Circulation routière Vite une loi pour réglementer les motos bagagistes !

Publié le samedi 2 juin 2012

Ouaga naguère capitale des deux roues est en passe de devenir la capitale des tricycles. Le phénomène gagne Bobo Dioulassso et toutes les villes de l’intérieur. Les deux principales villes du Burkina font désormais la promotion de nouvelles gammes de motos qui concurrencent fortement celles déjà existantes de par leur gabarit. L’apparition de tricycles dans le paysage urbain entraine de nouvelles difficultés qu’il faudra prendre en compte dans la gestion de nos villes

 

Les tricycles sont de plusieurs marques : Kingo, Sanili, Keneya, Sanya, Apsonic et Classic utilisés pour le transport de marchandises ou même de personnes. Ils se vendent comme de petits pains au Burkina depuis un certain temps. Les prix vont de 950 000 fcfa à 1 200 000. A l’heure où l’Etat est préoccupé par l’élargissement des voies de circulation, il importe de mettre en œuvre une règlementation appropriée à ces nouveaux engins.

 

Une loi existe depuis 1973

 

Selon la Direction Générale des Transports Terrestres et Maritimes, une loi règlementant la circulation des bicyclettes, des vélomoteurs, des motocyclettes, des tricycles et quadricycles existe déjà. La loi avait donc anticipé la venue de ces tricycles. Seulement une adaptation de ce texte s’impose car il n’est que partiel et ne prend pas en compte certaines mesures spécifiques. Le Directeur Général de la DGTTM, Issa Sigué nous a rassuré qu’une procédure d’adaptation des textes suit son cours et que des propositions ont été faites au gouvernement pour examen et adoption d’un décret qui devra rentrer en vigueur bientôt. Interrogé sur le contenu de la loi, il dit préférer attendre le verdict du conseil des ministres avant de se prononcer. Ce qui est sûr ces tricycles doivent suivre une certaines règlementation car le code de la route précise que tout conducteur d’engin dont le cylindre est supérieur ou égal à 150 cm3 doit être détenteur d’un permis de conduire de catégorie A ou A1. Et selon des sources non officielles, il semble que ce dernier, dans la nouvelle mesure qui sera appliquée doit avoir un permis A1 assortie d’un papier de conformité qui signifie que le tricycle doit répondre à des normes de fabrication exigées.

De nouveaux tricycles en attente d’être enregistré au siège de l’UNAMOB

La nécessité de règlementer le secteur des transports a été aussi évoquée par la Direction générale de la police nationale (DGPN) qui a d’ailleurs diffusé un communiqué relatif à l’activité des motos bagages. Ce communiqué stipule que les chauffeurs de ces engins doivent être détenteurs du permis de conduire A ou A1 et qu’ils ont obligation d’apposer à l’arrière de leurs véhicules une plaque d’immatriculation et d’être assurés. Par ailleurs Le commandant du Corps urbain de la police municipale, Sylvestre N’Do reconnait que l’importation de ces motos a été faite de façon brusque. Il a souligné qu’un particulier avait émis le souhait d’importer ces tricycles au Burkina pour mener ses propres activités. Mais en son temps, la mairie lui avait refusé ce droit au regard du fait que ce secteur n’était pas réglementé et posait aussi le problème d’insécurité compte tenu de l’étroitesse de nos voies. Dans tous les cas, face au constat de leur présence dans les grandes villes comme Bobo et Ouaga, les taximen manifestent leur mécontentement vis-à-vis de ces motos qu’ils qualifient de troubles fêtes car elles leur mènent une concurrence déloyale. C’est l’avis de Boureima Sawadogo qui estime que les taxis bagages, en plus de transporter les marchandises à des prix dérisoires accaparent les clients en leur offrant des prix de transport très bas, ce qui est une concurrence déloyale. Les chauffeurs de motos bagages se sont mis en association pour défendre leur nouvelle activité.

 

Le transport de personnes est interdit

 

Au regard de leur nombre qui ne cesse de croître chaque jour, certains propriétaires de tricycles ont estimé que ces derniers doivent être soumis à une règlementation avant l’application des textes de la DGTTM. Pour ce faire ils ont obtenu le récipissé le 21 mars 2012 pour la création d’une association dénommée Union Nationale des Motos Bagagistes (UNAMOB) dont le siège est situé à Larlé. L’association compte à ce jour 144 membres et a pour mission de défendre les intérêts des conducteurs et des propriétaires des motos bagages. L’association procède aussi par une sensibilisation des membres sur la circulation routière. Le Président Ayirikem Boureima précise que le nom exact de ces motos est « motos bagagistes » pour ne pas créer des amalgames avec les « motos taxis » qui existent déjà et qui transportent des hommes. « Nous avons discuté avec la police municipale pour faciliter l’activité des motos bagagistes et ne pas créer des malentendus avec les conducteurs de taxis au Burkina. Nous avons donc obligation de respecter nos engagements. C’est pourquoi dans les villes de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, il est interdit de transporter des individus à l’arrière de la moto à l’exception de la seule personne qui doit tenir les bagages par derrière. Les conducteurs doivent transporter uniquement des marchandises et ne pas créer une concurrence déloyale avec les taxis. C’est ce qui ressort également de l’accord que nous avons obtenu avec les assurances ». Pourtant ils sont de plus en plus nombreux a ignorer cette règle qui y va de la sécurité de la population burkinabé. Madi Ouédraogo, conducteur de moto bagages justifie le transport de personnes en ces termes : « je crois que si l’on transporte des personnes derrière la moto, le chauffeur doit circuler lentement surtout en ville. Il y a aussi des voitures comme les Peugeot bâches qui transportent des personnes alors qu’elles doivent transporter seulement des marchandises. Si on sollicite la moto pour transporter des gens au cimetière, tu ne peux pas refuser aussi. Donc ça dépend du contexte ». A l’impossibilité de transporter des individus, le président de l’UNAMOB estime qu’il est important que tous les conducteurs des motos bagages rejoignent l’association car cela permet en cas de perte de marchandise, puisque le propriétaire de cette dernière ne peut pas être transporté à l’arrière, de saisir le conducteur par le biais du numéro de référence. Toute personne qui se fait enregistrer à l’association doit obligatoirement faire apposer une plaque d’immatriculation à l’arrière de la moto. En plus, l’association colle un numéro de référence à l’arrière de la moto afin de distinguer les conducteurs membres de l’association. Un gilet rouge est porté par ces derniers. Les frais d’adhésion s’élèvent à 3000 fcfa et 3000 fcfa pour le gilet, ce qui donne un total de 6000 fcfa.

 

La sensibilisation des motos bagagistes est impérative

 

Le Président de L’UNAMOB, Ayirikien Boureima

Au regard de l’ampleur que prend l’activité des motos bagagistes, 200 tricycles au moins sont vendus par jour selon le Directeur général des établissements Zoungrana Issa et frères (EZIF)Issa Zoungrana, il est nécessaire que les chauffeurs soient formés. C’est d’ailleurs la recommandation du Directeur de la normalisation et de la circulation routière de la DGTTM Léon Brice Tiendrebéogo. Selon lui : « l’importation des tricycles a atteint un record a tel point qu’il faut faire comprendre aux conducteurs de ces engins qu’ils ont obligation de se conformer aux règles de circulation en vigueur dans notre pays, notamment la détention du permis de conduire A1, l’apposition d’une plaque d’immatriculation à l’arrière et le respect du code de route ». Cet avis est aussi partagé par le président de l’UNAMOB qui dit tenir deux fois par mois des rencontres avec les conducteurs des taxis bagages pour leur donner quelques notions élémentaires du code de la route. Il dit être en négociation avec la DGTTM en vue d’assouplir les conditions liées à l’obtention du permis de conduire et s’il le faut demander l’organisation d’une séance spéciale pour ces conducteurs désirant passer le permis. Qu’à cela ne tienne une sensibilisation sur le type de marchandise et le poids à ne pas excéder est aussi nécessaire. Il n’est pas rare de voir de plus en plus ces tricycles transporter du fer ou du bois qui déborde sur la voie, occasionnant des accidents de circulation. En attentant l’application de la loi, la police municipale est interpellée pour assurer l’exercice de l’activité des tricycles sans risque et permettre aux communes d’atteindre l’objectif de réduction des accidents de circulation qu’elles se sont fixé n

 Par Michaël Pacodi

pacomik@yahoo.fr


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