Système éducatif : Gestion des ressources humaines, parlons-en !

Publié le mardi 9 janvier 2018

Il faudra certainement revenir sur le sujet pour l’approfondir les jours à venir. Toutes les attentions étant portées sur l’arrivée d’Emmanuel Macron à Ouagadougou ce 27 novembre. Nous parlons de l’enquête parlementaire sur le système d’enseignement au Burkina Faso. Le document est édifiant. Il confirme les maux (problème de quantité et de qualité surtout) toujours dénoncés qui mettent à mal notre système éducatif. Il y a un détail fort intéressant dans l’enquête parlementaire : la gestion des ressources humaines. Le rapport fait ressortir en effet beaucoup de dysfonctionnements de nature à impacter négativement la qualité de l’enseignement. On retiendra : l’occupation des enseignants du primaire à des tâches autres que pédagogiques dans les gouvernorats, les hauts commissariats, les mairies, sans généralement un acte administratif ; la pléthore des enseignants du primaire dans les bureaux des CEB, des DPEPPNF, des DREPPNF, surtout dans les centres de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso ; le surnombre des enseignants du primaire dans les écoles de Ouagadougou et paradoxalement, des postes vacants sont signalés dans les départements périphériques du centre comme Tanghin Dassouri, Koubri et Komki Ipala, etc.
Qu’en est-il des localités inaccessibles comme Falangoutou dans le Sahel, Partiaga dans le Gourma (pour ne citer que celles-ci) ? Chaque année, le ministère de l’éducation nationale apparait comme l’un des départements qui recrutent le plus de candidats. C’est au total 3090 que le ministère aura recrutés pour la session 2017. Malgré tout cela, il se trouve des localités qui manquent d’enseignants. Le besoin est bien réel. Rien que les agents qui partent chaque année à la retraite, cela nécessite un recrutement pour les remplacer. Mais les besoins sont-ils aussi importants au point de justifier le recrutement de milliers par an ? Ce n’est pas si évident. Ce qui est sûr, il y a un sérieux problème de management des ressources humaines qui s’explique bien plus par des considérations extra-éducatives : parce que nous sommes du même bord politique, parce que c’est notre proche parent ou parce que la personne connaît quelqu’un de bien placé, etc. Pour le concours de l’ENEP, il y a un engagement à servir en campagne pendant six ans au moins.

« L’enquête parlementaire révèle ceci sur le lycée Zinda : L’établissement compte 194 enseignants des lycées et collèges et 21 enseignants des CEG assurant 2049 heures sur 3954 heures dues, soit une perte de 1905 heures par semaine ; ce qui représente le volume horaire normal de 105 enseignants. En clair, 110 suffiraient à faire fonctionner le Zinda. Il se dégage un effectif pléthorique d’au moins 80 enseignants. »

Mais il y a des agents qui après seulement un an de service arrivent à obtenir une mutation en ville où l’on se retrouve en surnombre.
L’enquête parlementaire révèle ceci sur le lycée Philippe Zinda : L’établissement compte 194 enseignants des lycées et collèges et 21 enseignants de CEG assurant 2049 heures contre 3954 heures dues, soit une perte de 1905 heures par semaine ; ce qui représente le volume horaire normal de 105 enseignants. En clair, 110 suffiraient à faire fonctionner le Zinda. D’où un effectif pléthorique d’au moins 80 enseignants. Quand on parle du mauvais rendement en fin d’année, n’est-ce pas là aussi un argument ? Si l’autorité ministérielle doit être pointée en premier lieu, la responsabilité des syndicats dans ces situations est également engagée.
La question du management des ressources humaines va au-delà même du seul ministère de l’éducation nationale. C’est presqu’un fait institutionnalisé dans toute l’administration publique. Certains agents surtout à Ouagadougou n’ont même pas de bureau et errent de service en service pour vendre le piment (en langue lélé faire les commérages). Alors qu’il manque de personnel ailleurs. Dans certaines localités, par exemple, des enseignants sont obligés de cumuler des classes quand en ville certains ou certaines se permettent d’aller en classe une ou deux fois la semaine parce qu’ils ou elles ont le loisir de se relayer. Certaines femmes dans l’administration publique à Ouagadougou n’ont tellement pas grand-chose à faire au point de transformer les services en lieux de commerce. Certaines lorsqu’elles arrivent le matin font le tour des bureaux pour faire la publicité de leurs produits : pagnes, chaussures, etc. Et pendant ce temps, il y a des gens qui ont besoin du service public mais il n’y a personne pour le leur rendre. Avec ça on rêve de construire un pays !

Par Basidou KINDA


Commenter l'article (0)