Economie Rentabilité du coton OGM : La radio RFI crée le doute et la polémique

Publié le samedi 2 juin 2012

Selon une information donnée par Radio France Internationale (RFI), le Burkina recule sur la culture du coton Bt. L’information a été donnée le 10 mai dans la « Chronique des matières premières » consacrée au coton burkinabè. Cette information a surpris plus d’un burkinabè d’autant qu’on continue de s’interroger sur les sources qui ont bien pu inspirer la radio du quai d’Orsey (voir en encadré l’émission de RFI). La victoire des anti-OGM a été de courte durée puisqu’un démenti a été donné à l’information de RFI par le chef du gouvernement burkinabè. Les responsables de la SOFITEX, la plus importante des trois sociétés cotonnières du Burkina viendront soutenir la position du Premier ministre quant à la poursuite du coton OGM. Malgré ces démentis, le « scoop » de RFI apporte de l’eau au moulin de ceux qui ne portent pas les OGM dans leur cœur.

 

Les OGM divisent la communauté scientifique du Burkina comme dans le monde. Depuis leur introduction dans le coton en 2008 au Burkina, on observe deux clans opposés. Les antis et les pros OGM. Les premiers s’ils n’affichent pas tous une opposition foncière à la culture des OGM, ils fondent leur rejet sur « la nécessité de prudence » face aux manipulations génétiques dans les cultures et à la peur d’une situation irréversible. Les seconds se sont engagés pour la biotechnologie et affirment que le Burkina ne saurait rester en marge de la marche du monde et de la technologie. De part et d’autre, des arguments sont développés pour rejeter ou soutenir la culture du coton génétiquement modifié (CGM). Le Pr Jean Didier Zongo est généticien à l’Université de Ouagadougou. Sa position sur la culture du coton OGM est tranchée. Lui, président de la Coalition de Veille face aux OGM (CV-OGM/BF) n’a pas soutenu l’introduction des OGM dans le coton et sa position n’a pas varié depuis lors. « Le Burkina Faso est utilisé comme un champ d’expérimentation et les règles élémentaires de génétique n’ont même pas été respectées », affirme t-il. L’émission de RFI qui a relancé la polémique ne le surprend pas car dit-il « le problème de la qualité du coton avait été posé depuis le début ». Dans l’émission de RFI, la journaliste Claire Fages soutient que « le coton transgénique n’a pas tenu ses promesses au Burkina Faso » et que « les raisons de l’échec sont inhérentes au coton OGM lui-même ». 

Pr Didier ZONGO

Le mal n’est pas seulement à ce niveau mais il faut surtout voir les conséquences. Selon la journaliste, le coton transgénique encore appelé coton Bt ou coton génétiquement modifié a une longueur de fibre très courte par rapport au coton conventionnel Burkinabè. Ce désavantage fait que « le coton burkinabé autrefois moyen-haut de gamme comme tout le coton ouest-africain s’est retrouvé au rang bas de gamme du coton pakistanais ». Ce qui fait dire que le Burkina Faso a du mal à placer son coton au niveau du marché international, entrainant « une baisse des prix de 10 % et un gros manque à gagner pour les sociétés cotonnières burkinabé. ». Pour le Pr Jean Didier Zongo, l’émission de RFI a été « une bonne chose parce qu’il a fallu ça pour qu’on nous dise certaines vérités » notamment que « le Bt a eu un impact sur la qualité de la fibre ». D’autres scientifiques par contre estiment que le Bt n’est pas responsable de cette baisse de qualité du coton burkinabè. Le Pr Alassane Séré pense que le problème se trouve dans le traitement que les producteurs accordent à leurs cotonniers. Il pense comme cela ressort de l’émission de RFI, que « les cotonculteurs détournent une partie des intrants subventionnés pour les autres cultures, en particulier vivrières » alors que le coton Bt « exige une dose très précise d’engrais. ».

Pr Allassane SERE

Le Dr Déhou Dakuo est le directeur de la production à la SOFITEX. Tout en portant un démenti à l’émission de RFI qui annonce que le Burkina renoncerait au coton Bt, il déclare dans le même entretien à notre confrère Le Pays (livraison du 14 mai 2012) que « Quand sur RFI on affirme que la fibre s’est considérablement raccourcie, ce n’est pas la catastrophe. Comme en biologie, 2 et 2 ne font pas 4, nous savions que, forcément, nous allions avoir de petits problèmes, et nous nous sommes alors donné les moyens de les contrôler ». Selon toujours le Dr Dakuo, « il y a des réajustements à faire au fur et à mesure on est dans cette phase-là actuellement avec le CGM ». Le Pr Didier Zongo ne partage pas cet avis car selon lui, « il est regrettable qu’on vulgarise une variété qui n’est pas encore stabilisée et qu’il faut continuer à améliorer. ». La particularité du coton Bt par rapport au conventionnel repose surtout sur sa forte résistance aux insectes ravageurs. « Le CGM n’a pas été introduit pour augmenter directement le rendement, mais surtout pour assurer une protection des capsules. » affirme le directeur de la production dans son entretien. Cela est soutenu par le Pr Séré qui fait remarquer que grâce à l’introduction du coton OGM, les insectes ravageurs ont considérablement diminué.

La réduction de l’usage des pesticides est également à mettre au compte du coton OGM, ce qui a permis de protéger l’environnement, selon le Pr Séré. Professeur agrégé de physiologie animale, le Pr Séré est engagé pour la biotechnologie. Pour lui, choisir entre le CGM et le coton conventionnel pourrait s’apparenter à un choix entre la peste et le choléra. Et le Pr Séré a fait le choix des OGM. Il pense que le choix de continuer à produire du coton génétiquement modifié dépendra des cotonculteurs. En attendant, les autorités ont réaffirmé le choix du Burkina de cultiver le CGM. Le premier ministre l’a dit à la télévision nationale en réaction à l’information de RFI. « Cette année, dans la zone SOFITEX, on compte cultiver entre 200 000 et 300 000 hectares de CGM » et « la semence est déjà mise en place à plus de 80% auprès des producteurs pour la campagne 2012/2013. » selon le directeur de la production. RFI annonçait pourtant que « Les surfaces OGM devraient passer de 70 % à 40 %, un très fort recul » au profit du coton conventionnel. En 2010, c’est environ 400 000 ha de surface qui ont été emblavées de coton OGM. Comparé à ce qui est prévu cette année (200 000 à 300 000 ha), on peut constater que la superficie consacrée au CGM est en baisse. Selon le Pr Didier Zongo, les sources de RFI ne sont pas connues mais « une information RFI est à prendre au sérieux ».

Par Boukari Ouoba

 

Chronique des matières premières (Par Claire Fages)

Le Burkina Faso était le fer de lance du coton transgénique en Afrique
de l’Ouest. Très déçues par les rendements et la qualité de ce coton Bt, les
sociétés cotonnières burkinabé reviennent massivement cette année au coton
conventionnel.

Le coton transgénique n’a pas tenu ses promesses au Burkina Faso. Grâce à sa
résistance aux insectes, il devait donner des rendements 30 % supérieurs au
coton traditionnel. Mais cette croissance n’a pas été au rendez-vous. Bien sûr
le climat n’a pas été favorable. Mais cela n’explique pas tout, loin de là. Les
raisons de l’échec sont inhérentes au coton OGM lui-même. Plus sophistiqué, avec
des capsules plus grosses, le coton transgénique ne souffre aucun bricolage,
explique Gérald Estur, consultant spécialisé. Il exige une dose très précise
d’engrais. Or il n’a pas bénéficié de soins aussi exacts, étant donné l’habitude
qu’ont les cotonculteurs de détourner une partie des intrants subventionnés pour
les autres cultures, en particulier vivrières, qui n’en bénéficient pas. Mais la
plus mauvaise surprise, c’est la baisse de qualité de la fibre. La semence
vendue par Monsanto au Burkina a sans doute été fabriquée un peu trop
rapidement. Croisée avec la variété américaine, elle donne certes un coton plus
blanc que le coton couleur crème d’Afrique de l’Ouest, mais la fibre est
considérablement raccourcie. Or la longueur de la fibre d’un coton fait toute sa
qualité en filature. Le coton burkinabé autrefois moyen-haut de gamme comme tout
le coton ouest-africain s’est retrouvé au rang bas de gamme du coton
pakistanais. Ce qui a déboussolé non seulement les égreneurs mais aussi le
négoce, avec à la clé une baisse des prix de 10 % et un gros manque à gagner
pour les sociétés cotonnières burkinabé. C’est pourquoi elles rétropédalent
cette année. Les semis vont bientôt commencer et ce seront en majorité des
semences traditionnelles, contre 30 % l’an dernier. Les surfaces OGM devraient
de leur côté passer de 70 % à 40 %, un très fort recul. En attendant que
Monsanto ne trouve une solution pour éliminer le caractère négatif pour la
qualité de la fibre de ce coton Bt. Au grand dam des cotonculteurs qui s’étaient
habitués à des travaux moins pénibles et moins dangereux pour la santé, puisque
le coton OGM demandait beaucoup moins de traitements phytosanitaires que le
coton conventionnel.

Source : www.rfi.fr

 


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