Tour du Faso 2017 : Les raisons du fiasco du Burkina

Publié le jeudi 7 décembre 2017

La messe annuelle du vélo sur les terres du Faso est bien finie ! Mais la 30ème édition n’en finit pas de faire parler d’elle tant le fiasco du Burkina est retentissent. En outre, l’absence très remarquée des téléphonies mobiles sur la grande boucle nationale suscite la polémique. Autant dire que la commémoration des 30 ans de l’épreuve n’aura pas laissé que de bons souvenirs.

La Tour du Faso 2017 avec au départ 16 équipes pour un peloton fort de 96 coureurs s’annonçaient sur de meilleures auspices. Et surtout que le rendez-vous annuel du Burkina soufflait ses 30 bougies. Le tour cycliste le plus crédible et le plus ancien de l’Afrique se devait de prendre un second souffle à cette étape symbolique pour espérer continuer d’être cette référence. Pour ce faire, il fallait une organisation parfaite, novatrice et améliorée. Mais comment dépoussiérer l’organisation si la levée des fonds n’a pas été exceptionnelle ? Car, les 140 millions de F CFA misés par l’Etat Burkinabè, additionnés à environ 220 millions de F CFA, fruit de souscription des sponsors et autres partenaires de l’événement portant la cagnotte à 360 millions reste dans l’ordre habituel de mobilisation de fonds de l’épreuve. La question est donc de savoir comment faire de l’exceptionnel avec des moyens ordinaires ? Le gîte et le couvert n’ont pu être améliorés. Le coup de fouet attendu au niveau de l’animation n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau. En effet, la réussite des Tours se mesure souvent les soirs lors des animations. La grande mobilisation dénote de l’intérêt des populations des villes d’accueil pour l’événement. Sauf que cette année, cette mobilisation était très moyenne. Et pour cause, le plat du spectacle servi n’était pas à la hauteur. Le pari de l’organisation était d’enrôler une tête d’affiche parmi les artistes qui allaient donner les spectacles les soirs venus. Mais il a été impossible de dégager 4 à 5 millions pour les 10 jours pour contracter avec Floby, Dez Altino, Imilio le Chanceux… Alors, l’affiche de menu fretins n’a pas attirée. L’organisation a même été obligée de charcuter certains acquis. Donc, le goût de ce Tour ne pouvait pas être excellent. Sur le plan sportif, une bonne prestation des Etalons cyclistes pouvaient être cette lumière du Tour 2017. Assurément, quand les Etalons sont flamboyants sur les routes du Tour, les populations sortent massivement pour voir passer le peloton. On est en sport. Et la loi en la matière est qu’on ne peut pas gagner permanemment. On se souvient que le Burkina a été porteur du maillot jaune en 2013 et 2015. On ne devrait pas condamner les Etalons à la lapidation pour avoir perdu le maillot cette fois-ci. Mais là où nos coureurs deviennent impardonnables c’est de s’être laissés battre par la Côte d’Ivoire et même le Mali pour certains jours. Le Burkina compte le plus gros contingent sur son Tour. 18 pendant que les autres pays n’en comptent que 6 ! A 6, la Côte d’Ivoire a pu s’offrir 2 victoires d’étapes alors que les Etalons n’en comptent qu’une si petite victoire d’étape. Le Mali même a pu nous battre à une étape donnée avec son leader Diallo, classé 2ème à l’arrivée quand le premier Burkina n’a pointé qu’à la 11e place ! Qu’on arrête de dire que le niveau de la compétition était très élevé. La raison est ailleurs. On connaît le niveau du cyclisme en Côte d’Ivoire et au Mali. Si les coureurs de ces pays parviennent à bousculer les arrivées des courses pour se hisser à une bonne place, c’est que la course n’est pas si relevé qu’on veut nous laisser croire.

Etalons trop beaux trop forts

La gestion du groupe Etalon a été loin d’être bien maîtrisée. Le message a été diffus et confus. La règle de base dans le fonctionnement du groupe a été bafouée. Le respect de l’ancien a foutu le camp. A la 4e étape, sur la route de Boromo, un jeune coureur venu d’Abidjan qui participe pour la première fois au Tour du Faso a été chargé par un ancien à l’échelon course. Il devait décrocher pour aller chercher de l’eau qu’il rapporterait au groupe. Dans un peloton, le bizutage « des Bleus » se réalise comme dans l’armée. Les nouveaux doivent obéir aux anciens souvent à tort au nom de la cohésion du groupe. Les Rasmané Ouédraogo, les Aziz Nikiéma l’ont éprouvé aux côtés des Seydou Raomba, Sanfo Seydou et consort. Pour revenir sur l’incident sur la route de Boromo, le Bleu a très mal pris l’ordre qu’on lui a donné. A l’arrivée de l’étape, il a insulté comme du poisson pourri le donneur d’ordre, un ancien. Lors de la préparation, des injures grossières étaient proférées entre coéquipiers pour la moindre remarque. La cohésion du groupe n’était pas à l’ordre du jour. Et ni la fédération ni le staff technique n’est arrivé à remettre les choses dans l’ordre. Grave, un incident s’est produit lors des phases préparatoires et qui devait être cette alerte du malaise des Etalons. Après leur stage de formation, Mathias Sorgho, Bamogo Seydou et Ilboudo Arouna, les 3 des 6 coureurs, de retour au pays, sociétaires du club AJCK, décident de boycotter une course au motif que leur club a refusé de payer leur salaire des 2 mois au cours desquels ils étaient en stage. Mettons entre parenthèse le cas des salaires non payés qui est un thème que nous développerons dans nos prochaines publications. La course était sensée préparer les coureurs pour le Tour du Faso pour lequel ils sont partis en stage en Europe ! Comment comprendre un tel boycott ? Pense-t-on faire du mal au président du club ? Ce n’est ni plus ni moins que l’histoire de la personne qui se couche pour envoyer son crachat au ciel. Il l’a reçoit sur sa poitrine. Les 3 coureurs majeurs n’ont pas pu se mettre en jambe lors de la première course. Pour la 2ème course préparatoire, ils décident un bras de fer avec leur président. Ils viennent ; on ne sait conseillés par qui, pour courir pour eux-mêmes ! Sauf que les textes ne l’autorisent pas. seul Mathias Sorgho, champion national a pu prendre le départ. Les deux autres ont encore manqué l’occasion de se mettre en jambe. Mieux psychologiquement, ils ont perdu la concentration nécessaire pour aborder sereinement une grande course comme le Tour du Faso. Leur comportement ayant provoqué le courroux du président du club, celui-ci décide de les punir une nouvelle fois. Il récupère les vélos du club qu’ils ont et souhaitaient utiliser pour le Tour. Ces montures ont été commandées sur mesure de chaque utilisateur pour un meilleur rendement. Certes l’équipe nationale dispose de vélos mais les tailles sont standards et ne permettent donc pas de résultats optimums.

La question du sponsoring

Le Tour du Faso a atteint une dimension telle qu’il ne devait pas avoir de problèmes p convaincre un sponsor à y associer son image. A ce sujet, la LONAB a frappé un grand coup en débloquant 100 millions pour s’acquérir une place de choix. Mais le plus gros flot vient des téléphonies mobiles qui ont brillé par leur absence. Il y a des spécialiste de salon qui s’activent sur les réseaux sociaux pour défendre l’indéfendable. Rien ne peut expliquer la participation néant des téléphonies à une cause aussi noble. Du point de vue de la visibilité, le Tour du Faso est une aubaine de communication. Il se déplace vers les populations, traverses des villes et des campagnes. Il bénéficie d’une couverture médiatique exceptionnelle. En temps normal, le sponsor vient acheter de la visibilité sur un événement. Dans le contexte burkinabè, c’est tout autre. Un seul exemple pour vous en convaincre. La téléphonie Orange met 1,5 millions d’euros chaque année dans le championnat de foot ivoirien. La même Orange a signé pour 100 millions de F CFA pour 4 ans pour le championnat burkinabè ! Au Mali, la même société débloque 500 millions par an. Telmob, gérée par une firme marocaine refusait de miser le moindre franc dans le football au Burkina alors qu’elle mettait 1 milliard de F CFA pour s’acheter les droits du foot malien. Il y a donc manifestement une situation de deux poids deux mesures. Surtout qu’on ne vienne pas nous dire que les téléphonies mobiles alimentent déjà le fonds national pour la promotion du sport et partant ce sera un double emploi de leur demander de sponsoriser une grande manifestation sportive comme le Tour du Faso. Sinon on devrait nous expliquer pourquoi Orange a acheté les droits des Etalons footballeurs à 100 millions si elle a déjà cotisé ailleurs ? Qu’on nous dise comment comprendre que Telmob alimente aussi le fonds si on sait qu’elle finance directement le championnat national de foot. A l’évidence, le sponsoring au Faso a sa logique que la logique elle-même ignore !

J J TRAORE


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