19e Commémoration de l’Assassinat de Norbert Zongo : La mémoire du défunt journaliste ravivée à Koudougou

Publié le mercredi 20 février 2019

La Société des Editeurs de Presse (SEP) a, à sa manière commémoré l’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo ce mercredi 13 décembre. Une série d’activités, notamment un panel a été organisé pour mettre en exergue la personnalité de Norbert Zongo à l’Université publique de Koudougou qui porte désormais son nom. Les panélistes ont eu le génie de revivifier la personnalité du journaliste assassiné dans l’esprit de milliers d’étudiants qui ont pris d’assaut le plus grand amphithéâtre de la place d’environ 2000 places.

Une nouvelle touche a été apportée à cette 19e commémoration de l’assassinat de Norbert Zongo. Pendant qu’à Ouagadougou, les organisations citoyennes battaient le pavé dans la matinée de ce 13 décembre pour clamer « vérité et justice » pour Norbert et ses compagnons, les patrons de presse ont pour leur part apporté une autre touche à Koudougou, ville natale de Norbert Zongo. Trois activités majeures ont marqué cette commémoration version SEP. Un panel pour raviver la personnalité de Norbert Zongo, une remise de livres à l’Université Norbert Zongo dont des œuvres du défunt journaliste d’investigation. Enfin l’exécution d’une pièce théâtrale dans la soirée, une adaptation de son roman Rougbenga. Le panel est animé par trois personnes. Robert Zongo, frère cadet du journaliste assassiné. Germain Nama Bitiou, ancien collaborateur de Norbert Zongo et directeur de publication de L’Evénement. Maitre Bénéwendé Sankara, avocat de la famille Zongo et par ailleurs premier vice-président de l’Assemblée nationale. Les panélistes ont développé leurs sujets devant un public nombreux, essentiellement composés de jeunes. Etaient aussi présents le Haut représentant du chef de l’Etat, Chérif Sy, Remis Djandjinou, ministre de la communication. D’autres invités de marque comme Maitre Halidou Ouedraogo, président de la commission de rédaction de la nouvelle constitution étaient aussi présents. Après l’intervention des panélistes, ces personnalités ont invité les jeunes (étudiants) à suivre l’exemple de Norbert Zongo en s’appropriant ses qualités présentées lors des exposés

Norbert Zongo, un homme engagé depuis l’enfance

Avant même que les panelistes ne fassent leur entrée, l’amphithéâtre réservé pour l’activité était bondé d’étudiants. Les organisateurs ont, de par la bouche de Boureima Ouédraogo, directeur de publication de Le Reporter, remercié l’assistance pour sa présence imposante. Dans la foulée, c’est Germain Nama, qui a ouvert la série des communications. Il a commencé par des confidences et des anecdotes pour camper le décor sur la personnalité de Norbert Zongo. Germain Bitiou Nama est reparti depuis l’adolescence de Norbert ZONGO pour rappeler ses qualités et ses hauts faits. Ainsi, le panéliste indique que déjà depuis le secondaire, Norbert Zongo s’est toujours dressé contre tout ce qui contrevenait au bien-être de ses compatriotes. Et cela est une obsession pour lui depuis son enfance. Il l’illustrera déjà par l’habitude qu’il avait prise d’écrire des diatribes contre tout ce qui lui paraissait injuste, ce qu’il estimait de nature à mettre en péril le bon fonctionnement de la société. Ainsi, Norbert Zongo, comme l’a rappelé le panéliste, entretenait depuis le collège un journal à travers le lequel il critiquait les travers de la gestion de son établissement et notamment les mauvaises conditions d’étude et de vie des élèves. Et, il prenait soin de mettre ses écrits à la disposition des destinataires que sont les élèves et le personnel administratif en les collant à des lieux où ils pouvaient les voir. Par exemple, il écrivait entre autre pour dénoncer la qualité des repas que la cantine scolaire servait aux élèves. Norbert Zongo est resté fidèle à son engagement d’adolescent tout au long de sa vie professionnelle.
Il ne cessait de donner du fil à retordre au régime Compaoré qui végétait dans des vilénies et dérives comme la gabegie, la délinquance économique, les crimes de sang etc. C’est d’ailleurs sa propension à combattre ces dérives et à défendre les personnes brimées qu’il a payée de sa vie. Norbert enquêtait sur la mort de David Ouedraogo, chauffeur de François Compaoré. Norbert qui recevait des menaces savait qu’il côtoyait la mort. Mais, il refusa de capituler jusqu’à la fatidique date du 13 décembre 1998. A tous ces faits, Germain Bitiou Nama a raconté des faits et anecdotes retraçant le parcours singulier du journaliste. Morceau choisi : Norbert Zongo réussit à un concours d’entrée à l’Institut supérieur de journalisme organisé par le Conseil de l’entente. Il entend son nom à la proclamation des résultats à la radio. Il se dépêche pour se rendre à Ouagadougou pour s’enquérir de la conduite à tenir. Une fois dans la capitale, il est surpris de constater que son nom a disparu de la liste des admis. Norbert se rend compte de l’intrigue et retourne à son poste. A la date prévue pour la rentrée à l’institut, Norbert se rend à Lomé. Il voit son nom sur la liste sur le panneau d’affichage. Il entame les formalités d’inscription et parvient ainsi à court-circuiter l’intrigue des autorités burkinabè. Mais, ses études vont tourner court à cause du manuscrit de son livre Le parachutage qui tombe entre les mains des autorités togolaises. Le livre est une peinture des dictateurs africains. Norbert n’avait pas d’autre choix que de s’enfuir du Togo. Son ami Amadou Kourouma l’aide à continuer sa formation au Cameroun. Norbert décroche un stage au journal satirique français Le Canard enchaîné, à Paris, puis par après un autre stage aux USA en journalisme d’investigation. C’est avec ce bagage que Norbert revient au pays pour mettre en œuvre ses connaissances. En plus de son engagement dans le journalisme d’investigation, maitre Bénéwendé Sankara, rappelle que Norbert Zongo, mobilisait ses propres moyens pour aller donner des conférences un peu partout au Burkina Faso, dans le but d’élever le niveau de conscience politique des jeunes.

Norbert Zongo, un mordu du travail et une âme généreuse

Les récits de Robert Zongo et de Germain Bitiou Nama ont permis de cerner la personnalité de Norbert sur plusieurs aspects. Norbert aime travailler. « Il a grandi dans l’amour du travail », nous apprend Robert. Germain Nama renchéri sur cette valeur qui caractérise Norbert dans toute sa carrière professionnelle. Depuis qu’il est à Sidwaya, Norbert est mis au garage. Il quitte ce quotidien d’Etat pour créer avec des compagnons le journal La Clé. Robert indique qu’il avait aussi un autre projet de journal d’envergure sous régionale avec un ami de la Côte d’Ivoire qu’ils appelaient L’Evénement africain. Ce projet capote, car Norbert constate un jour que le train de vie de son ami a radicalement changé. Norbert le soupçonne d’avoir été soudoyé par le pouvoir ivoirien. Norbert se retire du projet. L’indépendance est un principe sacro-saint pour lui. Il collabore à JJ, puis à la Clé avant de créer son propre journal L’Indépendant. Robert Zongo indique par ailleurs que son frère a eu pas mal de difficultés avec l’Indépendant. A ses débuts, il écrivait ses papiers à la lampe tempête. Malgré ces difficultés assure Germain Bitiou Nama Norbert avait une très grande capacité rédactionnelle. Il produisait beaucoup d’articles de qualité en peu de temps. Il cherchait beaucoup et partageait ce qu’il savait. C’était aussi un « grand éditorialiste ». Il pourfendait la corruption, le clientélisme, les crimes économiques et les crimes de sang, la mal gouvernance, dans ses éditoriaux. Robert Zongo insiste sur le côté humain de Norbert en famille. Il soutenait les membres de sa famille. Il assure même que Norbert Zongo avait à sa charge 19 bouches à nourrir quotidiennement. Germain Nama rappelle par ailleurs que malgré tout Norbert Zongo travaillait beaucoup et menait une vie saine. Il ne buvait pas d’alcool, il ne fumait pas non plus.

Des avancées dans le dossier

Maitre Bénéwendé Sankara a dressé l’état des lieux du dossier à la justice. Survolant des points que le public sait déjà, il assure que le dossier a beaucoup avancé. Il rappelle l’arrestation de François Compaoré à Paris et sa mise sous contrôle judiciaire. L’avocat ajoute également que de nouvelles pièces ont été rassemblées, par exemple le véhicule qui aurait été utilisé pour le crime de Norbert Zongo et ses compagnons. Maitre Sankara, conclu ses propos en soulignant qu’il y a des « raisons d’espérer que justice sera rendue ». Et a souhaité à l’instar d’Halidou Ouedraogo et des organisateurs que l’année prochaine la commémoration du 13e décembre soit faite pour constater que les assassins de Norbert Zongo sont jugés et condamnés.
A la fin du panel, les organisateurs ont lu l’« appel patriotique de Koudougou du 13 décembre 2017 », à travers lequel ils invitent les citoyens, les autorités politiques et forces morales à œuvrer pour la « préservation de la paix », la « défense de la partie », « le progrès », etc .

Par Hamidou TRAORE


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