Protestation indignée sur les bords de la lagune Ebrié

Publié le mardi 9 janvier 2018

Il a tenu à laver son honneur flétri. C’est peu dire qu’il n’a point apprécié les propos allusifs sur sa supposée collusion avec les djihadistes qui ont entrepris de mettre à feu et à sang le pays des hommes intègres. Dans un communiqué rendu public par le biais de ses avocats, le célèbre fugitif burkinabè a depuis la terre d’Eburnie tenu à le faire savoir. Il appartient à tous ceux qui pensaient que l’homme avait vendangé sa dignité et son honneur, en s’empressant de demander ou d’accepter la nationalité ivoirienne (c’est selon) d’apprécier.
Qu’est ce qui est plus cher à Blaise Compaoré ? Son honneur ou l’amour de son pays ? « Chacun comprendra… que je brise exceptionnellement le silence et que je quitte mon devoir de réserve pour condamner fermement des allégations formulées avec légèreté, qui ne sont que la marque d’une très grande légèreté. » Ce qui est ici condamné, ce sont les allégations et non pas ce qui en est à la base. Doit-on comprendre que les attentats de Capuccino, du café Istanbul et la longue litanie des massacres perpétrés par les extrémistes au nord du pays ne suffisaient pas à soulever l’indignation voire la colère de celui qui pendant plus de trois décennies a géré en première ou en seconde ligne, les vies des millions de Burkinabè que nous sommes ? Car, sauf erreur, nous ne l’avons pas entendu pendant ces sombres moments que le pays a traversés. Nous ne sommes pas en train de dire que Blaise Compaoré n’a éprouvé aucune compassion pendant ces moments terribles pour le peuple burkinabè. Il est tout simplement curieux que ce soit maintenant qu’il le manifeste et de manière incidente. Car si son honneur n’avait pas été écorné, par quel biais allait-on savoir que « la sauvegarde de la sécurité du peuple burkinabè a toujours été sa préoccupation primordiale » et qu’il « demeure de cœur et d’esprit à ses côtés, spécialement dans l’épreuve » ? Il faut donc regretter l’inopportunité du casting au demeurant malheureux de cette protestation indignée
Il y a pourtant longtemps que les soupçons sur sa probable collusion avec des fractions djihadistes avaient été publiquement évoqués. Particulièrement avec le MUJAO dont les circuits d’approvisionnement en armements sont réputés passer par le Burkina. La presse nationale et internationale s’en était fait l’écho.

« En politique, les tentatives de neutralisation de l’adversaire participent d’un art bien prisé. L’enjeu ici, c’est l’opinion publique burkinabè auprès de qui se mène la bataille de l’image. Sur ce point, ce n’est finalement pas mal joué dans ce contexte où les partisans de la restauration reprennent du poil de la bête ! »

Pour autant, aucun communiqué n’était venu à l’époque démentir ces allégations. Si l’affaire émeut tant aujourd’hui, c’est moins pour la nature des accusations que la qualité des hommes qui les portent. Il se trouve que ce sont des personnalités politiques éminentes burkinabè qui sont montées au créneau. Ayant longtemps séjournés dans la même mare, qui plus que ces hommes sont mieux placés pour connaître les dessous de la nébuleuse djihadiste ? On peut donc comprendre la nature de la riposte dans le pur style de la souris qui mord et souffle. En effet, il ne vous a pas échappé cette amabilité toute politicienne à l’endroit du premier des Burkinabè : « Je salue à cet égard les efforts effectués par mon successeur, démocratiquement élu, Roch Marc Christian Kaboré, que je respecte. Il s’investit avec le gouvernement, les Forces de défense et de sécurité, sans concession et en synergie avec les chefs d’Etat de la sous-région et des Nations-Unies, dans la lutte contre le terrorisme. » Passons sur la confusion inhérente au propos, puis que c’est le but recherché. On ne dira pas qu’il n’a pas eu d’empathie même si quelque part on y perçoit une teinte d’hypocrisie. En politique, les tentatives de neutralisation de l’adversaire participent d’un art bien prisé. L’enjeu ici, c’est l’opinion publique burkinabè auprès de qui se mène la bataille de l’image. Sur ce point, ce n’est finalement pas mal joué dans ce contexte où les partisans de la restauration reprennent du poil de la bête !

Par Germain B. Nama


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