La liberté d’informer a ses exigences

Publié le jeudi 7 décembre 2017

La 7e édition du festival international de la liberté d’expression et de presse se déroule dans un contexte où la polémique enfle sur les limites de la liberté d’informer au Burkina. L’incident autour de l’invitation ratée de l’ex ministre Tahirou Barry à l’émission « Sur la brèche » de notre confrère Jérémie Sié Coulibaly en a été le prétexte. La rédaction de la RTB s’est fendue d’un communiqué où elle fustige l’immixtion de l’autorité politique dans la gestion des médias publics, rappelant dans la même foulée la liberté chèrement conquise par les médias publics.
Voilà un couac bien malheureux dont on aurait pu se passer. Il n’est pas juste de dénier à l’autorité dite politique un droit de regard sur les médias dont elle a la responsabilité. Tout dépend de la manière. Quand le ministre Remis Dandjinou soumet des éléments de contexte à prendre en compte dans la gestion des programmes, il est parfaitement dans son droit. En le faisant cependant, il doit être clair qu’il s’adresse à des hommes et femmes conscients, capables et responsables. Aucun journaliste ne peut accepter de se voir infantiliser simplement au nom d’un pouvoir qui se prévaut de l’autorité hiérarchique. Les salles de rédaction ne fonctionnent pas à la manière des casernes.
Toutefois la liberté d’informer doit être bien comprise. Elle est dans cette tension permanente entre la pression de l’actualité et les opportunités qui nous obligent à des arbitrages parfois douloureux. De toute évidence, la question nous semble avoir été mal gérée dans l’ensemble de la chaine de décision de la RTB. Il y a eu manifestement un problème de coaching. Il est de la plus haute importance que le confrère Dandjinou devenu ministre de la république prenne toute la mesure du fossé qui risque de se creuser entre lui et ses confrères d’hier. Certes, il n’est plus dans le même rôle mais il conserve tout de même l’avantage de connaître à la fois le terrain et l’état d’esprit des hommes. Il lui appartient donc de trouver la bonne pédagogie qui allie le devoir d’impertinence, cette valeur cardinale du journalisme d’aujourd’hui et la responsabilité qui est la marque d’une conscience agissante.

« Quand le ministre Remis Dandjinou soumet des éléments de contexte à prendre en compte dans la gestion des programmes, il est parfaitement dans son droit. En le faisant cependant, il doit être clair qu’il s’adresse à des hommes et femmes conscients, capables et responsables. Aucun journaliste ne peut accepter de se voir infantiliser simplement au nom d’un pouvoir qui se prévaut de l’autorité hiérarchique. »

Dans ce Burkina post-insurrectionnel, le sens de la responsabilité est une valeur en voie de disparition. Cela est cause en partie du délitement de l’autorité de l’Etat. La petite histoire sur Simon, notre ministre de l’intérieur le montre bien. Quand il instruit l’autorité compétente pour que l’ordre et l’autorité de l’Etat soient rétablis là où il y a des problèmes, l’autorité concernée, au lieu de s’approprier cette instruction, parce qu’elle est dans son rôle de veiller au maintien de l’ordre public, se dérobe, en arguant que c’est un ordre de Simon ! Voilà où on en est aujourd’hui. Cet état d’esprit a-t-il gagné toutes les sphères de l’administration publique ? Si c’est le cas, il va falloir changer le fusil d’épaule.
Quand on a des responsables, ceux-ci doivent apprendre à s’assumer. Les choses sont simples lorsque l’on s’inscrit dans un processus de dialogue permanent. C’est le seul moyen d’éviter de se fourvoyer. Et même quand on se fourvoie, le dialogue reste la base où se constitue la solidarité qui permet de se relever et de continuer à aller de l’avant.
Au moment où les journalistes burkinabè sont en conclave avec leurs confrères d’Afrique et d’ailleurs autour de la thématique sécuritaire, l’incident de la RTB vient nous rappeler la complexité de ce métier où notre libre arbitre est confronté aux exigences d’une gouvernance médiatique responsable. Cela reste un défi, malgré les énormes progrès accomplis ces dernières années par notre presse nationale. Il n’y a pas de doute qu’elle saura aussi le relever.
A tous nos confrères venus d’Afrique et du monde, nous souhaitons une fructueuse 7e édition du FILEP.

Par Germain B. Nama


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