CHAN 2018 : Saboteur ne mérite pas ça !

Publié le jeudi 15 février 2018

Idrissa Traoré alias Saboteur, notre Saboteur national, c’est cette figure emblématique du foot burkinabè dont on parle. C’est Saboteur qui a sonné la renaissance du foot burkinabè à l’international. Souvenir-souvenir. En 1996, il a qualifié les Etalons, pour une première, à la CAN en l’Afrique du sud. Avant, la Haute-Volta avait joué la phase finale de la CAN au Ghana en 1978 mais la sélection nationale de notre pays avait été repêchée en lieu et place de la Côte-d’Ivoire. La qualification n’avait donc pas été acquise sur le terrain comme en 1996 sous Saboteur. C’est à ce titre que Saboteur a été élevé au rang de héros national. Il y a de cela 22 ans ! Plus de deux décennies après, Saboteur est considéré aujourd’hui, aux yeux de burkinabè d’un certain âge, comme un valeureux ancien combattant. Du haut de ses faits de guerre, cet intrépide technicien du ballon rond se devait d’être revêtu de son beau manteau de référence, de dépositaire de savoir-faire, qui sera mis à la disposition de la jeune génération. Mais à 75 ans, Saboteur, encore sur la brèche, c’est totalement une idée incongrue, une situation semblable aux « papy font de la résistance », totalement en déphasage avec la réalité d’aujourd’hui. Saboteur a certes fait, depuis l’épopée de 96, des piges à la tête des Etalons. Mais tout porte à croire que ce dernier retour pour conduire les Etalons locaux aux CHAN est ce come-back de trop ! C’est désastreux ! L’échec de Saboteur et de son équipe au Maroc (éliminé après le premier tour, avec un match nul contre l’Angola et le Cameroun et une défaite faite contre le Congo), ce n’est pas simplement l’image d’un entraîneur réputé qui se trouve écornée, mais un mythe qui s’effondre. Oui ! Le mythe Saboteur est tombé ! Ce n’est pas tant l’élimination qui est chaotique. Ce n’est pas la première fois que cela nous arrive. En 2014, en terre sud-africaine, la première participation à une phase finale de CHAN s’était soldée par un retour prématuré de nos représentants au bercail. Ce n’était qu’une simple élimination, juste un fait sportif, selon la loi en la matière. Mais cette fois-ci, la sortie des Etalons de la compétition fait couler plus de salive et d’encre. Pour cause : la méthode Saboteur ! Il est vrai que l’entraîneur est le seul responsable du choix des hommes pour ce genre d’expédition. Et c’est dans son beau rôle que le coach des Etalons locaux a opéré ses choix. Mais s’il est établi que le coach, le bon, ne reçoit d’injonction de personne à ce sujet, il reste vrai qu’il ne peut pas être fermé comme une tombe aux critiques ; surtout quand ses critères de choix sont contestables et contestés (confère notre dernière publication). Saboteur a opté de se fidéliser à « son groupe », au lieu de prendre les joueurs en forme du moment pour le CHAN. C’est un fait. Les Etalons ont eu de la peine à scorer. Peut-il en être autrement, si le meilleur buteur du championnat a été jugé indigne de la sélection ? A voir l’équipe de Saboteur jouer, on avait de la peine. Le contenu est nul. En dépit du match nul contre l’Angola, rarement on voit des burkinabè incapables de produire du foot. Techniquement, notre onze national était en dessous de la moyenne. La tactique également était mal assimilée. Il n’y avait que la simple volonté que les nôtres savent afficher. Ils l’affichaient si bien que, par moment, ils étaient obligés d’utiliser les arguments physiques, donnant droit à des interventions grossières à bannir dans le football. Face au Congo, par trois fois, les Etalons ont échappé au rouge direct, suite à des tacles par derrière. Et dire que c’est cet arbitrage que Saboteur dénonce ! Il est à se demander si on a suivi le même match. L’arbitre Burundais, s’il venait à lire le coach Burkinabè, avalerait son sifflet, lui qui a été si gentil avec les Etalons. Mais tout porte à croire que le sélectionneur du Burkina a perdu sa lucidité. Il aurait pu, en toute humilité, reconnaître ses erreurs. Le discours est simple : « je suis un homme, je me trompe. Que celui qui ne s’est jamais trompé lève son petit doigt et blablablabla ! » C’était fini. On peut puiser dans nos souvenirs pour pardonner le grand Saboteur. Mais non, le sélectionneur s’est mis à chercher les coupables. Outre l’arbitre, il va pointer un doigt accusateur sur les journalistes. En conférence de presse d’après match, il a ouvertement accusé un confrère d’être à l’origine de son malheur. Pour avoir posé la question qui fâche : « coach, allez-vous démissionner ? ». La réponse de l’entraîneur a été : « ce journaliste, je le reconnais. Il est contre les Etalons ». On comprend bien, c’est ce qui explique la défaite et l’élimination ! Non ; Saboteur ne peut que s’en prendre lui-même. Sa plus grosse erreur est de n’avoir pas su s’arrêter. La loi de la nature, tout comme l’ecclésiaste, disent tous qu’il y a un temps pour tout. Faire fi de cela vous fait perdre la face. Il ne méritait pas ça, mais c’est fait !

J J TRAORE


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