Osons nous regarder en face

Publié le jeudi 15 février 2018

Nous sommes au seuil de l’AN 3 du quinquennat, deux années pleines déjà épuisées que nous devons regarder avec lucidité. Mettons l’invective et l’autosatisfaction de côté afin de nous interroger sur ce que nous avons fait pour notre pays, de sa belle insurrection qui nous a valu et qui continue de nous valoir l’admiration du monde. Mais avant cela, plantons le décor. L’histoire retiendra que notre aspiration à la démocratie et à la liberté ne s’est pas démentie au cours de ces dernières années. Elle a été le levain qui a nourrit nos luttes victorieuses au point que nous en avons été surpris. Oui, nous avons été pris de court par le départ soudain de notre monarque quand bien nous avons tout fait pour cela. Au résultat des courses nous avons un président démocratiquement élu qui peine à s’assumer, parce que surpris par la brusque accélération de l’histoire. Il faut bien le dire, nous souffrons de cette impréparation au sommet qui ne semble pas se bonifier au fil du temps. La République est en effet malade de ses managers qui ne semblent pas avoir compris le moment historique que nous vivons. Les Burkinabè ne se sont pas battus pour une redistribution clanique des pouvoirs. Ils ont espéré un leadership éclairé et vigoureux, seul moyen de se hisser à la hauteur des défis. Si leurs espoirs ont été douchés, c’est peut-être parce qu’ils se sont aussi un peu reposés sur des illusions. Nous avons en effet, pour la plupart d’entre nous, parié sur l’expérience en ignorant l’évidence. Il n’y a pas de partage d’expériences possible sans démocratie. Blaise Compaoré était un monarque auquel l’on obéissait plutôt par peur. Il ne faut donc pas s’étonner que son entourage n’ait rien appris en terme de gestion du pouvoir ! Quand Yé Bongnessan avait voulu s’y essayer, mal lui en a pris, alors même qu’il ne parlait que de chef de terre.
Il n’est jamais trop tard pour bien faire dit-on. 2018 sera l’occasion ou jamais de donner le pli. Alors, Iwili !

« La République est en effet malade de ses managers qui ne semblent pas avoir compris le moment historique que nous vivons. Les Burkinabè ne se sont pas battus pour une redistribution clanique des pouvoirs. Ils ont espéré un leadership éclairé et vigoureux, seul moyen de se hisser à la hauteur des défis. »

Critiquer c’est bien. C’est pourquoi il convient aussi de braquer le projecteur sur nous-mêmes. Nous sommes nous aussi des acteurs majeurs de notre histoire. Les actes que nous posons doivent être appréciés à l’aune de l’intérêt général de la société. Profiter des faiblesses de l’adversaire est une donnée permanente de toute stratégie de lutte, qu’elle soit militaire ou politique. C’est donc de bonne guerre quand des Burkinabè mécontents mettent la pression sur le pouvoir pour obtenir le maximum d’avantages. S’il est vrai qu’on n’a rien sans lutte, il faut néanmoins savoir jusqu’où ne pas pousser le bouchon pour ne pas entrainer tout le monde dans le précipice. A qui cela profiterait-il ? A personne. Pas même aux apprentis sorciers. S’il y a un enseignement à tirer de l’histoire du monde, c’est qu’aucun groupe, aussi illuminé soit-il ne détient à lui seul les clés du bonheur de la société. Les Burkinabè devraient donc apprendre de leurs illusions et de celles des autres. Nous ne devons pas laisser croire que la solution à nos problèmes réside dans une surenchère de revendications matérielles. Revendiquer c’est bien tant que ça ne s’accompagne pas d’une régression en termes de capacité globale de production de richesses et de développement. Enfin, les Burkinabè ne devraient en aucun cas oublier qu’une des conditions du vivre ensemble, c’est le respect de l’autre. Oui, il est possible de construire et de promouvoir un débat policé entre Burkinabè, quel que soit le canal qui le porte. Internet et particulièrement Facebook tendent à devenir pour certains d’entre nous un espace d’affrontements où l’irrespect le dispute à la haine. Faisons-en au contraire des outils de convivialité afin de faire progresser l’analyse et la réflexion sur notre devenir commun. Le Burkina est notre pays à tous, travaillons humblement à le faire grandir. Bonnes fêtes à tous et à toutes !

Par Germain B. Nama


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