Lutte contre le terrorisme : Sale temps pour djihadistes sahéliens et sahariens

Publié le mercredi 25 avril 2018

Depuis deux mois, il fait un sale temps pour les terroristes sahéliens et sahariens. Ainsi que RFI l’a fait remarquer (3 avril 2018), il ne se passe pas une semaine sans que des accrochages impliquant la force Barkhane soient rapportés. Le dernier en date étant celui très meurtrier du dimanche 1er avril, à une centaine de kilomètres au nord de Tombouctou, à environ 90 km au sud de Menaka et à 3 km de la frontière nigérienne, et qui a tué trente terroristes. Selon le porte-parole de l’Etat-Major français, l’accrochage a eu lieu dans le cadre d’une « opération de reconnaissance et de contrôle de zone dans la région d’Akabar, menée depuis le 28 mars par un détachement de commandos parachutistes de Barkhane et des forces armées maliennes (FAMA), en liaison avec les forces armées nigériennes et accompagnés par un groupe d’autodéfense local ».
Certes, l’Etat-Major français ne précise jamais les identités des personnes concernées et a fortiori leur place dans l’organigramme terroriste. Mais comme le fait remarquer encore RFI, l’opération du 1er avril visait vraisemblablement à mettre un terme aux activités d’un certain Abdourahme al-Maghrebi, considéré comme un formateur des membres de groupes armés de la région. Les formateurs étrangers, continue notre confrère, sont régulièrement ciblés par Barkane et les forces spéciales au Sahel et au Sahara. Ainsi, avant Abdourahme al-Maghrebi, originaire du Maroc, Abou Nour al-Andaloussi, l’Espagnol, avait été tué en 2016 et, surtout, l’Egyptien Aboubakar al-Misri, en 2014, un cadre de haut niveau qui avait été recruté pour tenter d’internationaliser le mouvement terroriste. Or, Abdourahme al-Maghrebi, outre de former les membres des groupes djihadistes, était, en plus, un spécialiste des armes lourdes. Et les terroristes du nord Mali utilisent de manière régulière des mortiers, (comme ce fut le cas le 8 juin 2017 dans l’attaque qui a tué à Kidal trois casques bleus) ou des roquettes, et avec une certaine précision. Quoiqu’il en soit, depuis novembre 2017, les forces sahéliennes et sahariennes maintiennent la pression sur les terroristes. Le 15 mars dernier, déjà, l’état-major français communiquait le nombre de 60 djihadistes, tués ou capturés. Quelques jours encore avant ce 15 mars, Barkhane a mené une opération au sud de l’axe Asongo-Menaka, dans la zone des trois frontières (Mali, Niger, Burkina), portant plusieurs coups significatifs aux terroristes. Deux opérations, révèle le porte-parole de l’état-major français, ont permis de mettre hors combat une dizaine de terroristes.

Des frappes meurtrières et méthodiquement ciblées sur des sanctuaires terroristes

Depuis novembre 2017, Barkhane ratisse la zone des trois frontières Mali, Niger, Burkina : « Une action dans la durée de manière à obtenir du renseignement utilisable rapidement pour désorganiser les capacités de l‘adversaire ». Ce ratissage a produit ses effets. Ainsi, après la sévère frappe du 14 février dans la région de Tinzaouaten à la frontière avec l’Algérie qui a tué 20 terroristes, dont plusieurs lieutenants de Iyag Ag Ghali (notamment l’important chef de guerre Mohamed Ould Nouini), et qui a d’ailleurs valu l’attaque désespérée et en représailles contre l’état-major burkinabè et l’ambassade de France le 2 mars, c’est la zone de Gao qui a été, à son tour, frappée, 3 jours après, le 17 février, vraisemblablement contre des éléments, là aussi, du GSIM (Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans) comme dans l’attaque du 14 février. Puis du 22 au 25 février, une autre opération est menée contre l’Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS), à la frontière avec le Niger. Plusieurs cadres importants du mouvement ont été capturés. Une autre opération, héliportée, a également été menée, dans le même temps, dans la zone où opèrent les milices GATIA et du mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA), alliés circonstanciels de la force Barkhane. Enfin du 9 au 12 mars, une nouvelle opération est menée par Barkhane avec, cette fois, les forces armées maliennes. Dans le même temps, la force conjointe du G5 Sahel a conduit deux opérations dans la région.
De telle sorte que, entre force Barkhane, d’un côté, et G5 Sahel, de l’autre, les terroristes évitent soigneusement les affrontements directs et utilisent la stratégie de l’attaque à l’engin explosif improvisé, comme celui qui a tué deux soldats français au nord-est du Mali à la zone frontière avec le Niger, zone refuge de djihadistes, sur l’axe Asongo-Manaka, à hauteur d’Indelimane, le 22 février 2018. La force Barkhane y menait, depuis au moins une semaine avant l’embuscade meurtrière, des opérations de contrôle plutôt fructueuses. Celles-ci ont permis de saisir, en effet, des armes et de détruire d’autres matériels militaires. Cette campagne du nord-est visait surtout à réduire la marge de manœuvre d’un des groupes terroristes qui tient coûte que coûte à s’installer dans le secteur : l’Etat Islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Ce mouvement est dirigé par Abou Walid al-Saharaoui, ex responsable du MUJAO et, depuis un certain temps, premier responsable de l’Etat islamique dans le Grand Sahara. Tantôt au Mali, tantôt au Niger, Abou Walid al-Saharaoui y recrutait au sein des populations locales.

Quid d’Iyad Ag Ghali ?

Certes, les djihadistes ont une étonnante capacité à se régénérer, mais il est sûr que là ils vont très certainement accuser le coup, d’une manière ou d’une autre, pendant un bout de temps. La saignée est importante, en particulier pour Ansar Dine, le mouvement d’Iyad Ag Ghali. En fait, ce n’est pas une saison pour eux. Et ce n’est pas le djihadiste malien, al-Hassan AG Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mohamed Ag Mahmoud, qui dira le contraire, lui qui a été transféré le 31 mars dernier à la Haye. Son nom kilométrique, à la hauteur de ses méfaits, l’a ainsi conduit à la CPI, où il a comparu devant ses juges le 4 avril dernier, accusé de crime contre l’humanité et de crime de guerre commis à Tombouctou en 2012. Originaire de la région de Tombouctou et membre du groupe Ansar Dine de Iyad Ag Ghali, c’est lui qui faisait arrêter les femmes non voilées, les jetait en prison ou les battait et procédait à des mariages forcés. Du reste, il rejoint, à la CPI, un autre membre d’Ansar Dine déjà condamné, lui, à 9 ans de prison pour destruction de mausolées classés au patrimoine mondial : Ahmad Al Fagi al Mahdi. Et à en croire, certains journaux bamakois, d’autres malfrats maliens pourraient le suivre à la CPI.
Mais quid de Ghali lui-même ? Le mutisme des armées sur les noms des terroristes tombés ne permet pas de savoir s’il est encore en vie ou non. Mais en croire le porte-parole de la coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), Iyad Ag Mohamed, évoquant très récemment la crise de confiance entre les signataires de l’accord d’Alger de 2015 (qu’on tend aujourd’hui, selon lui, à briser), dit ceci, commentant la possibilité d’inclure Iyad Ag Ghali, le chef djihadiste, dans le dialogue : « Si Iyad fait partie des solutions pour régler définitivement le problème du Mali en général, je ne vois pas d’inconvénient à ce qu’il intervienne d’une manière ou d’une autre (dans le dialogue, Ndr). Paris a beaucoup revu sa position. J’ai vu les interventions récentes des officiers supérieurs français qui commencent à parler de solutions politiques. J’imagine que dans solutions politiques, cela veut dire qu’il faut exclure la manière forte » (in G5 Sahel, 2018).

Albert Londres SANA


Commenter l'article (0)