De construction à réhabilitation d’abattoir de Bobo : Un écart de plus de 237 millions difficile à comprendre

Publié le jeudi 7 décembre 2017

« CEIA Internationale SA : Plus de 400 millions détournés au détriment du ministère des ressources animales. » C’est ainsi que nous avions titré notre article du 10 octobre dernier à la page 7. C’est d’ailleurs cet article qui a fait la Une du journal. Nous traitions d’irrégularités constatées dans l’exécution de la convention qui a été signée en 2013 entre le ministère des ressources animales et CEIA Internationale en tant que maître d’ouvrage délégué. Il était également question de 453 752 232 fcfa non justifiés selon une enquête de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) sur l’affaire. Dans le dossier que nous avions traité nous avions soupçonné l’entreprise EGCVM/SARL de connivence avec CEIA Internationale dans l’exécution d’un marché de 355 millions fcfa. Cette somme devait servir à la réhabilitation de la station piscicole de Bodadjougou dans la province de la Comoé. EGCVM/SARL qui a bénéficié du marché a vu son contrat suspendu avant même le démarrage des travaux.
Voici ce que nous écrivions alors : « Il ressort, dans les états, le nom de l’entreprise EGCVM qui était chargée de l’exécution de la piscicole de Bodadjougou. Ce projet ayant avorté, le nom de cette entreprise ne devrait plus figurer dans l’état des paiements. Autrement dit, le nom de l’entreprise aurait été utilisé pour rendre possible le décaissement pour des réalisations qui n’étaient pas prévues dans la convention. En fait, dans le CID (circuit intégré de la dépense), c’est comme si l’entreprise a réalisé la piscicole. Cette manière de faire s’apparente donc à un subterfuge qui impliquerait les acteurs du ministère à l’époque du dossier. « Tout le monde a joué le jeu. Faisons comme si rien n’était », commente une source proche du dossier. C’est bien la preuve que l’affaire n’a pas fini de dévoiler tous ses secrets. L’entreprise EGCVM est-elle complice de la situation ? Nous avions approché son responsable, Saidou Sawadogo qui nous a envoyé paître. C’est d’ailleurs lui qui s’est plaint de sa situation devant l’ARCOP. Avait-il accepté qu’on utilise son nom contre avantages ? Fort possible. Peut-être n’a-t-il pas été satisfait ! »

La pilule ne passe pas chez EGCVM. Cette fois-ci, c’est Saidou Sawadogo qui cherche à nous voir. Il veut apporter des rectificatifs. De quoi s’agit-il ? Il a en effet bénéficié dans le cadre de la même convention d’un autre contrat pour la réfection de l’abattoir de Bobo-Dioulasso au profit du ministère des ressources animales et Halieutiques. Le montant de ce contrat s’élève à 212 365 461 fcfa TTC. Chose qu’il a bien réalisée. Le 2 mai 2014 a eu lieu la levée des réserves émises. Ainsi après la visite contradictoire de ce jour, la commission a constaté que les réparations ont bien été faites. Elle a ainsi prononcé la levée des réserves par un procès-verbal. C’est donc ce qui explique le nom de l’entreprise EGCVM dans l’état des paiements. Cela n’a donc rien à voir avec le problème de la piscicole de Bodadjougou qui reste toujours posé et dont la réalisation incombe à CEIA Internationale.
Un bémol dans le cas de l’abattoir. Dans l’état des infrastructures prévues et celles réalisées au titre de la convention, il est plutôt question de construction d’abattoir de Bobo d’un coût de 450 millions fcfa. Pourtant, ce qui est réalisé c’est une réhabilitation à hauteur de 212 365 461 fcfa. Soit une différence de 237 634 539 fcfa. Nous avions rencontré l’administrateur directeur général de CEIA Internationale, Daniel Rasmané Sawadogo, pour mieux comprendre cet état de fait. Mais nous sommes restés sur notre soif. Il appartient à l’autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte anti-corruption (ASCE/LC) de se pencher sérieusement sur cette affaire. Elle a d’ailleurs saisit, selon nos informations, le ministre des ressources animales sur la question. Affaire donc à suivre !

Basidou KINDA


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