme public et surtout quand on assure une haute fonction sociale comme c’est le cas pour le bourgmestre de la capitale.
La prochaine fois que vous auriez envie de vous lâcher M. le maire, passez-nous un coup de fil, nous bosserons pour vous sans frais !

Par Germain B. Nama


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