Chan 2018 : Surprenant Saboteur !

Publié le jeudi 15 février 2018

Saboteur et son équipe sont en route pour le Maroc pour prendre part au CHAN. La sélection burkinabè a posé ses valises en Tunisie, le temps de faire quelques réglages. Si la première participation burkinabè à cette compétition en terre sud-africaine, en 2014, a été chaotique, on appelle de tous nos vœux que la 2e soit la bonne. Encore faut-il mettre toutes les chances du côté des Etalons locaux.

La publication de la liste de Drissa Traoré, alias Saboteur, l’entraîneur des Etalons locaux, a laissé circonspect plus d’un analyste. Le coach a simplement fait du Saboteur. Le choix de son commando ne s’est pas appuyé sur les règles habituelles connues de tous. En fait, certains appelés en sélection l’ont été en contradiction flagrante de la logique sportive. D’ordinaire, la sélection nationale se compose des joueurs en forme du moment. Mais là, cette règle a été minorée dans l’approche de Saboteur. Parmi ses appelés, un bon nombre n’est pas titulaire en club. Fousséni Deao essuie sa culotte sur le banc de l’EFO. Saboteur l’a trouvé digne de l’équipe nationale. A l’ASFA-Y, Issouf Kaboré peine à se faire de la place. Lui également a été retenu pour le CHAN. Adama Sawadogo, le gardien de but, et Moise Zongo ne comptent qu’en seconde solution dans leur club SALITAS, mais Saboteur a décidé de leur faire confiance. Pendant ce temps, des joueurs, qui donnent au championnat domestique tout son goût, sont laissés à la touche. On n’explique pas que le meilleur buteur du championnat soit oublié d’une sélection nationale de locaux. Cheick Djibril Ouattara, pour ne pas le nommer, sous les couleurs de l’ASFB, est actuellement le meilleur fusil de la compétition. Sachant que la race de buteur est une espèce en voie de disparition et tout le monde en cherche, quand dans une compétition un joueur fait preuve d’adresse devant le but tel qu’il le fait en ce moment, on ne peut pas et on n’a pas le droit de le laisser à la maison. Par ailleurs, l’AJSB a désigné son meilleur joueur du mois. On dira que les journalistes ne sont pas des entraîneurs. Mais quand un collège de journalistes porte son choix sur un joueur, eux qui suivent tous les matchs, ce joueur mérite une attention particulière du sélectionneur. Et que dire de Narcisse Bambara, le latéral gauche de l’EFO, celui-là même qui a déjà fait parler de lui en sélection nationale A. Il n’a pas convaincu Saboteur ! Idem pour Elysée Toe, celui-là qui connait le CHAN puisqu’ayant pris part à ladite compétition en 2014. Il est auteur d’une saison très prometteuse. Mais, là aussi, le coach Traoré n’a pas été sensible à son charme.
Au regard ces éléments, on en vient à se demander mais quel est le principe de base qui explique les choix du coach Saboteur ? Lors de la conférence de presse d’annonce de sa liste, le technicien a défendu ses choix par une théorie qui, sans être nouvelle, défie néanmoins toute logique sportive. Il a simplement expliqué avoir son groupe qui lui donne satisfaction et que, par conséquent, il préfère s’en tenir à ces éléments-là. Le groupe dont parle le coach n’est autre que l’équipe qui lui a qualifié le Burkina il y a maintenant 5 mois. Depuis, le coach estime qu’aucune goutte d’eau n’a coulé sous le pont ! Si on s’en tient à la dimension purement humaine et sociale, on dira que la fidélité affichée du coach aux éléments qui ont réussi à arracher la qualification est une grande valeur. Car, on ne peut pas jouer la qualification avec des joueurs et la phase finale laisser ces héros pour monter une nouvelle équipe.
Du reste, l’argument, « j’ai mon groupe, je m’en tiens à ça », a un air de déjà entendu. Et c’est Didier Deschamps qui le fredonne chaque fois pour priver Karim Benzema de l’équipe de France, bien que ce dernier soit l’un de meilleur Bleu du moment. Mais que personne ne s’y trompe. Même si en la matière une formule magique n’existe pas, il y a que la notion de forme du moment est primordiale en football. Aussi bien en club qu’en sélection, tous les entraîneurs se doivent d’utiliser les joueurs les plus en verbe du moment, s’ils veulent gagner. Car, l’appréciation d’un joueur n’est jamais définitive et figée. Par ailleurs, le principe du groupe déjà formé et qu’on n’ouvre plus peut avoir des effets pervers insoupçonnables. En effet, dans un championnat, les joueurs sont stimulés par les récompenses qu’ils auront en donnant le meilleur d’eux-mêmes. Et entre autre récompense, il y a la sélection en équipe nationale. Mais s’il est convenu que, là-bas, la place s’acquiert un coup et c’est terminé, on tue la motivation des autres joueurs. Toutefois, un entraîneur ne part à une compétition avec la volonté de perdre. Et Saboteur a sans doute sa botte secrète. Il a une intime conviction sur laquelle il se fonde pour espérer triompher. Et c’est là que naissent les légendes. Pour défier les lois sportives, Saboteur n’en sera pas à son coup d’essai. On est mémoratif du dernier match qualificatif des CHAN. Battu à l’aller, il a chassé 15 joueurs de son effectif pour se présenter au match retour avec une équipe totalement nouvelle. Sportivement, cela s’apparente à un suicide. Mais non, c’est ce dernier groupe qui a qualifié le Burkina ! Alors, Saboteur peut bien innover dans son approche. Il peut s’accrocher à son principe de base. L’important est de faire un bon résultat. De toutes les façons, on le sait, étant l’entraîneur, c’est lui qui sera comptable des résultats que nous souhaitons tous positifs. Et ça aussi, il doit l’accepter !

J J TRAORE


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