Faire d’un ‘‘sot’’ métier une véritable opportunité

Publié le jeudi 15 février 2018

Une amie ivoirienne a raconté sur son profil Facebook une histoire épatante. Un homme versait chaque jour à l a banque 300 000 fcfa. L’établissement bancaire a commencé à émettre des doutes sur la provenance de cette somme. Et si c’était du blanchiment ? Provient-elle de la criminalité ? La banque décide de mener une enquête. Elle est surprise par ce qu’elle découvre. L’homme en question a eu l’idée d’acheter 1000 pousse-pousse, les « wôtrôs » comme on les appelle en Côte d’Ivoire. C’est en effet très pratique et les femmes les utilisent à longueur de journée pour le transport de leurs marchandises. A la location le matin, on paye 300 f. Le soir au dépôt c’est également 300 f qu’on verse. Soit 600f le wôtrô. C’est peu. Mais ramener à l’échelle de 1000 pousse-pousse c’est une somme considérable. Et la banque n’en revenait pas devant cette ingéniosité.
Cette histoire nous enseigne une chose : il n’y a pas de sot métier comme on dit. Tout dépend de comment on le perçoit. Comment peut-on partir d’un métier aussi banal pour le transformer en une véritable affaire. C’est bien là le véritable problème de nombre de jeunes au Burkina. Parce que pour aboutir à ce résultat, il faut de la conviction, de la passion et bien évidemment de la patience. Puisque c’est sur le long terme que les fruits vont mûrir. Il se trouve que même ce qui n’est pas considéré comme un sot métier comme l’agriculture ou l’élevage n’emballe pas beaucoup de jeunes. Pourtant il s’agit d’un secteur d’une incroyable potentialité en termes d’emplois. C’est en cela qu’il faut apprécier le travail des promoteurs d’Agribusiness TV. Cette web-télé qui met en lumière des modèles de jeunes entrepreneurs agricoles à succès. On se rend bien compte d’une chose chez ces personnes. Elles ont majoritairement des diplômes universitaires dans divers domaines. Certains enfants de pasteurs ou d’agriculteurs, reviennent à l’agriculture ou à l’élevage malgré leur diplôme en droit, en économie, en marketing, etc. C’est dans la même tendance qu’on voit des jeunes qui ont fait de la photographie leur principale source de revenu bien qu’ils soient des diplômés d’université. C’est dire qu’on peut gagner sa vie dans bien d’autres domaines autres que celui de sa formation initiale.

« Il n’est pas aisé d’auto-entreprendre. Il est encore plus difficile d’y réussir. Ceci dit, tout le monde ne peut pas devenir auto-entrepreneur. C’est un vrai leurre que de le croire. Cependant, il y a des jeunes qui ont des aptitudes nécessaires et qui se battent avec succès contre l’adversité. Il appartient donc aussi à l’autorité de baliser le terrain pour le rendre propice aux jeunes. »

On peut faire le reproche à notre système éducatif qui n’apprend pas aux jeunes à auto-entreprendre. Il y a aussi cette triste réalité que les programmes nationaux d’insertion socio-professionnelle trainent beaucoup de handicaps préjudiciables aux bénéficiaires. Mais il y a également cette réalité qui est que de nombreux jeunes qui ont réussi dans l’auto emploi l’ont fait par eux-mêmes. Pas forcément parce qu’ils ont eu des parents qui les ont financés. Un des jeunes qui a réussi nous a fait savoir qu’il faut beaucoup plus de volonté que d’argent. Car c’est la volonté qui permet d’investir l’argent nécessaire. La volonté suppose qu’on croit en ce qu’on fait. Or pour beaucoup de jeunes gens ce n’est pas le cas. On ne prend jamais au sérieux ce que l’on entreprend. On fait quelque chose en attendant de trouver un ‘’parapluie‘’ c’est-à-dire intégrer la fonction publique.
C’est évident qu’il n’est pas aisé d’auto-entreprendre. Il est encore plus difficile d’y réussir. Ceci dit, tout le monde ne peut pas devenir auto-entrepreneur. C’est un vrai leurre que de le croire. Cependant, il y a des jeunes qui ont des aptitudes nécessaires et qui se battent avec succès. Il appartient donc aussi à l’autorité de baliser le terrain pour le rendre propice aux jeunes. On ne peut pas demander à des jeunes sans expérience de soumissionner à des marchés publics ou de réaliser des prestations dans les mêmes conditions que de grosses entreprises. Mais il revient avant tout aux jeunes de voir les choses comme le monsieur des wôtrôs. C’est d’ailleurs tout le vœu qu’on leur adresse pour l’année 2018.

Par Basidou KINDA


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