500 Kilo d’ivoire saisis : Silence coupable des autorités, absence de poursuite des braconniers

Publié le mercredi 25 avril 2018

C’est une saisie record opérée par des agents forestiers de la direction provinciale de l’Environnement de la Tapoa (dans l’est Burkina). En effet, depuis la création du corps des Eaux et forêts en 1948, ce serait sauf erreur, la première saisie de cette importance. Une longue traque lancée depuis les parcs d’Arly et W dont l’épilogue a eu lieu le 10 mai 2016 à Ouagadougou. Curieusement, malgré cet exploit, aucune communication publique n’a été faite par le gouvernement et le ministère de l’Environnement sur cette grave affaire. Pire, à notre connaissance, aucune procédure de poursuite n’a non plus été enclenchée depuis lors. Qu’est-ce qui justifie un tel mutisme ?

Nous sommes en 2016, le phénomène du braconnage dans les parcs d’Arly et W connait une forte recrudescence. Les services provinciaux de l’environnement découvrent régulièrement des cadavres de pachydermes dépourvus de leurs défenses dans les zones forestières protégées. Moussa Oubda, alors directeur provincial de l’Environnement en charge de la protection de la faune de la Tapoa décide de faire quelque chose. Un réseau de renseignement est mis en place et très rapidement un suspect est identifié. Un nommé Sawadogo Lassané ressortissant du village de Tanwalbougou, à 100 km de Fada N’Gourma. Très discrètement une filature permet de suivre ses déplacements à travers les provinces de la Tapoa et du Gourma jusqu’à Ouagadougou. Une fois le repaire des trafiquants identifiés, les agents forestiers qui ont suivi à la trace le suspect concoctent un stratagème. Ils vont se faire passer pour des acheteurs d’ivoire. Le contact est noué par un des hommes avec un certain D. X, militaire en activité grâce à la facilitation de connaissances sur place. Il lui fait croire qu’il est un acheteur d’ivoire et il travaille pour le compte d’un boss qui se trouverait en Côte d’Ivoire. Méfiant, le militaire fait néanmoins semblant d’être intéressé mais il n’a qu’une idée dans la tête : sécuriser le butin en le déplaçant vers une autre planque. Mais ce plan ne va pas prospérer. Pour cause, depuis près d’une semaine, des agents font le guet autour de la maison suspecte. L’assaut sera donné contre la planque aux environs de 11H, le 10 mai 2016. Les trafiquants sont surpris mais opposent une farouche résistance. Lassané Sawadogo et ses complices abandonnent le combat et prennent la poudre d’escampette. Ils laissent derrière eux, trois valises contenant 66 pièces d’ivoire prélevées sur 33 éléphants.

Silence radio et absence de poursuite

Le job terminé, Moussa Oubda et ses hommes dressent le procès-verbal de saisie qu’ils remettent avec les trois valises et leur contenu à la direction de la chasse et de la faune à Ouagadougou. Dans le procès-verbal de saisie, ils mentionnent l’identité d’au moins deux des trafiquants ainsi que leurs coordonnées téléphoniques. Depuis lors, silence et boule de gomme. Le 10 mai prochain, cela fera deux ans que l’opération a été menée et jusque-là on ne connait pas la suite qui lui a été donnée. Même à l’endroit des agents qui ont conduit avec brio cette opération, aucun témoignage de reconnaissance n’est venu de la hiérarchie. Pas de félicitations ni d’encouragement de la nation. Rien. Pire, cinq mois après la saisie, M. Moussa Oubda, le directeur provincial qui l’a personnellement conduite et supervisée est déchargé de ses fonctions et ramené à la direction des forêts et de la reforestation à Ouagadougou. Une affectation qui est loin de ressembler à une récompense.
Outré, l’ancien directeur provincial finit par interpeller le secrétaire général de son ministère dans une missive où il se lâche : « J’ai l’honneur de vous rendre compte d’une situation dont sa gestion par ma hiérarchie n’est pas digne de personnes ayant fait le serment de protéger l’Environnement, les ressources forestières et fauniques(…) Nous avons investi d’énormes ressources et mis notre vie en danger en menant cette opération dangereuse, périlleuse et dépensière et aucun responsable du ministère à quelque niveau que ce soit ne l’a reconnu(…) La gestion opaque et silencieuse de ce crime écologique et faunique laisse paraitre l’absence de transparence et de traçabilité toute chose utile pour un bon deal (…) A quoi bon donc d’inscrire les Parcs W et Arly au patrimoine mondial si les responsables de l’Environnement manifestent un désintérêt notoire ou une absence de sensibilité en étouffant et en mettant sous silence le massacre de 33 éléphants dont les ivoires ont été héroïquement saisies par des agents ?
Et ce n’est qu’un aspect de la question. L’autre aspect, c’est le laxisme de rigueur vis-à-vis de ce qui à juste titre peut être taxé de « crime écologique et faunique » comme il ressort de l’écrit de Moussa Oubda. L’éléphant d’Afrique est entièrement protégé par une série de conventions internationales et régionales. Au Burkina Faso, le code forestier en ses articles 107 et 108 consacre cette protection. Et la chasse à l’éléphant est interdite depuis 1980. Malgré tout, le massacre des pachydermes ne cesse pas, à cause de ses défenses qui sont prisées sur le marché international et notamment en Chine. Au Burkina Faso selon un rapport publié par la direction de la chasse et de la faune, 402 éléphants ont été abattus du 1er janvier 2012 au 31 mai 2015. C’est la région de l’Est qui a ravi le record macabre de tueries avec 305 éléphants abattus pendant la période. Cette tendance dangereuse s’accommode mal du laxisme affiché par les autorités en charge de la protection de ces espèces menacées. Les Burkinabé ne sont même pas sensibilisés sur le danger du braconnage pour l’avenir de la faune et donc du tourisme, secteur d’avenir au Burkina Faso. On ne peut donc s’étonner qu’aucune veille citoyenne n’existe à la fois dans les zones proches des parcs que dans le pays. A la base de ce phénomène, la méconnaissance de la politique nationale en la matière. Il y a véritablement péril en la demeure et un sursaut de toute évidence s’impose !

Par Germain B. NAMA

Graves dysfonctionnements au Ministère

Nous avons sollicité et obtenu une rencontre avec le ministre de tutelle Prosper Bassière le lundi 9 avril 2018. Ce que nous avons appris est renversant. C’est à la faveur d’un écrit balancé à l’international sur le sujet par un agent de son ministère qu’il aurait pris connaissance de la fameuse saisie qui va entrer dans son 24e mois le 10 mai prochain. Immédiatement le ministre somme ses services compétents de lui faire rapport sur la question. Le document dont nous avons obtenu copie contient quelques curiosités sur la gestion du dossier. Primo, il n’y a pas eu procès-verbal de réception des valises d’ivoire. Secundo, les quantités d’ivoire communiquées par les deux parties ne concordent pas. Du côté des agents ayant opéré la saisie on annonce environ 500 kg (c’est une estimation car ils n’ont pas disposé d’instruments de mesure sur place) tandis que l’inventaire fait par la direction des chasses et des ressources cynégétiques près de deux ans après fait état de 93,5kg d’ivoire. Suprême curiosité, il se trouve que les délinquants qui avaient pris la fuite sont allés se plaindre à la police d’avoir été victimes d’arnaque d’individus qui se sont fait passer pour des agents des eaux et forêts. Pendant qu’ils étaient toujours dans les locaux de la police, deux policiers se rendent à la direction générale des Eaux et forêts pour poursuivre l’entretien. Ils tombent sur les agents qui ont monté l’opération et on leur montre les résultats de la saisie. De retour au commissariat, les policiers se dépêchent de relâcher les délinquants au motif que le butin a été récupéré. Curieusement, l’affaire s’arrête là. Pas de plainte contre les policiers auteurs de ce forfait, pas de procédure contre les délinquants non plus dont les identités sont connues et des services des Eaux et forêts et de la police nationale. Il y a là un début de compréhension des raisons pour lesquelles on n’a pas voulu communiquer sur la saisie. La question qui se pose à présent c’est de savoir ce que le ministre Bassière compte faire de cette désinvolture caractérisée de la part de ses agents !

GBN

Eléphant et écologie

La régression et l’éventuelle disparition d’un herbivore important comme l’éléphant s’accompagneront de bouleversements écologiques majeurs. L’éléphant occupe en effet une place centrale dans les savanes : Il joue un rôle significatif dans le maintien de la physionomie des écosystèmes savanicoles (architecte des paysages) et dans la régénération des espèces végétales (disséminateur des espèces végétales). Il permet donc le maintien des écosystèmes et réduit leur vulnérabilité.
Par ailleurs, il est un indicateur écologique de la santé (état global) de l’écosystème ; sa disparation signifierait celle de beaucoup d’autres espèces. L’éléphant revêt une importance socioculturelle. Pour certaines cultures, l’éléphant représente un symbole de puissance, de grandeur et de force. Il serait donc inadmissible de faire ou de laisser disparaître un tel symbole. Il est important de valoriser cette espèce entre autre par le tourisme cynégétique/écotourisme et la chasse sportive qui génèrent des revenus aux Etats et aux populations locales.

Source : IUCN

Une stratégie sous-régionale de protection de la faune

Le Complexe W-Arly-Pendjari est un bien transnational que se partagent la République du Niger, le Burkina Faso et la République du Bénin en Afrique de l’Ouest. Situé dans la zone de transition entre les savanes de la région soudanaise et de la région forestière guinéenne, le Complexe W-Arly-Pendjari est situé au cœur du bloc d’aires protégées le plus vaste de la province biogéographique des savanes/zones boisées d’Afrique de l’Ouest et comprend le continuum le plus vaste et le plus important d’écosystèmes terrestres, semi-aquatiques et aquatiques de la ceinture de savanes d’Afrique de l’Ouest. Le bien est une mosaïque contiguë de neuf aires protégées d’une superficie de 1 714 831 ha. Il comprend le Complexe trinational du Parc Régional du W (que se partagent le Bénin, le Burkina Faso et le Niger), le Parc national d’Arly (Burkina Faso), le Parc national de la Pendjari (Bénin) et les zones cynégétiques de Koakrana et Kourtiagou (Burkina Faso) et Konkombri et Mékrou (Bénin).
Le bien et son environnement dans son ensemble servent de refuge à des espèces animales qui ont disparu ou sont extrêmement menacées dans la majeure partie de l’Afrique de l’Ouest. Le Complexe W-Arly-Pendjari a une importance particulièrement cruciale pour la conservation des dernières populations viables de mammifères appartenant aux domaines sahélien et soudanien. Le Complexe accueille la population d’éléphants la plus grande et la plus écologiquement sûre d’Afrique de l’Ouest, représentant 85% des éléphants de savane de la région. Il protège aussi l’assemblage quasi complet de la flore et de la faune caractéristiques, offrant un habitat crucial à la plupart des espèces de grands mammifères typiques d’Afrique de l’Ouest telles que le lamantin d’Afrique, le guépard, le lion, le léopard, le lycaon et le damalisque. Il abrite la seule population viable de lions de la région et probablement la seule population de guépards d’Afrique de l’Ouest.
Le Complexe W-Arly-Pendjari est de taille suffisante pour que les fonctions écologiques puissent se dérouler sans entraves et l’intégrité globale du système est bonne au regard des aires protégées d’Afrique de l’Ouest qui, bien souvent, ont souffert de dégradations importantes dues aux pressions anthropiques. Couvrant une superficie comparativement vaste de 1 714 831 ha, le bien trinational contient un ensemble représentatif d’écosystèmes soudano-sahéliens bien conservés. Il possède une grande diversité d’habitats indispensables à la survie d’espèces charismatiques et il est assez grand pour entretenir des populations viables de grands mammifères tels que l’éléphant et le lion qui ont besoin de vastes territoires.
Quatre réserves cynégétiques relient le Parc Régional du W et les complexes des Parcs nationaux Arly-Pendjari assurant la connectivité à travers le bien et permettant le déplacement libre des animaux à travers le complexe. Dans les réserves cynégétiques, la chasse a, jusqu’à maintenant, été gérée de manière durable et les réserves englobent des systèmes et habitats naturels qui sont considérés comme de qualité semblable à ceux des parcs nationaux et renforcent donc la résilience. Les réserves cynégétiques équivaudraient à la Catégorie VI de l’UICN et les activités, au moment de l’inscription, ne semblent pas avoir d’effets négatifs sur la valeur universelle exceptionnelle du bien dans son ensemble.
La zone tampon du Complexe W-Arly-Pendjari couvre une superficie totale de 1 101 221 ha et se compose de zones bénéficiant d’un statut de protection différent (réserves cynégétiques, réserves de faune sauvage et zones tampons spéciales légalement créées), toutes établies par des lois nationales. Les zones tampons sont conçues de manière à renforcer l’intégrité et gérées pour atténuer les impacts des activités humaines dans les alentours n

Source : UNESCO


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