Le Burkina a besoin d’un leadership déterminé

Publié le mardi 9 janvier 2018

11 décembre 1960, ce fut un jour de fête au village. Une campagne d’information et de sensibilisation a précédé l’événement : les Voltaïques, autrefois sous les ordres du colon, vont désormais agir pour eux-mêmes. Cela veut dire qu’il faudra retrousser les manches un peu plus que par le passé car c’est par le travail que nous parviendrons au bien-être. Pour la circonstance, des groupes d’hommes et de femmes furent constitués au niveau du village. Qui pour nettoyer les abords de la route nationale et les lieux publics, qui pour badigeonner à la cendre les maisons des concessions ainsi que les arbres dans la proximité de la route nationale. La route nationale est en effet, l’artère qui accueille les activités festives, commémoratives de la fête nationale.
Le jour de l’indépendance, la grande attraction fut le défilé. Mon maître d’école, un des notables du village et grand organisateur de l’événement avait convié tous les anciens combattants de la guerre coloniale 39-45 ainsi que ceux de la guerre d’Indochine, à rallier le chef-lieu de canton. Ils devaient se draper de leurs tenues militaires et arborer leurs décorations. Parmi les anciens combattants, il y’en avait deux qui avaient officié dans la fanfare coloniale. Et quand vint le temps de la démobilisation, ils emportèrent leurs instruments de musique. Grâce à eux, l’animation musicale de la cérémonie fut assurée. Tout ce que le village comptait d’âme qui vive avait accouru pour voir le spectacle. Et celui-ci fut en effet garanti par les anciens combattants mais aussi par les élèves de l’école primaire qui avaient pour la circonstance porté leurs plus beaux habits. Ils avaient aussi fait leur toilette des grands jours.
Autre attraction du jour. L’indépendance avait été célébrée comme l’avènement d’une nouvelle ère. Mais les activités commémoratives étaient à la vérité, la perpétuation d’anciennes habitudes coloniales. Il en était ainsi des activités ludiques programmées qui rappelaient celles du 14 juillet : le colin Maillard, le jeu de canaris, la course de vitesse, les pieds enfouis dans un sac de jute, la course avec un verre d’eau sur un plateau. Il y avait aussi la course à dos d’âne, sans oublier l’épreuve de la poutre badigeonnée de savon où il faut aller chercher le trophée au sommet.

« 57 ans après l’indépendance, l’éducation reste le grand défi à relever tant en terme d’adéquation à nos besoins de développement, qu’en terme de performance »

L’indépendance en 1960 c’était aussi la découverte de l’hymne national : Fière Volta de nos aïeux. En tant qu’élève du CM, cela signifiait pour nous l’apprentissage, la mémorisation d’une chanson fétiche. Et nous étions fiers de chanter l’hymne national.
Nous vivons à présent l’ère du Dytaniè, un hymne qui charrie de nouvelles images et une histoire certes continue mais néanmoins nouvelle. En 1960, l’école du village était unique dans le canton. Aujourd’hui, 57 ans après, environ 60 écoles se dressent sur le territoire communal. C’est une progression assez importante mais qui est loin d’être satisfaisante. Idem pour les infrastructures sanitaires. L’unique formation sanitaire se trouvait dans un rayon de 60 km à partir de mon école. Aujourd’hui la même zone compte une dizaine de formations sanitaires. Il n’y avait ni électricité ni eau courante, encore moins de service agricole et environnemental. Tel était le tableau. En 2001, à l’occasion d’une interview que nous avait accordée Blaise Compaoré, alors que mon rédacteur en chef Newton Ahmed Barry interrogeait son bilan dans le domaine éducatif, le président se tourna vers moi pour requérir mon approbation sur son jugement : Dis-leur Nama, que quand nous étions à l’école primaire, on ne voyait aucun vélo devant les écoles. Aujourd’hui ce n’est pas le cas, il y a beaucoup de vélos et beaucoup de mobylettes. Vous ne pouvez donc pas dire qu’on n’a rien fait dans ce pays.
Soit M. le président ! Pour autant, il serait déplacé d’en tirer la moindre gloriole, au regard de l’état généralement comateux de notre système éducatif. 57 ans après l’indépendance, l’éducation reste le grand défi à relever tant en terme d’adéquation à nos besoins de développement, qu’en terme de performance. C’est le passage obligé pour la maitrise de notre souveraineté. Nous ne semblons pas l’avoir suffisamment compris, tant nos tâtonnements sont récurrents. C’est d’une révolution culturelle dont nous avons besoin. Et pour cela, il nous faut un leadership éclairé et surtout déterminé !

Par Germain B. Nama


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