Parc animalier de Ziniaré : La vie de misère des travailleurs du parc

Publié le jeudi 15 février 2018

Leurs conditions de vie et de travail n’ont jamais été satisfaisantes. Mais depuis l’insurrection populaire d’octobre 2014, la situation s’est empirée. Leur employeur, Blaise Compaoré est en exil en Côte d’Ivoire et au Burkina, ils sont sans interlocuteur.

C’est presque larmoyant que certains employés du parc animalier de Ziniaré nous ont approchés en fin du mois d’octobre dernier. « Ça ne va pas. Nous souffrons. Nos vies sont en ruine » se plaignent-ils. Depuis 2014, les employés avaient posé des doléances. Il s’agissait principalement d’ « une augmentation de salaires, l’octroi d’une prime d’ancienneté et la signature en bonne et due forme d’un contrat de travail qui les lie au parc ».
Toutes les démarches qu’ils ont entreprises au niveau de l’inspection du travail concernant leur dossier sont restées vaines. A chaque fois que quelqu’un s’empare du dossier, il est muté diront-ils. « Pour votre dossier il faut suffisamment porter des gants » voilà ce que leur aurait confié un inspecteur du travail. Leur espoir reposait désormais dans les mains du médiateur du Faso. Le 8 avril 2014, ils introduisent une correspondance auprès du premier responsable de l’institution, Alima Déborah Traoré. L’idée est qu’elle intervienne auprès du Président du Faso, Blaise Compaoré, leur employeur. Les employés dans cette correspondance affirment avoir été reçus le 17 novembre 2013 par Blaise Compaoré. Au cours de cette rencontre, ils lui ont posé leur problème. Ce dernier aurait donc instruit le directeur des infrastructures et des équipements de la présidence du Faso de traiter avec diligence la question. La situation n’a plus évolué et, pire, il leur a été impossible de rencontrer une fois de nouveau le président du Faso.
Leur espoir s’évanouit quand le 29 août 2017, ils reçoivent une correspondance d’Alima Déborah Traoré avec pour objet : « Clôture de dossier de réclamation ». On peut lire ainsi : « Après examen de votre dossier, j’ai par lettre (…) du 15 juillet 2014 saisi le président du Faso pour lui faire savoir que ses instructions du 17 novembre 2013 n’avaient pas été exécutées. C’est dans l’attente de sa réponse qu’est survenue l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014. Aussi, le dossier se rapportant à la personne physique de l’ex président du Faso, dès lors, son instruction à mon niveau devient caduque vu qu’il (dossier) tombe dans un cadre strictement privé et de ce fait, échappe au champ de compétence de mon institution. »
Les employés n’ont en ligne de mire qu’une seule personne qu’ils accusent d’être à l’origine de tous leurs problèmes : le directeur des infrastructures et des équipements de la présidence du Faso. « Sur cette terre, un homme avec deux pieds ne peut pas arranger votre problème » leur aurait dit ce dernier. Nous avions tenté par tous les moyens à notre disposition de rentrer en contact avec le directeur en question sans succès. Ce qui d’ailleurs a fait tarder la parution de notre article d’octobre à ce jour.

Sans salaire pendant près de 2 ans

Afin de toucher du doigt leur condition, nous avions effectué un déplacement le 3 novembre à Ziniaré. Ce sont des gens meurtris dans leur chair que nous avons rencontrés. Leur dernier paiement de salaire date du 1er mai 2016. Depuis lors, ils rasent les murs. Pour des mesures de sécurité nous leur attribuons des noms fictifs. Ainsi Donald, comme beaucoup d’autres, aura bientôt 19 ans de service au parc. A 45 ans, il a à sa charge une femme et deux enfants. L’aîné est déscolarisé cette année, faute de moyens. Donald vit en location. Le loyer lui coûte 6000 f/mois. Une somme qu’il n’arrive plus à honorer depuis un certain temps. « Depuis juillet 2017, je n’ai plus payé mon loyer. » confie-t-il, visiblement triste. Il doit son salut à la patience de son bailleur. « Ma chance est que j’ai un bailleur qui est compréhensif » fait-il savoir. Mais cette patience va durer jusqu’à quand ? Une question qui le hante et à juste raison. « Si je quitte là-bas, c’est sûr que ça ne sera pas facile à vivre. » Depuis près de 2 ans, c’est son frère qui lui vient en aide. Contrairement à Donald, Goldman s’est vu expulser de la maison. « Mon locataire m’a mis dehors il y a deux semaines (l’entretien a eu lieu le 3 novembre). » déclare a 3 mois à la date du 3 novembre. De bonnes volontés, ça ne manque jamais. Mis dehors avec sa famille, il a été hébergé par une tierce personne. « La suite, je ne sais pas comment cela va se passer. C’est une solution temporaire. La personne est juste venue à mon secours. C’est à moi de continuer à chercher ailleurs. » C’est dire que le calvaire continue pour cet employé. Il est au parc il y a de cela 19 ans. Comme salaire mensuel, il touchait 37 225 fcfa. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il dit compter sur ses amis. Pour la scolarité des enfants ce sont leurs oncles qui la prennent en charge désormais.

Toute une vie de travail pour rien

Igor a 64 ans. Mais physiquement on lui donnerait plus. Il est embauché au parc depuis novembre 1996. Il a 21 ans de service. Aujourd’hui il est dans le regret. « A 64 ans si on me donne quelque chose à présent, c’est pour rentrer au village et mourir » Ces propos qu’il balance avec un grand sourire décrit bien son amertume. « J’ai passé toute ma vie de travail pour rien » exprime-t-il avec un long soupir. Il avait un salaire net mensuel de 37 841 fcfa. Igor travaillait auparavant au Zoo d’Abidjan. Mais sa vie bascule un matin de l’année 1996. Le décès de sa maman. Il rentre au bercail et est contraint de rester pour s’occuper de la famille. Au village, il intervenait dans la ferme d’un Blanc. C’est par l’intermédiaire de ce dernier que le directeur des infrastructures de la présidence du Faso l’a pris comme manœuvre au parc. « Je m’occupais donc des éléphants particulièrement. » Aujourd’hui, ce père de famille de trois enfants n’espère plus grand-chose de la vie. Il vit dans une maison qui coûte 8000f/mois. Depuis qu’il n’a pas plus de salaire, il n’arrive plus à payer le loyer. « J’ai parlé avec le bailleur qui a compris ma situation. Mais… » La phrase, il ne l’a jamais terminé.
C’est donc un quotidien difficile que vivent les employés du parc. La situation est très critique disent-ils. Le plus gros problème pour nombre d’entre eux, ils ne peuvent plus avoir de crédit. « Les gens disent qu’on se moque d’eux, qu’on travaille avec le président. » Pendant ce temps, c’est le regret qui anime certains. « Je regrette actuellement. Dans ma vie je ne peux plus travailler comme je l’ai fait au parc. » Se désole Donald. Il va jusqu’à parler « de l’exploitation » dont ils auraient été victimes.
C’est bien à l’image des conditions de vie et de travail des employés que les animaux du parc meurent au jour le jour. Cette réserve de renom semble être aujourd’hui l’ombre de son passé. Blaise Compaoré est-il au courant de toute cette tragédie ? Réponse à deux volets. Dans un premier cas, « il n’est pas informé tout comme il n’était pas au courant de nos réalités c’est-à-dire les sommes dérisoires qu’on nous paie ». Ce qui voudrait dire qu’on lui faisait un compte rendu erroné de la situation. Dans l’autre cas, il est informé, mais ses actions n’aboutissent pas parce que détournées.

Par Basidou KINDA


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