Auguste Denise Barry : Prophétie et Trahison

Publié le jeudi 15 février 2018

« Complot et incitation à la commission d’acte contraire à la discipline et au devoir ». C’est sous cette inculpation que le Colonel Auguste Denise Barry a été placé sous mandat de dépôt le 4 janvier dernier par la justice militaire. Ce sont les personnes avec lesquelles il aurait interagi qui l’ont dénoncées, précise un communiqué du parquet militaire, daté du 5 janvier. Ledit communiqué ajoute qu’une importante somme aurait été saisie et mise « sous-main de justice ». Cet argent serait saisi au Centre d’Etudes Stratégiques en Défense et Sécurité (CESDS). En attendant, l’affaire laisse incrédules nombre de Burkinabè pour qui il s’agit d’une énième affaire tendant à écarter un homme qui dérange !

Selon une source proche du dossier, le colonel Serge Alain Ouédraogo, ancien chef d’Etat-major adjoint de la gendarmerie nationale serait le principal dénonciateur du colonel Barry. Cette information, plusieurs sources bien introduites la confirment. Auguste Denise Barry l’aurait sollicité à deux reprises dans un projet de déstabilisation du pays. Les deux hommes sont promotionnaires. Leurs liens se sont renforcés en particulier sous le gouvernement de la Transition où Auguste Barry avait en charge le portefeuille de la sécurité et Serge Alain dans la haute hiérarchie de la gendarmerie. Cette proximité avec Barry avait alimenté des gorges chaudes. Certains dénonçaient un activisme opportuniste chez Serge Alain Ouédraogo soupçonné de comploter contre son chef Tuandaba Coulibaly qu’il aurait été heureux de remplacer. Mais les déboires de Barry ont ruiné les ambitions de son frère et ami. Que s’est-il passé entre les deux hommes pour qu’on en arrive à cette dénonciation ? Le gendarme a-t-il pris les devants pour ne pas être pris au piège dans une affaire sans issue ? C’est possible.

« C’est dommage mais il est dans le coup »

Au stade actuel où de nombreux Burkinabè s’interrogent sur la véracité des faits imputés au colonel Barry, les langues se délient difficilement. Et même très difficilement. Selon nos informations, les enquêteurs chargés de l’affaire sont interdits de tout contact avec toute personne extérieure. Même le service communication de la gendarmerie serait mis de côté. Malgré ce contexte de musellement, nous avons réussi à sous-tirer certaines informations auprès de plusieurs sources. L’une d’entre elles, une haute personnalité publique confie : « C’est dommage mais il est dans le coup ». Le colonel oserait-il tenter une entreprise aussi risquée après ce qu’il s’est passé avec le général Gilbert Diendéré ? C’est une des questions que nous lui avons posées. Et Voici sa réponse : « Il en est capable. Il est très fâché contre le pouvoir ». Avec cette source, nous apprendrons que l’argent dont le parquet militaire a fait cas dans son communiqué du 5 janvier a été saisi au CESDS. La logistique et les hommes auraient même été mobilisés et prêts à être déployés. Il ne restait plus que la date à arrêter pour passer à l’action. D’après une autre source introduite, les velléités putschistes du colonel Barry étaient connues au sommet de l’Etat. L’ancien fin limier du CNT était en effet craint et suivi par les services, en particulier par l’Agence Nationale de Renseignements (ANR). Le chef de l’Etat l’aurait personnellement mis en garde. Dans les cercles du pouvoir, on ne comprend pas son attitude. Selon la même source, le chef de l’Etat qui l’avait personnellement en estime lui aurait proposé un poste d’ambassadeur dans une grande métropole mais il aurait refusé. Malgré les sirènes des différents services sur les agissements du colonel Barry il se serait longtemps opposé à son arrestation. Jusqu’à ce jour fatidique du vendredi 29 décembre où la gendarmerie l’a finalement interpellé avec la suite que l’on connaît.

Il y aurait des indices de preuves

Mais pourquoi le chef de l’Etat a-t-il cédé aux sirènes ? Y avait-il un début d’exécution du plan de « déstabilisation » dont il est question ? La même source introduite fait remarquer que les enquêteurs sont en possession d’indices prouvant que des actions et notamment des émeutes impliquant certaines organisations de la société civile orphelines depuis la fin de la Transition étaient en préparation. Selon notre confrère, Le Monde Afrique, ces émeutes devaient démarrer le 30 décembre. Le colonel a été arrêté la veille. Le Monde Afrique poursuit que Auguste Denise Barry rejette en bloc ces accusations et attend qu’on lui présente ce qu’on lui reproche exactement. L’enquête judiciaire nous réserve des surprises, nous a-t-on fait savoir. D’éminents hommes de Dieu seraient entendus par les enquêteurs. Ce sont eux qui l’auraient assuré que son heure était arrivée. Pour le moment, nous taisons volontairement leurs identités en attendant que les choses se précisent davantage. On affirme aussi que des personnalités en vue de la galaxie associative auraient des comptes à rendre dans le cadre de ce dossier.

Le CESDS, le vrai problème de Barry

Bon nombre de Burkinabè pensent que cette histoire de complot que préparerait Barry est une fable. « C’est une affaire cousue de fil blanc mais comme c’est le tribunal militaire, il (le colonel Barry) est fini. Ça va prospérer », confie une source. Pour ces derniers, Barry n’aurait aucune raison de se lancer dans une aventure aussi stupide. C’est un homme intelligent qui sait parfaitement où se trouvent les bonnes opportunités. Le Centre d’Etudes Stratégiques en Défense et Sécurité qu’il a créé en 2016 est en train de grandir en notoriété. Selon ses proches, cette affaire était dans l’incubateur depuis 2014. Une ambition de sa vie qui lui a valu de vendre deux de ses parcelles. Le premier colloque organisé à Ouagadougou début septembre 2017 a vu la participation de 14 pays. Il a été parrainé par les anciens présidents Jerry Rawlings du Ghana et Thabo M’Beki d’Afrique du Sud. Ce dernier n’est finalement pas venu pour cause de maladie. Etaient également présents à ce colloque l’ancien premier ministre du Mali, Moussa Mara et le général sénégalais, Lamine Cissé.
L’importance de ce centre n’a pas échappé au G5 Sahel. Le 12 décembre dernier, Auguste Denise Barry était le seul invité burkinabè à la rencontre intitulée G5 Sahel : une initiative régionale pour une nouvelle architecture de paix ?, organisée par l’Assemblée nationale française. Etaient également invitées à cette rencontre des personnalités prestigieuses comme l’ancien juge d’instruction, Jean-Louis Bruguière ; le général de brigade Sid’Ahmed Ely Mohamed Znagui, expert auprès du G5 Sahel ; le général de division, François-Xavier de Woillemont, ex-commandant de la force Barkhane ; ainsi que Delphine Byrka, d’Expect Consulting, spécialiste des questions de terrorisme.
A peine rentré de Paris que le colonel Barry devait repartir aussitôt pour le Mali dans le cadre des activités du Centre. Il ne reviendra du Mali que le 24 décembre, veille de Noël. Auparavant, il s’était rendu au Sénégal et en Mauritanie. Son activité débordante n’était sans doute pas du goût de tout le monde. Elle ferait de l’ombre en particulier à l’ANR dont les activités peinent à décoller, à en croire certaines sources. De là à penser que Auguste Barry est victime de la guerre des services, certains n’hésitent pas une seconde ! Il n’est pas inutile de rappeler cette parole prémonitoire du professeur Mathurin Houngnikpo du Bénin, ancien titulaire de la chaire sécurité et des relations civilo-militaires au centre d’études stratégiques de l’Afrique à Washington aux Etats-Unis d’Amérique, présent au premier colloque du CESDS : « Il est très facile de tomber, avait-il dit, bien que l’association ne veuille pas servir de relais politique… Il ne faut pas confondre l’outil et son utilité ». Décryptage : Dans un environnement où toute initiative est frappée du sceau du soupçon, il faut se fixer non sur l’auteur de l’initiative (qu’on peut ne pas aimer) mais sur le rôle combien utile qui va être joué. On ne peut également s’empêcher de penser à cette réponse d’un proche du président Roch Kaboré à qui quelqu’un suggérait le nom d’Auguste Barry à la direction de l’ANR. Mais ce monsieur cherche le pouvoir ! Avec un tel état d’esprit, le CESDS et son géniteur ne peuvent avoir que des ennuis. Le rapport que s’apprêterait à publier le CESDS et dont on dit qu’il serait un boulet pour le pouvoir n’est même pas encore écrit selon une source que nous avons contactée au sein de cette structure. Alors, qui est à la base de toute cette désinformation et dans quel but ?

Par Germain B. NAMA

Article 109 code pénal : « il y a complot dès que la résolution d’agir est concertée et arrêtée entre deux ou plusieurs personnes en vue, de changer par la violence le régime légal, d’inciter les populations à s’armer contre l’autorité légale de l’Etat ou à s’armer les unes contre les autres ; de porter atteinte à l’intégrité du territoire national ; d’organiser le massacre et la dévastation. La peine applicable est l’emprisonnement de cinq à dix ans ».

Article 207 code de justice militaire : « est puni, en temps de paix, d’un emprisonnement de 6 mois à 2 ans, tout militaire, ou tout individu embarqué qui, par quelque moyen que ce soit, incite un ou plusieurs militaires à commettre des actes contraires au devoir ou à la discipline.
 Si le coupable est d’un grade supérieur à celui des militaires qui ont été incités à commettre lesdits actes, il est puni d’un emprisonnement de 1 à 5 ans. »

Communiqué parquet militaire


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