Mali : Mariko le Janus de Sanogo

Publié le samedi 2 juin 2012

C’est le soutien de la junte malienne. Il souffle à l’oreille du capitaine. Il est la matière grise des militaires. De l’accord cadre à la convention nationale, il a tout réfléchi. Mais tout ne semble pas se passer comme il l’avait prévu. D’où son radicalisme de ses derniers jours.

 

Pour Mariko Oumar, président du parti Sadi, la CEDEAO est « le problème du Mali ». L’organisation sous régionale devrait laisser les maliens trouver une solution à « la malienne ». Une exhortation qui ressemble fort bien à une acceptation du putsch. Depuis le 22 mars, Mariko et les siens se sont installés au cœur du pouvoir militaire qu’ils instrumentalisent avec doigté. Dès les premiers jours, alors que l’ensemble des anti putschs sont tétanisés par cette irruption inattendue des militaires au sommet de l’Etat, Mariko et les siens sont entrés bruyamment dans la scène, pour donner une caution morale au coup d’Etat. Le Front anti putsch n’a pas su réagir à la hauteur de la forfaiture. Ils ont voulu opposer une contestation légale, donc forcément molle et limitée, à une entreprise illégale contre laquelle, c’était plutôt l’insurrection populaire qu’il fallait promouvoir. Les putschistes se sont enhardis devant cette mollesse et sont devenus violents, sans doute sous les conseils des soutiens civils. Il fallait ne pas laisser le terrain et le temps aux anti putschistes. Ce qu’ils ont réussi avec un certain panache, il faut le reconnaitre.

Tout le monde vous dira à Bamako que Mariko et son groupe sont minoritaires. Ce n’est pas faux. Puisque dans les élections, régulièrement organisées au Mali, depuis 1992, son parti n’a jamais pu avoir 3% du corps électoral. Il l’impute à la non transparence des scrutins. Mais même dans cette hypothèse, il n’y a pas d’éléments probants qui montrent qu’il vaut plus. Que le RPM de l’ancien premier ministre IBK se plaigne, on peut comprendre. Depuis sa dissidence avec l’ADEMA on ne lui a pas facilité la tâche. Mais grosso modo, les scrutins maliens sont de moins mauvaises qualités, comparées au Burkina. C’est d’ailleurs, parce que ce n’était pas évident qu’il remporte une majorité parlementaire stable, que ATT avait professé « une gouvernance consensuelle ». C’est l’un des griefs qu’on lui fait du reste. Ses détracteurs estimant que sa gouvernance consensuelle a tué tout esprit de contestation. Ce qui est à relativiser au regard de la hargne du même Mariko.

 

L’erreur des civils

 

Mariko et son groupe qui se disent communistes commettent l’erreur des élites politiques de façon générale. Ils pensent pouvoir manipuler les sous officiers, sans réelle expérience politique, qui forment la junte. Beaucoup avant eux ont commis les mêmes fautes et l’ont payé très cher. Le Sadi et Mariko avec, pensent que l’irruption des militaires va créer un nouvel ordre qui devrait leur être profitable. Vingt ans après 1991, qui avait vu l’alliance ADEMA-militaires, instituer le système ADEMA, Mariko espère qu’une alliance avec le CNRDRE ouvrirait l’ère SADI. Un calcul d’apothicaire, dans un environnement social, politique et international totalement différent. Et puis Sanogo n’est pas ATT. Il n’est pas sûr qu’en y goutant il veille partir encore. Comme il l’a dit lui-même, « président un jour, président toujours ». Et il faut prendre ses paroles très au sérieux.

 

L’appât des avantages du pouvoir !

 

La CEDEAO a sans doute commis un précédent dangereux, avec le statut d’ancien chef d’Etat, avec tous les avantages accordés à Sanogo. Mais il a mis ce dernier en délicatesse avec ses mentors civils. Prendra t-il le risque de suivre l’aventure Mariko et perdre les avantages qui lui sont ainsi octroyées ? Depuis la convention qu’ils avaient vendue à Sanogo, mais qu’ils se sont résolus finalement à tenir eux -mêmes, Mariko et ses affidés ont franchi le Rubicon en investissant Sanogo, président de la transition. L’entreprise avait été nourrie de longue date. Il s’agissait d’attendre le moment opportun pour le réaliser. Empêcher par tous les moyens Dioncounda d’installer son pouvoir, en attendant la forclusion constitutionnelle du délai de l’intérim. Ce qu’avait du reste déclaré Sanogo. « 40 jours et pas un de plus ». Avec ses lieutenants aux postes clés du gouvernement, Défense, Sécurité et Intérieur, il pouvait tout contrôler et tout bloquer. Quand la CEDEAO a voulu déployer sa force d’ « attente », Sanogo a dit non et il a prévenu que le gouvernement n’en fera pas la demande. Effectivement pour que le gouvernement en fasse la demande, il faut requérir l’avis du ministre de la Défense. Or d’emblée cet avis est défavorable. Le président intérimaire, qui n’a pas de prise sur les Forces de Sécurité, n’a pas en réalité de pouvoir. Les derniers événements qui ont vu les partisans de la junte débouler au palais présidentiel et tabasser sauvagement Dioncounda, montrent bien la fragilité des institutions. Les choses à postériori ont vraisemblablement été organisées en concertation. Une manifestation de rue avec les éléments infiltrés pro putsch avait pour mission de créer l’insurrection dans le pays en provocant la vacance du pouvoir, si nécessaire en attentant à la vie du président ou en l’obligeant à démissionner publiquement. La composante intellectuelle qui tenait convention au même moment devait désigner Sanogo, comme président intérimaire. Avec la forclusion constitutionnelle et la vacance du pouvoir, plus rien ne s’opposait au règne de Sanogo. Le processus à l’œuvre depuis le 22 mars aurait ainsi connu son aboutissement. La communauté internationale n’aurait eu d’autre choix que d’accepter le fait accompli, pour éviter d’être taxé de complicité dans la Somalisation du Mali. Mariko tient tellement à son scénario, qu’il continue d’exiger la démission de Dioncounda sur la foi « d’une promesse que ce dernier aurait fait aux jeunes qui l’ont assiégé dans son bureau ». Comment a-t-il été informé d’une telle parole, si elle a existé ?

Le scenario envisagé par Mariko est voué à l’échec. Il n’a sans doute pas mesuré la détermination de la communauté internationale. Si le capitaine Sanogo s’aventure à accepter une intronisation quelconque, il signe son arrêt de mort. Le Mali sera automatiquement sous un embargo sévère. Si malgré tout, le résultat escompté n’était pas atteint, toutes les autres options sont sur la table. Même fou, Sanogo sait que cerné comme il est par une rébellion au nord, menacé par un millier de soldats (les bérets rouges) dans la nature et d’autres combattants maliens refugiés chez les voisins, qu’on peut à tout moment mobiliser contre lui, il n’ira pas loin. Au mieux il finira comme Kadhafi, un jouet entre les mains de ses pires ennemis.

Par Newton Ahmed BARRY


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