Police-Gendarmerie : Il faut crever l’abcès !

Publié le jeudi 29 mars 2018

Dans tous les corps de défense et de sécurité dans le monde, il existe des tensions. Mais elles se manifestent sur des questions de compétence territoriale. Dès lors qu’un corps veut intervenir sur le territoire de l’autre, ça crée un conflit. Au Burkina Faso, le problème est bien réel entre les forces de police et de gendarmerie. La rivalité est profonde entre les deux. Le lundi 5 février dernier a eu lieu la cérémonie de passation de charges entre les nouveaux ministres nommés à la suite du remaniement du gouvernement Thiéba 3. Pour ce qui est du ministère de la sécurité, la cérémonie était prévue à 16 heures dans la salle Koamba Lankoandé du CENASA. Bien avant l’heure indiquée, dans la matinée, la gendarmerie a envoyé des éléments monter la garde chez le ministre Clément Sawadogo. A leur arrivée, il y avait un policier. Celui-ci fait appel à un renfort. Des éléments de la brigade anti criminalité (BAC) de la police font immédiatement une descente sur les lieux pour s’opposer à l’action des gendarmes. La situation prend une tournure inquiétante. Suite à des interventions, les gendarmes rebroussent chemin. Une précision, Clément Sawadogo a toujours évolué avec des policiers comme garde rapprochée. Simon Compaoré lui c’est plutôt avec ces gendarmes. Le soir, au cours de la cérémonie, l’incident se reproduit. Les gendarmes ont voulu assurer la garde rapprochée du ministre Sawadogo. Mais les policiers marquent une opposition catégorique. L’atmosphère devient tendue. Le ministre se retrouve dans une situation embarrassante. Pour se tirer d’affaire, il lance : « je continue avec ma garde. » On se rappelle bien, en aout 2017, il y a eu pareillement une tension entre les deux corps au sein du Groupement de sécurité et de protection Républicaine (GSPR) chargé de la sécurité du président du Faso.

Dans un environnement où les défis sécuritaires ont changé de nature et de dimension, il s’impose une cohérence d’action des forces de sécurité. Or la rivalité entre police et gendarmerie ne va pas dans ce sens. Pourtant le contexte le recommande. Il faut des renseignements pour rendre efficaces les actions sur le terrain…

Bien évidemment des compétences d’attributions de ces deux forces permanentes de sécurité intérieure, la protection des institutions incombe à la police. Et c’est tout naturellement que dans certains discours, les policiers tendent à dire aux gendarmes qu’ils ne sont pas à leur place. Mais au-delà du fait que leurs bisbilles n’honorent pas les deux unités, il faut craindre le jour où la situation va dégénérer. Parce que le discours n’est pas rassurant quand on écoute les deux parties. On a toujours à l’esprit ce qui s’est passé entre militaires et policiers en 2006. C’est bien pour toutes ces raisons que nous avions dénoncé ici même le ton affiché par l’UNAPOL lors du couac entre les éléments de la garde présidentielle en août dernier.
Dans un environnement où les défis sécuritaires ont changé de nature et de dimension, il s’impose une cohérence d’action des forces de sécurité. Or la rivalité entre police et gendarmerie ne va pas dans ce sens. Alors que le contexte le recommande. Il faut des renseignements pour rendre efficaces les actions sur le terrain. Mais avec la guéguerre qui a toujours caractérisé le fonctionnement de ces services, rien n’est sûr. Le ministre de la sécurité à l’époque, Simon Compaoré disait un jour que « chacun est jaloux de son information », parlant des renseignements. Mais c’est bien parce qu’il y a cette rivalité entre les corps que le problème se pose. L’heure n’est vraiment pas à la concurrence des forces, mais plutôt à l’émulation dans l’unité. Si le salut doit venir de la fusion police-gendarmerie, comme l’idée a bien germé lors du forum sur la sécurité, il faut alors l’expérimenter. Au Benin à côté c’est la décision prise par le président Patrice Talon. Le Rwanda l’expérimente déjà avec succès. Il est urgent de crever l’abcès !

Basidou KINDA


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