Première Opération Militaire du G5 Sahel : Une « démonstration de force » sans triomphe

Publié le mardi 9 janvier 2018

En attendant la levée de fonds prévue le 16 décembre prochain à Bruxelles en Belgique pour boucler le budget du G5 Sahel, cette force multinationale de lutte contre le terrorisme a mené sa première opération. Du 1er au 11 novembre dernier, près de 700 hommes ont été déployés le long des frontières entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger pour limiter le mouvement des extrémistes violents dans la zone. Cette démonstration de force au bilan très mitigé présente l’avantage de connaître les insuffisances du G5 Sahel aux fins de les corriger et de régler les automatismes pour être à la hauteur de la mission.

Fort de 350 soldats burkinabè, 200 maliens, 200 nigériens et 180 français, le G5 Sahel a lancé sa toute première opération qualifiée de démonstration de force dans les zones où les excursions terroristes se multiplient. L’opération en elle-même n’a pas engrangé de trophées à exhiber en termes de terroristes tués ou capturés en raison de sa forte médiatisation et des conditions logistiques précaires de ses armées. L’adversaire ayant été prévenu, il a esquivé les troupes militaires.
« Haw-bi », du nom de l’opération, a néanmoins permis d’évaluer les forces et faiblesses du G5 Sahel sur lequel repose l’espoir de nombreuses populations des cinq pays qui le composent.
Ainsi, selon le général malien Didier Dacko, « beaucoup de difficultés sont apparues, des difficultés de coordination et des moyens de communications à parfaire et des délais de mise en place à parfaire encore pour que les prochaines opérations soient mieux conduites ».
Un constat qui s’apparente à celui du colonel- major nigérien Mahamadou Mounkaila qui a affirmé : « Nous avons beaucoup de leçons à tirer mais je ne pense pas que ce soit insurmontable ». Il a fait ressortir principalement « des problèmes d’ordre logistique » sur un terrain désertique difficile. Et au colonel burkinabè, Saidou Nya, d’ajouter qu’il « faut arriver à une intégration parfaite de nos forces pour (…) réagir de façon efficace ».
Mais ce qui n’est pas dit, c’est que cette forte communication autour de la traque des terroristes résonne comme un appel de pied aux donateurs internationaux réticents à aider à boucler le budget de fonctionnement du G5 Sahel. Estimé à 423 millions de dollars, seulement un financement de 108 millions ont été promis par les bailleurs de fonds. Face à cette délicatesse, les pays membres ont décidé d’y participer à hauteur de 10 millions de dollars chacun. La cagnotte est cependant loin d’assurer l’opérationnalité de la force conjointe.
Tout compte fait, cette première expérience a permis de délimiter le champ d’action de la force conjointe. Elle va dorénavant se concentrer sur la sécurisation des frontières entre les trois pays. Une zone désertique devenue le sanctuaire des terroristes d’où sont fréquentes des attaques de casernes et d’écoles, conjuguées quotidiennement avec le rançonnement des éleveurs et la pose généralisée d’engins explosifs.
La situation impose des décisions urgentes. C’est en cela que cette première opération est utile d’autant qu’elle a permis de mesurer l’ampleur de la tâche. Il faut donc trouver rapidement des solutions aux difficultés identifiées. Car l’ambition première doit être d’occuper définitivement le terrain dans l’optique d’y marquer la présence de l’Etat. Les pays du G5 Sahel ont alors le regard tourné vers les bailleurs de fonds qui se réunissent à Bruxelles en décembre prochain. Espérant que leur apport sera effectif pour boucler le budget.

Des obstacles à surmonter

Dans une telle situation, le G5 Sahel ne présente pas des signes de vitalité rassurants. Ce qui, du reste, est inquiétant. A cela s’ajoute le flou entretenu par la Mauritanie qui conditionne sa participation aux opérations par le versement des financements internationaux promis. Une décision mal à prendre lorsqu’on sait que les questions de sécurité relèvent avant tout de la souveraineté d’un pays. La position de la Mauritanie est à la fois surprenante et ambiguë. A moins qu’elle ne participe d’une pression sur les bailleurs de fonds, elle intervient à un moment où le prochain déploiement est prévu pour se faire à la frontière entre le Mali et la Mauritanie.
Alors qu’on n’a pas encore fini d’évoquer ces difficultés, deux autres se présentent. La première, pour des raisons inavouées, ne vise qu’une seule chose : « voir les Français quitter le Sahel ». Or, la force française barkhane est d’un grand appui à la force du G5 Sahel en termes de logistiques et de renseignements. Et chose curieuse, l’Algérie s’oppose à son maintien dans la zone. La seconde, le Maroc ne veut pas du G5 Sahel. Et pour cause, dans ce royaume chérifien, le G5 Sahel pose problème à ceux qui tiennent les ficelles du trafic de haschich et à ceux qui en profitent.
Voilà autant d’obstacles que le G5 Sahel doit surmonter pour être efficace dans sa lutte contre le terrorisme. La tâche s’annonce encore plus difficile lorsqu’on y ajoute la réticence d’un pays stratégique comme le Tchad à participer aux prochaines opérations. On est alors tenté de se demander si le G5 Sahel ne va pas plus ressembler à un tigre en papier qu’à toute autre chose. A l’évidence, la survie de cette force multinationale dépend des facteurs aussi bien endogènes qu’exogènes. Dans le meilleur des cas où elle réussirait à transcender tous ses obstacles pour pourvoir s’affirmer, il lui faudrait être très stratège. La sécurisation des zones des trois frontières est un problème transversal qui appelle à des solutions transversales, donc des solutions concertées.
Sans aucun doute, la force conjointe aura à lutter à la fois contre les terroristes, des trafiquants d’armes, de drogue et d’êtres humains. Il faut donc une mutualisation des renseignements des pays concernés, une stratégie de défense concertée et la présence effective de l’administration dans les zones sus énoncées. Et c’est la plus difficile, sinon la plus délicate des missions qu’il faut absolument accomplir. Cela suppose un programme de développement de la localité, des villages et hameaux environnants pour occuper la jeunesse à des activités saines et rémunératrices.
Le G5 Sahel, à sa naissance, semble en avoir fait son cheval de bataille. C’est pourquoi d’ailleurs un programme prioritaire d’investissement (PIP) a été esquissé pour répondre aux besoins du développement, notamment en matière de gouvernance, de sécurité, de résilience économique et d’infrastructures. A cet effet, le G5 Sahel souhaite un financement à hauteur de 14,8 milliards de dollars pour le réaliser.
La crainte est que les décideurs politiques de ces pays lâchent du lest face aux difficultés de mobilisation des ressources indiquées. En rappel, le G5 Sahel ou « G5S » est un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité. Il a été créé à Nouakchott lors d’un sommet du 15 au 17 février 2014 par cinq États du Sahel à savoir la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

Raphaël N. ASPAVATI
aspavanou@gmail.com


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