Halte aux mauvaises pratiques dans l’administration publique

Publié le jeudi 15 février 2018

« En Afrique, on doit fermer toutes les écoles ». C’est cette phrase lâchée sous l’emprise de la colère qui nous pousse vers un jeune homme pour comprendre pourquoi, il est si courroucé. Il dit être venu accompagner des parents à une audience du tribunal. Mais du fait de leur handicap, ils ne peuvent pas passer par l’entrée principale. Le passage qui leur est réservé est fermé. Depuis des heures, le jeune homme fait le tour des bureaux du TGI pour avoir les clés de l’issue de passage. Partout où il passe, il est renvoyé vers d’autres agents. Fatigué d’être balloté, il critique avec des mots durs l’administration du tribunal. Depuis le grand hall, nous apercevons deux hommes vivant avec un handicap (ce sont les parents en question du jeune homme) assis sur leur moto à trois roues vociférer à leur tour. Ils ont un dossier qui doit être jugé au Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou. Et ils sont là dès les premières heures de la matinée. La porte d’accès qui leur est réservée est hermétiquement close. Pendant ce temps le juge procède à l’appel des dossiers à juger. Nous nous renseignons auprès d’autres justiciables proches de la guérite pour savoir où trouver la clé. Les Hommes en uniforme nous répondent que la clé de cette porte ne se garde pas chez eux. Une personne vient dans la foulée, informer les malheureux que le détenteur des clés est allé au cimetière. Jusqu’en début d’après-midi, la porte est restée fermée. Les deux malchanceux apprennent que leur dossier est reporté à une date ultérieure. C’est courroucés qu’ils sont rentrés chez eux. » Voilà un fait que nous rapportions dans notre parution du 10 janvier dernier. La première chose qui vient à l’esprit c’est la situation des victimes. Et pourtant ! Il y a un problème fondamental qui est posé ici. La question du service public. Au-delà de leur handicap, ce sont des citoyens en quête d’un service public.

« Certains agents donnent l’impression que le fait d’être là suite à un concours suffit à leur conférer un salaire mensuel. Ils doivent cependant comprendre que le service public qu’ils ont l’obligation de rendre est la contrepartie du salaire »

Mais par la faute d’un agent, ces personnes n’en auront pas eu droit. Au-delà de ce cas, le problème est malheureusement général. Nous avions un véritable problème au niveau du service public. On peut bien reprocher à l’Etat burkinabè de ne pas y mettre tous les moyens nécessaires au bon fonctionnement de l’administration mais tout de même, il y a un minimum d’efforts que doivent consentir ceux qui sont commis à la tâche. Certains agents donnent l’impression que le fait d’être là suite à un concours suffit à leur conférer un salaire mensuel. Ils doivent cependant comprendre que le service public qu’ils ont l’obligation de rendre est la contrepartie du salaire. Malheureusement on connait tous la chanson : « la fonction publique n’est pas le champ de mon père », ce qui à leurs yeux les dispensent de l’obligation de résultats. Certains agents désertent les services pour se retrouver dans les débits de boisson. Et c’est autour de la bière, et d’autres commodités qui vont avec, qu’ils passent leur temps à gloser sur l’Etat et ses insuffisances en oubliant que par leurs comportements, ils perpétuent et aggravent lesdites insuffisances. Pendant ce temps des gens font le pied de grue devant leur bureau pour s’entendre dire : « revenez demain ou après demain ». Une manière de vous signifier qu’il faut glisser des pots de vin si on veut être servi rapidement. C’est ainsi que le travail qui peut se faire en un laps de temps va se trouver boquer à des fins de racket. Corruption quand tu nous tiens !

Par Basidou KINDA


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