Liberté de Presse au Burkina Faso : Un léger recul

Publié le jeudi 15 février 2018

La liberté de presse a pris un coup fragilisant. C’est ce qui ressort du rapport 2016 sur l’état de la liberté de presse, rendu public le 14 décembre dernier. Le document fonde son argumentaire sur diverses exactions commises contre les journalistes et les médias.

2,37 sur 4 contre 2,43 en 2015. C’est la moyenne que le jury des experts nationaux a attribué au Burkina lors de son panel du 16 septembre 2017. La note 2 signifie que le « pays a commencé à remplir les conditions fondamentales de la liberté de la presse et de la viabilité des médias ». 43 veut dire que cependant, l’environnement économique, politique et juridique dans lequel s’exerce cette liberté n’est pas encore suffisamment stable pour la consolider et préserver ses acquis.

5 indicateurs de la liberté de presse

5 objectifs à atteindre pour une liberté de presse pleine ont été passés à la loupe par le jury des experts nationaux : la liberté de parole et le libre accès aux informations publiques, avec une note de 2,65/4 ; le journalisme professionnel, avec 2,37/4 ; la diversité des médias et la pluralité de l’information, avec 2,32/4 ; la gouvernance des entreprises de presse, avec 2/4 ; les institutions et organisations professionnelles de soutien aux médias, avec 2,51/4.
Ces notes ont conduit à la conclusion suivante : le chemin qui conduit à la liberté de presse, capable de résister aux difficultés socio-économiques peut être encore « assez long » pour le Burkina, notent les experts nationaux. Toutefois, selon eux, il n’y a pas de quoi s’alarmer. En effet, le rapport 2017 de Reporters Sans Frontières le classe 42e au rang mondial sur 180 pays et 5e en Afrique après la Namibie, le Ghana, le Cap-Vert et l’Afrique du Sud. Avec ce score, le Burkina est dans une « situation plutôt bonne », relèvent les experts.

Les causes majeures

Deux faits majeurs expliquent le léger recul de la liberté de presse. Premièrement, la non application de la loi N°51-2015 / CNT du 30 août 2015 portant accès à l’information publique et aux documents administratifs qui permet la continuation des vieilles méthodes de rétention de l’information. Secundo, 2016 aura été aussi l’année de la disparition ou de la suspension de parution de certains titres de journaux comme l’hebdomadaire satirique JJ, L’Indépendant, L’Opinion, l’Hebdomadaire du Burkina, le quotidien Notre Temps.
À côté, il y a eu les agressions physiques et morales de journalistes dans l’exercice de leur métier, parfois par des agents des forces de l’ordre. Il y a eu également les exactions commises contre certains médias : interdiction d’émettre ou de paraître, confiscation de matériel, saccages de locaux et de matériel.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

La femme dans une position de « misère »

L’étude sur l’état de la liberté de presse a aussi interrogé la place et l’image des femmes dans les médias burkinabè. Des résultats, il ressort que seulement 5,24% de femmes occupent des postes de responsabilité, notamment en tant que directrice ou rédactrices en chef dans les 140 médias paraissant ou émettant effectivement. Selon les statistiques, la télévision, avec un taux de 6,40% est le média qui les responsabilise le plus. Vient ensuite la radiodiffusion avec 5,46%. Puis La presse en ligne avec 5,05% et la presse écrite avec 4,09%.
Cet état de fait est une « misère de position », souligne le rapport. D’ailleurs, les femmes ne représentent que 25 % des journalistes, révèlent les experts nationaux. Une sous-représentation liée à des facteurs structurels, conjoncturels, historiques et contemporains.

@ gastonbonheur

2017, une année « très grave » pour la liberté de presse

L’année 2017 tire sa révérence dans quelques jours mais la presse mondiale garde un souvenir douloureux de ces douze mois. Elle aura été celle où la liberté de presse a été le plus menacée. Selon le rapport de Reporters sans frontières, publié en mi-avril dernier, la liberté de la presse connaît une situation « difficile » ou « très grave ». 72 pays sur 180 recensés, dont la Chine, la Russie, l’Inde, la quasi-totalité du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique centrale et les deux tiers de l’Afrique sont aux voyants rouges : Zones dangereuses. C’est seulement dans une cinquantaine de pays dont l’Amérique du Nord, l’Europe, le sud de l’Afrique et l’Australie qu’ils sont au vert.
2017 a été une année « d’obsession de la surveillance » des médias et de « non-respect du secret des sources » dans les grandes démocraties comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Chili, la Nouvelle-Zélande. Des multi nationales comme le groupe Vivendi de Vincent Bolloré a exercé plusieurs pressions sur les médias. Des pressions qui ont conduit à la « déprogrammation d’une enquête sur le Crédit Mutuel dirigé par l’un de ses amis » et la suppression des émissions Zapping et Spécial Investigation sur Canal+ Elle déplore également le vent en poupe du « media bashing » et des « fausses nouvelles » depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et le lancement de la campagne du Brexit.
En Pologne, en Hongrie et en Tanzanie, 2017 a été l’année d’étranglement financière de la presse indépendante d’opposition. En France, ce fut un « climat violent et délétère » fait d’insultes contre les journalistes, constaté lors de la campagne présidentielle. Quant à la Russie de Vladimir Poutine, elle s’est transformée en « la plus grande prison au monde pour les professionnels des médias ».

Gaston Bonheur SAWADOGO


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