Marche-meeting du MBDHP : Tous vent debout contre l’impunité !

Publié le jeudi 7 décembre 2017

Dès les premières heures de ce samedi 04 novembre 2017, une kyrielle de manifestants se rassemble à la Place de la Révolution. Ils ont répondu à l’appel du Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP) qui, pour commémorer les trois ans de l’insurrection a tenu une marche-meeting pour non seulement exiger vérité et justice sur les crimes de sang (notamment insurrection et putsch) et crimes économiques perpétrés au Burkina, mais aussi pour une gouvernance satisfaisante pour les populations. Une dizaine d’associations regroupées autour du MBDHP ont interpellé le pouvoir à travers une plateforme minimale.

Trois ans après la gigantesque révolte des Burkinabè qui a emporté le régime Compaoré, les victimes de l’insurrection populaire et du putsch sont dans le désarroi et l’indignation. Pendant que les victimes attendent que l’institution judiciaire leur rende justice, elles assistent à une vague de liberté provisoire des personnes mises en cause. Comme pour provoquer ceux qui attendent que justice soit rendue, le tribunal militaire accorde une liberté provisoire transformée plus tard en résidence surveillée à Djibril Bassolé. Piqué au vif, nombres d’organisations de la société civile parmi lesquelles le MBDHP se sont mises en branle. Au cours du meeting, plusieurs responsables d’associations se sont succédé au parloir pour marteler des appels à la vérité et à la justice pour les victimes.

Le refus de l’impunité

Tous les discours prononcés devant la foule se recoupaient sur un point essentiel. Le rejet de l’impunité des crimes de sang et des crimes économiques. Le message central a été livré par le premier responsable du Comité de Défense des Acquis de l’Insurrection Populaire (CDAIP), Elie Tarpaga. Il s’est montré offusqué que trois ans après l’insurrection, les dossiers des martyrs restent en l’état, bien que le rapport d’enquête diligenté ait clairement décliné l’identité de ceux qui ont ordonné ou dirigé la féroce répression contre les insurgés aux mains nues les 30, 31 et 02 novembre. M. Tarpaga poursuit sur le dossier du coup d’Etat. Il regrette que bien que les auteurs soient connus, la justice « traine toujours les pas et en lieu et place des jugements, ce sont des libérations de putschistes et de leurs complices qui sont servies au peuple ». Evoquant la dernière sortie du général Gilbert Diendéré, le président du CDAIP qualifie le dossier putsch de « hautement politique » et pense que le régime en place ne veut pas que la lumière se fasse sur ledit dossier. Car des soutiens du parti au pouvoir seraient impliqués dans le coup. Et pour extraire certains d’entre eux de la procédure judiciaire, le président Roch Marc Kaboré procède à leur nomination. Et l’orateur cite à titre illustratif, le cas du général Pingrenoma Zagré qui après avoir refusé de répondre à une convocation de la justice a été nommé ambassadeur au Ghana.
Mais avant M. Tarpaga, c’est Chrizogome Zougmoré, président du MBDHP qui a exprimé toute son indignation devant les ruines de l’ancienne Assemblée nationale qu’après trois ans, les autorités politiques et judiciaires jouent « à saute-mouton sur la vérité et la justice pour les martyrs » et qu’elles soient incapables de dire au peuple qui a ordonné de tirer et qui a tiré sur les citoyens. Pour lui, cela est inacceptable. Issouf Nacanabo, viendra emboucher la même trompette au nom des victimes de l’insurrection et du putsch. S’exprimant au nom de l’Organisation démocratique de la Jeunesse, Marcel Yigo, fustige : « Les dossiers de crimes de sang y compris ceux de l’insurrection et du putsch et des crimes économiques pour lesquels on était en droit d’attendre un traitement diligent restent sans suite véritable ». Le général Bassolma Bazié, pour sa part a livré le message du Collectif Syndical CGT-B sur un ton ferme. Il a constaté sur le plan judiciaire que justice n’est toujours pas rendue sur des dossiers emblématiques ceux de l’assassinat de Norbert Zongo, Dabo Boukary, Thomas Sankara, les dossiers de l’insurrection, du putsch etc. Et des personnes soupçonnées d’être impliquées dans certains de ces crimes bénéficient depuis de liberté provisoire depuis 3 ans et ne sont pas toujours jugées. En plus, il a déploré la persistance des pratiques décriées du régime Compaoré sous celui de Roch Kaboré. Il s’agit des vols, des détournements de deniers publics, des nominations de complaisance. Le secrétaire général de la Confédération CGT-B a dénoncé l’impunité sur les crimes économiques légués par le régime Compaoré. Le général a sévèrement mis en garde les autorités politiques et judiciaires sur leur nonchalance à travailler pour la vérité et la justice.

Exigence d’une gouvernance au bénéfice des masses populaires

La marche-meeting a également été l’occasion pour les manifestants et les structures présentes pour exiger du pouvoir en place une gestion vertueuse tournée vers la satisfaction des besoins des populations. Tous les orateurs ont fait montre de leur déception de la gouvernance du parti au pouvoir qui’ après une insurrection ne parvient pas à donner une réponse à la hauteur des attentes du peuple. Pourtant, ce parti avait mis en avant lors des campagnes son expérience dans la gestion de la res publica. Chrysogone Zougmoré a clairement indiqué qu’il n’y a pas « un seul segment de la société burkinabè aujourd’hui, qui ne geigne ou se plaigne, de l’incapacité congénitale des actuels dirigeants à proposer des solutions idoines et pérennes aux éléments de préoccupations fondamentaux, ainsi qu’aux multiples problèmes qui assaillent au quotidien les populations des villes et campagnes ». Et ces préoccupations multiformes, reprises par les autres responsables de structures, se notent notamment sur les questions de santé, alimentation, éducation, logement, chômage des jeunes. Les mouvements parties à l’activité disent ne plus se donner du repos tant que les préoccupations fondamentales qui ont entrainé l’insurrection ne trouvent pas une réponse satisfaisante, en plus des dossiers pendant à la justice. C’est pourquoi, ils sont massivement sortis avec leurs militants pour participer à la marche en guise de coup de semonce.

Une marche qui a drainé une foule immense

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’activité a été un succès. Parmi les manifestants, il y a les personnes de toute condition et de toute catégorie sociale. Les manifestants sont massivement sortis pour battre le macadam et réclamer non seulement vérité et justice sur les crimes économiques et crimes de sang, mais aussi la justice sociale, plus de liberté. Même le premier responsable de l’ASCE/LC y a pris part. Les responsables des mouvements parties à l’activité ont pris la tête de la marche qui s’est effectué de la Place de la Révolution à l’ancienne Assemblée nationale. On pouvait y voir entre autres Chrysogome Zougmoré du MBDHP, le général Bassolma Bazié élégamment vêtu, Tarpaga Elie du CDAIP, le Docteur Claude Wetta du Réseau National de Lutte Anti-Corruption (REN-LAC), Guézouma Sanogo, de l’Association des Journalistes Burkinabè (AJB), Al Mamy KJ, responsable du syndicat des artistes (le SYNAMUB). Si la marche a connu un succès, c’est aussi dû à la présence massive des étudiants dont leurs puissants syndicats ANEB et UGEB qui ont fortement mobilisé leurs membres. A en croire ces responsables, cette marche n’est que le début d’une série d’activités pour la réalisation des objectifs assignés. C’est pourquoi, ils se sont coalisés autour d’une plateforme minimale.

Par Hamidou TRAORE

Plateforme minimale

1 - Vérité et justice pour les martyrs de l’insurrection populaire des 30, 31 et 02 novembre 2014 et de la résistance au putsch du 16 septembre 2015, indemnisation des familles des victimes ;
2 - Prise en charge effective et totale des blessés ;
3 - Vérité et justice sur tous les dossiers de crimes de sang impunis ;
4 - Identification et saisie des biens et fonds détournés par les dignitaires du régime de Blaise Compaoré et prise sans délais de mesures nécessaires, en vue de recouvrer l’ensemble des fonds expatriés ;
5 - Ouverture de procédures judiciaires sur tous les cas de crimes économiques ou malversations révélés par les structures étatiques (ASCE/LC), Cour des Comptes), de la Société Civile (REN-LAC) ou toute Commission ad hoc officielle d’enquêtes ou d’investigation.


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