Macron à Ouaga : Une visite qui divise

Publié le mardi 9 janvier 2018

La visite officielle d’Emmanuel Macron en terre burkinabè est pour une frange de Burkinabè une extraordinaire vitrine pour faire connaître leurs préoccupations. Malgré l’insurrection populaire qui a induit un nouveau cours démocratique dans notre pays, ils sont nombreux les Burkinabè qui continuent de penser que le lien ombilical d’essence néocoloniale continue de nous amarrer à l’ancienne métropole. Que la France soit dirigée par un jeune fringant de 39 ans dont le parcours politique séduit de nombreux jeunes africains ne saurait être à leurs yeux une excuse absolutoire. La France reste fondamentalement la même, qu’elle soit dirigée par Mitterrand, Chirac ou Macron. Les intérêts français en Afrique c’est Bolloré, Bouygues, Dassault, sans oublier Elf et les autres. Et ces intérêts sont rarement compatibles avec les intérêts des Africains. Mais la France c’est aussi une certaine image de fermeture, particulièrement dans le domaine de l’émigration. Quel parcours du combattant pour obtenir un visa, surtout quand on est jeune. Une situation qui est très mal vécue ici quand on pense que la France est loin d’être grande dans le monde par elle-même. Elle est surtout grande grâce à ses réseaux, principalement par son réseau africain. Alors quand on a l’opportunité que l’on vienne vous parler de la politique africaine de la France, on ne peut bouder son plaisir d’avoir à dire au premier des Français, l’idée que l’on a de son pays et de son rapport à l’Afrique. Ne serait-ce que pour cela, nous souhaitons bienvenue au président Macron.
Toutefois, la fébrilité des autorités politiques burkinabè au regard de la mobilisation citoyenne est surprenante. Comment ne pas interpeller Roch, Simon et qui sais-je encore, quand on sait qu’ils ont à une époque pas très lointaine déclamé en bord de Seine la même rhétorique anti-impérialiste que celle que tiennent aujourd’hui les étudiants de Zogona ? Ont-ils la prétention de dire que le rapport de la France à l’Afrique a aujourd’hui changé ? Que ceux qui le croient le disent et surtout qu’ils le démontrent. Maintenant on peut comprendre leur souci sécuritaire dans la gestion de la situation. Le président Macron connait parfaitement la question. Ses déplacements dans son propre pays sont très mouvementés et il a toujours montré qu’il savait très bien y faire face. Ce n’est pas les quelques questions même polémiques des étudiants qui pourront déstabiliser un homme rompu à l’adversité. C’est donc à tort qu’on s’apprête à priver les Burkinabè d’un dialogue démocratique direct. Les jeunes africains à l’instar de tous les jeunes du monde ont besoin de changement. Macron est parfaitement capable de le comprendre, même si on peut douter de sa capacité à changer l’ordre mondial. Il reste que c’est dans cette dialectique de confrontation d’idées que peuvent naitre de nouvelles dynamiques en Afrique et ailleurs. Il n’y a aucune honte à exhiber nos antagonismes devant un hôte fut-il de marque. Il ne s’agit pas de la cuisine interne de nos petites familles mais de l’avenir des rapports entre pays et entre peuples que les contingences de l’histoire ont amené à se croiser et à cheminer ensemble. Alors sécurocrates burkinabè, d’accord pour la gestion strictement professionnelle de la visite du président de la république française mais de grâce ne touchez pas à la liberté d’expression et de manifestation des Burkinabè !

Par Germain B. NAMA

Haro sur l’emprise de la France sur ses ex-colonies

La visite du président français au Burkina n’est pas vue d’un bon œil par nombre de mouvements de la société civile. Ils perçoivent à l’unisson cette visite comme une perpétuation du lien de domination de la France sur ses anciennes colonies.

Un déluge de critiques de la part de plusieurs organisations de la société civile présage une visite mouvementée du président français. Visiblement, les populations africaines notamment burkinabè sont gagnées par une ferme volonté de changer ou voir changer les rapports entre l’ancienne métropole et leurs pays. Ainsi, l’annonce de la visite officielle d’Emmanuel Macron au Burkina a mis en branle des organisations citoyennes. Plus le jour j de la visite approche, plus ces organisations donnent de la voix. Il s’agit notamment de l’ODJ représentée par Ouiry Sanou ; du Comité de Défense des Acquis de l’Insurrection Populaire (CDAIP) présidée par M Elie Tarpaga ; du Manifeste des intellectuels pour la Liberté dirigé par le professeur Mahamadé Savadogo et de l’Union générale des Etudiants du Burkina (UGEB). Ces structures ont conjointement tenu une conférence de presse le mardi 21 novembre au Centre National de Presse Norbert Zongo. A l’occasion, ces organisations ont développé un très sévère réquisitoire contre la politique française dans ses anciennes colonies. La CCVC a emboité le même pas face aux journalistes ce jeudi 23. La Coalition Ditanyè qui regroupe sept organisations s’adresse directement à Emmanuel Macron via une déclaration. Bien que diversifié, ces mouvements se rejoignent sur des sujets brûlants qui symbolisent le fameux concept de la « Françafrique ». Un concept qui renferme toutes les pratiques néfastes de la métropole à l’endroit des anciennes colonies.

La soif d’une réelle indépendance et une pleine souveraineté

Les associations citoyennes qui s’expriment abordent des questions de fond. D’abord, la question de la présence des bases militaires étrangères notamment française au Burkina. Sur ce point, Ouiry Sanou lors la conférence de presses, déclare devant les journalistes : « Nous ne savons pas ce qu’ils cherchent ici. Nous avons appris à partir de nos devanciers de la lutte que le Burkina Faso avait refusé la présence de bases militaires sur notre territoire parce qu’ils estimaient que cela constituait une aliénation de notre souveraineté ». Sur la même question, Dominique Yaméogo, président de la CCVC Boulmiougou excipe l’accord de coopération en matière militaire signé sous la Transition. Selon ce dernier, cet accord fait du Burkina Faso une « province de la France ». Il cite l’article 4 de cet accord pour étayer ses propos. Cet article stipule que « pendant la durée de sa présence, le personnel militaire de la partie française bénéficie, à l‘égard de la partie burkinabè, des immunités et privilèges identiques à ceux accordés aux experts en mission par la convention sur les privilèges et immunités des Nations-Unies du 13 février 1946 ». M. Yaméogo poursuit sur l’alinéa B de l’article 12 du même accord. Cet alinéa dispose que : « Chaque partie renonce à tout recours qu’elle pourrait avoir contre l’autre partie, les forces, ou un membre du personnel de cette partie pour les dommages causés à ses biens ou à son personnel y compris ceux ayant entrainé la mort, en raison d’actes ou de négligence dans l’exercice des fonctions officielles qui découlent du présent accord. Lorsque le tiers intente une action judiciaire, la partie burkinabè se substitue à la partie française devant les instances compétentes du Burkina Faso en vertu des immunités des Etats qui lui sont reconnues. En cas de condamnation définitive, les parties déterminent la réparation entre elles de la prise en charge ». Comme s’il s’est référé à ces articles, Ouiry Sanou, s’indigne et se lâche : « aujourd’hui, c’est un recul de voir qu’on a fait appel à des bases françaises dans notre pays ». Pour ces mouvements, la présence des bases militaires étrangères sur le sol burkinabè a pour objectif d’assurer le contrôle et le pillage des ressources du pays. Tout obstacle qui se dresse, sera purement et simplement anéanti. Comme pour confirmer cette position et la soutenir, le Mouvement La Cité Idéale en collaboration avec Les Amis de Laurent Gbagbo ont organisé une projection-débat le samedi 25 sur l’affaire du bombardement du camp l’armée française à Bouaké en novembre 2004. Selon Youssoufou Maïga de la Cité Idéale, il s’agit à travers cette projection de mettre à nu le rôle trouble des soldats français dans ses anciennes colonies. Après la projection, une série d’affaires sont citées par l’assistance où des soldats français sont intervenus pour débarquer des chefs d’Etat qui ne plaisent pas aux autorités françaises. Dans sa déclaration, le mouvement Ditanyè ne trouve pas d’inconvénients à la présence militaire française au Burkina, dans un contexte de menaces terroristes généralisé. Mais, il met aussitôt un bémol : pourvu « qu’elle soit dépouillée de toute intention néo impérialiste ».

Le cas Laurent Gbagbo s’invite au débat

Après la projection du film d’une cinquantaine de minutes, les participants se sont exprimés : Quel est l’impact de la présence des bases militaires occidentales (française) en Afrique ? Sur la question, les Amis de Laurent Gbagbo (ALG) ne tarissent pas de mots pour démontrer la présence nuisible de bases militaires françaises dans ses anciennes colonies. Pour Franck, tant que les soldats français seront sur le sol africain, l’Afrique ne connaitra jamais de développement. Comme ses camarades, il cite le comportement trouble des autorités françaises de l’époque dans la chute du président Laurent Gbagbo qui en réalité, voulait changer le rapport entre la Côte d’Ivoire et la France dans le sens gagnant-gagnant. Revenant sur l’évolution du procès de Laurent Gbagbo à la Haye, les ALG assurent qu’ils manifesteront ce 27 novembre pour demander à Emmanuel Macron de libérer leur mentor, qui est en réalité un « otage de la France ». Et pour eux, le procès est devenu politique et non judiciaire.
D’aucuns se disent ahuris de voir la France constamment victime d’attaques terroristes et que, bizarrement, les autorités françaises veulent voler au secours des africains. Pour eux, cette posture n’est pas vaine et a une autre signification : Contrôler toujours l’ex-colonie pour mettre la main sur les matières stratégiques. Et tous ceux (dirigeants) qui s’opposent à la politique de pillage de l’ancienne métropole sont malmenés ou tout simplement assassinés. Seuls les dirigeants dociles et acquis aux intérêts des entreprises françaises durent au pouvoir.

Monsieur le président, ouvrez les archives sur le dossier Thomas Sankara

Le dossier Thomas Sankara est l’une des questions qui fait débat. Le mouvement Ditanyè l’a clairement dit dans sa déclaration. Il demande au président Macron de peser de tout son poids afin que le dossier soit déclassifié et qu’enfin la vérité sur l’assassinat de leur icône éclate. Sur la question judiciaire, la plupart des organisations manifestent leur désir de voir François Compaoré extradé pour que l’assassinat de Norbert Zongo et ses compagnons soit également élucidé.

Et « la France nous pille à travers la monnaie coloniale, le Franc CFA »

Les différentes structures se rejoignent également sur la question de la monnaie. Pour eux, cette monnaie est l’instrument visible et incontestable de l’emprise de la France sur nombre d’Etats africains. Sur la question, M. Ouiry Sanou est sans équivoque : « Le Franc CFA constitue une atteinte inacceptable à la souveraineté monétaire de notre pays et des autres pays de la zone CFA ». Dramane Kaboré de La Cité Idéale évoquant certains mécanismes de fonctionnement du F CFA, pense que cette monnaie « est le plus puissant moyen de pillage des Etats africains de la zone CFA, car c’est un pillage subtil et pas visible par la majorité des africains ». Dans la même lancée, Dominique Yaméogo attribue une grande partie de la misère des peuples de la zone CFA à cette monnaie « coloniale ».

Un activisme pour l’honneur, la dignité, la liberté et la prospérité

Au regard des sujets évoqués ci-dessus, les structures citées disent lutter pour « l’honneur, la dignité, la liberté et la prospérité des africains ». Et pour ce qui concerne les actions prévues, la CCVC, l’ODJ, le CDAIP, l’UGEB, la Cité Idéale appellent les Burkinabè à manifester tout au long du trajet du cortège du président français pour dénoncer le système mafieux de la Françafrique qui engendre misère et désolation chez les africains. Ouiry Sanou renchérit en appelant à la résistance contre « le pillage des ressources naturelles par les multinationales impérialistes, la présence de militaires français au Burkina Faso et le maintien du F CFA, une monnaie coloniale qui aliène la souveraineté monétaire de nos Etats ».
Toujours dans la dynamique de la lutte, l’ODJ appelle les Burkinabè à prendre part massivement à la journée anti-impérialiste qu’elle tient le 2 décembre à Ouagadougou.

Par Hamidou TRAORE

Macron à l’Université Ouaga I : Autorités universitaires et ambassade de France à pied d’œuvre, l’ANEB aux aguets

Depuis 1986, le Burkina Faso n’avait plus reçu un président français en visite officielle. 31 ans après, Emmanuel Macron marche sur les pas de son prédécesseur François Mitterrand. L’enjeu est bien grand pour les autorités burkinabè.

L’Université Ouaga I Professeur Joseph Ki-Zerbo est le lieu par excellence que le président Macron a choisi pour prononcer son discours de politique africaine. En choisissant cet endroit, il veut s’adresser à la jeunesse africaine à travers les jeunes du Burkina. L’enjeu est donc très grand pour réussir une telle entreprise. Cela a donc mis en branle les autorités universitaires et l’ambassade de France à Ouagadougou. Des rencontres sont organisées. Par exemple, le 15 et 20 novembre, il y a eu des rencontres sur la question. Il en est de même du vendredi 24 novembre. Pour la sécurité des lieux, c’est le GSPR de Kosyam avec à sa tête le colonel Bagagnan et celui de l’Elysée qui coordonnent. Le 29 octobre, les précurseurs avec l’ambassadeur de France en tête se sont rendus à l’université pour étudier le terrain. Le jour du 28 novembre à l’Université, les hommes du colonel Bagagnan seront chargés de sécuriser le site. La sécurité rapprochée des présidents incombe au GSPR de l’Elysée.
Au total, il est attendu 2000 jeunes face à Macron. Ces actifs vont venir des universités publiques et privées, les écoles professionnelles de l’Etat, etc. Les amphis libyens sont les salles qu’ils vont occuper. Dans un amphi, il y aura les deux présidents et dans l’autre, les jeunes. Pour permettre aux deux camps d’échanger, il y aura un dispositif de retransmission qui sera installé. Ce dispositif doit logiquement venir de Paris. A l’Université de Ouaga I, le souhait serait qu’à la fin, Paris leur cède le matériel en question. Avant tout, ça fait partie des réalités du campus qui ne dispose de moyens. Et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a été convenu de ne pas faire des réfections approfondies des lieux. Afin que le président Macron vienne voir les réalités ! Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré serait également d’accord avec cette proposition. Bref ! Emmanuel Macron va livrer sa communication et les jeunes vont poser leurs questions. Quatre au total dit-on. Cette interaction devrait durer une heure. A sa sortie, le président Macron aimerait avoir des interactions directes. Ainsi, des gens pourront lui poser directement des questions.
Le campus étant l’univers des étudiants, il est jugé judicieux de prendre langue avec eux avant la visite. C’est ainsi que le 22 novembre dernier, il y a eu une rencontre formelle avec les associations des étudiants. Mais tout cela s’est passé dans un climat de tension entre les autorités universitaires et l’Association nationale des étudiants burkinabè (ANEB). Un état de fait dû à la suspension en conseil de discipline d’un étudiant membre de l’ANEB. Cette décision a poussé l’association à décréter 48 heures de grèves les 23 et 24 novembre pour exiger la levée de la sanction à l’encontre de leur camarade. L’occasion est aussi donnée de dénoncer la visite de M. Macron à Ouagadougou. D’abord, par la voix de son président, Alexis Zabré, l’ANEB/ Ouaga dit regretter la visite inopinée du président du Faso sur le campus de Zogona. « C’est une visite pour préparer la venue du président Macron. » Une attitude qui montre selon les étudiants que « le président du Faso n’accorde pas beaucoup d’importance à nos préoccupations » dit Zabré. Sur cette visite dite inopinée du président Kaboré, à l’université on explique qu’il est venu juste pour voir l’état d’avancement de deux chapiteaux en construction à l’université. Une contribution de Kosyam à l’université mère du Burkina. Il en a profité donc pour dire bonjour à certains étudiants.
Pour l’association, Macron à Ouagadougou c’est une visite qui ne va rien changer à leur situation. Situation d’ailleurs due aux politiques françaises telles que le PAS. Il ne viendra pas mettre en cause ces politiques estiment-ils. C’est au regard de cela que M. Zabré lance : « Nous invitons les étudiants à sortir dénoncer ces politiques. » Macron ne viendra pas pour améliorer nos conditions de vie et d’études poursuit-il. Alors si l’ANEB rencontre le président français en face, le message sera sans ambiguïté : « les politiques françaises comme le PAS sont à l’origine de nos mauvaises conditions à l’Université » Pour marquer l’occasion, l’ANEB Ouaga a annoncé un meeting le mercredi 28 novembre à l’Université Ouaga I à partir de 8 heures. Qu’à cela ne tienne, à l’Université on affiche la sérénité. Une chose est certaine, « un dispositif sécuritaire sera mis en place, au regard du contexte particulier de sécurité » informe ainsi le président de l’Université Ouaga I, le Pr Rabiou Cissé.

Basidou KINDA

Tête-à-tête Macron-Kaboré : Les points clés

Attendu à Ouagadougou ce lundi 27 novembre, en fin de soirée, pour une visite de trois jours, Emmanuel Macron s’entretiendra une première fois avec Roch Marc Christian Kaboré au palais de Kosyam. Sécurité, éducation, immigration, écologie et justice sont les points clés de cette rencontre.

Le G5 Sahel

La situation sécuritaire très préoccupante dans le nord du Burkina et la coopération avec la nouvelle force conjointe du G5 Sahel - l’organe regroupant le Burkina Faso, le Mali, le Niger, la Mauritanie et le Tchad, chargé de gérer la réponse africaine aux attaques djihadistes dans la région- seront naturellement au cœur des échanges entre le président français et son homologue burkinabè. Du 27 octobre au 11 novembre, la force conjointe du G5 Sahel a effectué sa première opération de contrôle de zone entre Assongo et Dori, aux trois frontières du Mali, du Niger et du Burkina Faso. D’après le général malien Didier Dacko, commandant de la force conjointe, cette opération test, baptisée Hawbi [« vache noire »], qui avait mobilisé près de 750 soldats nigériens, maliens et burkinabè, appuyés par la force Barkhane, a révélé de « vraies difficultés de coordination et de planification. »
Le financement [450 millions d’euros - 296 milliards de F CFA -] et l’opérationnalisation de cette nouvelle force conjointe sont loin d’avoir été entièrement bouclés. Alors que fin octobre, après plusieurs négociations, Paris a obtenu auprès de Washington une promesse de financement de près de 33 milliards de F CFA, l’Union européenne n’a engagé pour l’instant que 3 milliards, 50% de l’aide promise. La Mauritanie refuse également de fournir sa part d’officiers, prétextant l’absence de financement.

La crise migratoire

La mobilité est l’autre sujet important dont devraient discuter les deux chefs d’Etat. Outre la sécurité, l’immigration est l’une des priorités de la politique africaine de Macron. Ce dernier veut mettre fin aux campements de rue d’ici 2018 en France. « L’Afrique n’est pas seulement le continent des crises, c’est un continent d’avenir, nous ne pouvons pas le laisser seul. Je me rendrai prochainement à Ouagadougou pour porter ce message », a déclaré le chef de l’Elysée, au lendemain d’un mini-sommet Europe Afrique, lors d’un discours de politique étrangère devant les ambassadeurs français. Le déplacement de Ouagadougou s’inscrit dans le cadre de ses efforts diplomatiques pour créer un « axe intégré Afrique Méditerranée Europe » pour le contrôle de la gestion des flux migratoires. L’enjeu est d’ouvrir une voie légale d’immigration vers le vieux continent en évitant la Libye où les migrants sont maltraités et meurent pour beaucoup dans la traversée de la Méditerranée. Macron propose d’identifier, à partir du sol africain, les ressortissants qui ont droit à l’asile pour les sécuriser. La procédure devrait permettre d’accorder l’asile dès le pays d’origine sous la supervision du HCR.

L’éducation

Emmanuel Macron prévoit d’attribuer une part importante à l’éducation, composante bilatérale de l’aide au développement. Celle-ci devrait passer à 0,55% du revenu national. « L’Education sera la priorité, car il faut donner une alternative au fondamentalisme et à l’obscurantisme », martèle le président français qui prononcera le lendemain 28 novembre le discours fondateur de sa politique africaine devant un millier d’étudiants triés à la volée. Macron et Kaboré feront le point de la politique bilatérale de coopération déclinée dans le Document cadre de partenariat signé entre les deux Etats en 2006. Le Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) est chargé de la mise en œuvre de cette politique bilatérale. Chaque année, le SCAC accorde une trentaine de bourses à des étudiants ou professionnels burkinabè admis au troisième cycle (Master 2, Doctorat) ou en formation postdoctorale en France. Et depuis 2008, un espace « Campus France » destiné à aider les étudiants souhaitant s’inscrire pour des études en France a ouvert ses portes.

La transition énergétique

En septembre dernier, Paris a été à l’initiative d’un examen de projet de pacte mondial pour l’environnement à la 72e assemblée générale des Nations unies. Cette initiative est soutenue par les pays africains, premières victimes des changements climatiques malgré leur faible contribution (3%) aux émissions des gaz à effet de serre. Les terres agricoles sont lourdement touchées par la sécheresse, entrainant d’énormes risques de crise alimentaire dans cette partie du monde.
Après son intervention sur le campus de Zogona, le président français inaugurera la centrale solaire de Zagtouli, la plus grande d’Afrique de l’ouest. D’une capacité de 33 mégawatts, ce chantier a été financé par l’Union européenne et l’Agence française de développement à hauteur de 31 milliards de F CFA. Le projet de Zagtouli, représente 5 % de la consommation électrique nationale actuelle estimée à 270 mégawatts, selon la Société nationale burkinabè d’électricité (Sonabel). Il s’agit d’un pas important dans la transition énergétique et la diversification des sources de production à travers l’utilisation des énergies renouvelables.

L’entraide judiciaire

Le président Roch Marc Kaboré va saisir l’occasion du tête-à-tête avec son homologue français pour évoquer la coopération judiciaire entre les deux pays. La justice burkinabè a demandé, fin octobre, l’extradition de François Compaoré dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. François Compaoré avait été arrêté, le 29 octobre, à l’aéroport de Roissy (près de Paris), à son retour d’Abidjan, en vertu d’un mandat d’arrêt international lancé par le Burkina Faso, avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire, selon son avocat.
Autre dossier emblématique, l’affaire Sankara. En octobre 2016, Ouagadougou a introduit une requête auprès de la justice française pour la levée du secret-défense sur les archives françaises afin de déterminer le rôle éventuel de l’Hexagone dans l’assassinat du leader emblématique du Conseil National de la Révolution (CNR) le 15 octobre 1987. De passage à Ouagadougou en mars 2017, l’ex président de l’Assemblée nationale française, Claude Bartolone avait indiqué de répondre à la requête de la justice burkinabè sur cette affaire.
En avril dernier, les deux pays ont entamé des négociations pour la signature d’une convention d’entraide pénale et d’extradition.

Rodrigue Arnaud TAGNAN


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