Maintien de Paul Kaba Thiéba : Sur fond de guerre de clans

Publié le jeudi 29 mars 2018

On attendait un exécutif chamboulé avec à sa tête un nouveau premier ministre. Une fois de plus Roch n’a pas voulu s’en laisser conter. Il avait lancé cet avertissement aux journalistes qui s’étaient risqués à annoncer avant lui le nom du premier ministre de son premier gouvernement : « Ce n’est pas vous qui allez choisir mon premier ministre ! » Et lorsqu’il fit connaitre le nom de Paul Kaba Thiéba, ce koosweogo issu de la finance internationale, beaucoup dans son camp avaient renâclé. Dans L’Evénement N°318 du 10 janvier 2016 nous avions perçu dans ce choix, « la volonté de Roch de ne pas marchander ses prérogatives », quitte à aller à contre-courant des desiderata de nombre de ses partisans. Ce coup-ci encore, la boule de cristal de dame rumeur avait devancé l’iguane dans l’eau en donnant partant le premier ministre Thiéba. Mais à l’arrivée, l’homme est toujours là. Entre le président du Faso et son parti le MPP où les attentes pour le changement sont pressantes, il y a comme un désamour qui ne dit pas son nom. Mais à mi-parcours du quinquennat, il y a nécessité de resserrer les rangs pour affronter les défis même si cela doit passer par l’exercice de la grande explication entre camarades.

Dans L’Evénement N° 318 du 10 janvier 2016, Newton Ahmed Barry alors rédacteur en chef dépeignait ainsi la situation du pays : « la Transition laisse un Burkina totalement délabré au régime élu du 29 novembre 2015 avec dans la corbeille de la passation de service « rien que des problèmes et nulle solution… Il faut donc conduire de front deux exigences à priori antinomiques. Renflouer les caisses et répondre au même moment à la forte attente sociale. » Après une année de léthargie totale, le nouveau gouvernement trouve une montagne de problèmes sur son bureau. Les questions des travailleurs carabinées avec des lois d’opportunité qui ont détricoté l’ancien régime de la fonction sans lui substituer un régime construit reposant sur un projet politique réaliste d’une vision de l’administration publique performante. Il s’ensuit une pléiade de statuts particuliers, devenus par la force des choses des droits acquis, imposables au nouveau régime. Les syndicats, à juste raison, considèrent ces nouveaux statuts particuliers comme des droits acquis qu’on ne peut pas remettre en cause. » Face à ce sombre tableau, l’opinion publique avisée et d’une manière générale les cadres du MPP se demandaient si l’option d’un gouvernement technocratique comme l’est celui de Paul Kaba Thiéba pouvait sortir le pays de ses difficultés ? Certes, les compétences techniques sont absolument nécessaires à la bonne gestion des départements ministériels mais l’état des lieux requière davantage un travail politique de fond afin d’amener les populations à la compréhension des difficultés du pays et à une adhésion aux efforts de relance de l’économie, préalable indispensable à toute redistribution de richesses. Cette clameur ne semble pas avoir été entendue par le président du Faso préoccupé par le souci de s’affranchir du carcan des groupes de pression politiques. A cela s’ajoutent les luttes intestines de positionnement entre grands camarades tant au sein du parti qu’au niveau de l’échiquier politique national.
De toute évidence, les 27 ans de règne quasiment sans partage de Blaise Compaoré les ont instruits tant et si bien que chaque grand responsable joue de sa stratégie pour ne plus jamais revivre sous la férule d’un homme providentiel détenteur de tous les pouvoirs et qui décide de tout. Ces préoccupations ont sans doute occulté des questions importantes telles que la connaissance de l’état réel du pays, la vision du changement que l’on entend opérer, les mécanismes, les moyens y compris politiques nécessaires pour y parvenir et aussi le rythme à imprimer au changement. Ce sont là autant de choses qui demandaient à être négociées avec les forces vives de la Nation et cela dès l’entrée en fonction du premier gouvernement de Roch Kaboré. Mais ce fut hélas une occasion manquée !

Les faiblesses congénitales du pouvoir de Roch

Un gouvernement a beau être techniquement compétent, il lui manque l’essentiel s’il n’a pas un lien fort avec la société. Le MPP, parti au pouvoir, est le relais naturel entre le gouvernement et la société. Mais pour que le parti tienne convenablement son rôle à la fois de relais de la parole et des actions gouvernementales auprès des populations et de cadre de mobilisation et de conscientisation politiques, il faut qu’il ait une âme. Or il ne semble pas qu’il y ait une âme au MPP. L’enthousiasme du début s’est émoussé et de nombreux militants sont aujourd’hui gagnés par la frustration voire la démobilisation. Certes, on n’en est pas encore au point où les militants clament leur démission mais beaucoup ne se sentent plus tellement concernés par les affaires du parti. Même au niveau de l’intelligentsia, c’est la morosité ambiante. On peut en juger par son apathie face aux attaques de l’opposition. Quand on reproche au premier ministre Paul Kaba Thiéba ses sorties médiatiques (parfois maladroites certes) dans l’arène politique, il faut aussi reconnaitre que pas grand monde ne prend sa défense dans le parti lorsqu’il est attaqué. Le pire est que les cadres du parti contiennent à peine leurs frustrations devant ce qu’ils considèrent comme des manques de considération des premiers responsables à l’égard du parti. La dernière illustration en date, c’est la réunion du bureau exécutif national sensée prendre connaissance de la composition du gouvernement et qui s’est révélée n’être qu’un exercice de langue de bois. Seul le nom de Simon Compaoré et son point de chute ont été révélés. Pour des cadres du parti qui ont vocation à être au cœur des grandes décisions de l’Etat, c’est la frustration absolue. Pire le MPP semble être l’objet de méfiance de la part de ses principaux responsables. Salif Diallo, le président défunt était soupçonné de vouloir créer un parti rassemblant toutes les forces de gauche. Simon Compaoré quant à lui passe pour être le véritable patron du NTD à la tête duquel il aurait mis un de ses assujettis, en l’occurrence l’actuel ministre des Transports et de la mobilité urbaine, Vincent Dabilgou. Quant au président du Faso, on susurre qu’il aurait davantage confiance à des amis et à des groupes de soutien qu’à un parti. Vrai ou faux, on observe en tout cas que rien n’est fait pour enrayer ces rumeurs pernicieuses. Dans l’ensemble les militants du MPP évoluent dans une ambiance qui fait la part belle aux clans.

Et pourtant sans cohésion aucun défi ne pourra être relevé

Roch sait qu’il est attendu au tournant depuis la conclusion du protocole d’accord avec les syndicats enseignants. Il y a un chronogramme de réalisations des engagements pris qu’il faut respecter. On attend aussi la remise à plat annoncée des rémunérations des agents publics dont les discussions devraient s’ouvrir courant février. Nous voici déjà dans la deuxième semaine d’un mois de février qui ne compte que 28 jours et on ne voit toujours rien venir qui ressemble à un canevas de discussion. Ce n’est pas un bon signe, quand on sait que le dossier est forcément polémique. A moins qu’on ne nous prépare une mauvaise surprise ! Simon Compaoré, ministre d’Etat auprès de la présidence du Faso, on imagine qu’il n’aura pas à faire qu’aux affaires de l’Etat. En tant que premier responsable du MPP, il aura sans doute pour souci de travailler au renforcement de son parti. Mais dans cette dynamique, il faudrait qu’il clarifie sa position sur la question du NTD. Il est difficile de comprendre qu’en tant que président du MPP il puisse entretenir dans le même temps un plan B à travers la création et l’adoubement d’un autre parti. Si l’accusation est fondée il devra arrêter cette tricherie. D’une manière générale le problème des clans se trouve posé au sein du MPP. On peut s’instruire de l’exemple du CDP. Quand le parti était uni autour de Blaise Compaoré, il a été fort. Il a commencé à se déliter à partir du moment où la méfiance s’est installée avec la création de la FEDAP/BC. Les responsables du MPP ne doivent pas oublier que l’histoire du CDP est pour une large part leur propre histoire. L’effet de contagion est d’autant plus facile que le compagnonnage avec le CDP s’est installé dans la durée.
Sur un tout autre registre, certains commentaires font croire que Roch est déjà dans la perspective 2020 pour le renouvellement de son mandat. Si le pays doit être l’otage de son agenda électoral ce serait alors une autre erreur de Gawa aux conséquences imprévisibles. Le pays a besoin d’être gouverné autrement. Si c’est pour perpétuer la continuité de la politique politicienne c’est le meilleur moyen de faire le lit pour le retour triomphal de l’enfant de Ziniaré. Par contre si l’on est dans la culture du résultat, alors le séjour de Simon à Kosyam pourrait s’avérer fort utile. Dans l’hypothèse d’une absence de mécanismes de suivi et d’évaluation de l’action gouvernementale département par département, il y a un chantier à ouvrir. Le pays doit avancer. Bassolma Bazié a fort justement déclaré que personne n’a obligé quelqu’un à se porter candidat à la présidence du Faso. La petite rengaine de manque de moyens ne peut plus tenir. Roch a dit qu’il était la solution. Qu’il tienne parole. A contrario, qu’il dégage ! L’homme n’est pas un fan de la diplomatie de la phrase mais il faut reconnaitre qu’il parle vrai !

Par Germain B. NAMA


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