Les Priants !

Publié le samedi 2 juin 2012

de Angèle Bassolé Écrivaine et Éditrice,

 On les voit le vendredi midi, samedi soir ou dimanche matin qui, avec son tapis, qui avec sa Bible sur le chemin de la mosquée ou de l’église. Eux, ce sont les priants. Les rues menant à ces lieux de culte sont bondées de monde, créant de véritables embouteillages monstres. 

Vendredi midi, au début et à la fin de la prière, impossible de se frayer facilement une voie devant les mosquées. Samedi et dimanche, même tableau.

Les jours de fêtes religieuses et des grandes célébrations, c’est la bousculade partout. 

On voit cela et on se dit : « Ah, que les Burkinabè sont croyants et pratiquants ! »

Comme cet évêque italien rencontré à la Cathédrale Notre Dame de l’Immaculée Conception de Ouagadougou, fortement émerveillé de voir tant d’affluence à une messe quotidienne du soir et qui se met à rêver tout haut d’avoir la même foule dans ses célébrations dominicales à Rome, lui qui doit se contenter d’à peine une poignée de fidèles qu’on peut compter sur les doigts d’une seule main. Et ce n’est pas exagéré que de dire cela. J’ai déjà compté dans une assemblée 20 fidèles avec toujours plus de femmes que d’hommes.

On voit cela et on se dit : « Quel peuple merveilleux ! Que leur foi est grande ! »

Sans doute. Extérieurement oui, mais dans la vie de tous les jours, est-ce que cela se ressent vraiment ?

Les priants sont de plus en plus nombreux, la ferveur et les dénominations religieuses se multiplient, les églises et les mosquées sont pleines à craquer mais fondamentalement y-a-t-il un quelconque changement dans nos attitudes de citoyens ?

« La morale qui agonise au Faso » est-elle ressuscitée pour autant ?

Sommes-nous plus intègres ? Plus responsables ? Plus justes ? Plus équitables ?

Sommes-nous plus engagés face à l’injustice, à l’impunité, à la corruption et aux malversations de toutes sortes ?

Traitons-nous avec plus d’humanité et de respect nos employés de maison ?

La jalousie et l’envie entre collègues dans les lieux de travail ont-elles pour autant disparu ?

Souhaitons-nous du bien aux autres ou appelons-nous toujours sur eux la malédiction ?

Dénonçons-nous les abus dont nous sommes témoins ou faisons-nous semblant de ne rien voir ?

Travaillons-nous à bâtir ensemble un Burkina plus fort ou passons-nous le plus clair de notre temps à détruire des réputations, des carrières, des vies ?

La question que je me pose toujours devant le fossé entre les démonstrations publiques de foi et nos comportements quotidiens est la suivante : « Qu’est-ce que les priants vont entendre dans les mosquées et les églises ? C’est lequel des messages de Jésus et de Mahomet qu’ils mettent en pratique ? ». C’est Ghandi qui disait que « le vrai bonheur, c’est lorsque nos actes sont en accord avec nos paroles. »

Je nous souhaite la grâce de faire l’expérience de ce bonheur et d’être heureuxn

Shalom !

 

Angèle Bassolé

Écrivaine et Éditrice,

Ottawa, Ontario.


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