Projet jeunes financé à 25 milliards : Exit le coordonnateur Traoré

Publié le jeudi 7 décembre 2017

Abdourahamane Traoré est-il parti de gré ou de force du PEJDC ? Toujours est-il qu’il lui est reproché de lourdes fautes de gestion et surtout de mauvais résultats.

Année 2014, le gouvernement burkinabè négocie et obtient un financement de l’Association Internationale pour le Développement (IDA) du groupe de la Banque Mondiale. Le prêt d’un montant de 25 milliards fcfa devrait permettre de mettre en place le « Projet Emplois des Jeunes et Développement des Compétences (PEJDC) ». Un objectif qui visait à trouver des solutions adaptées aux problèmes de chômage et de sous-emploi des jeunes. Le montant total pour le financement du projet est estimé à 25, 394 milliards FCFA soit 394 millions représentant la part contributive de l’Etat burkinabè. Le 18 juillet 2013, le contrat avec la Banque mondiale est signé. Il rentre en vigueur le 3 mars 2014. Le projet d’une durée de 5 ans doit prendre fin le 31 décembre 2018 c’est à dire dans moins de 13 mois.
La coordination du PEJDC échoit à Abdourahamane Traoré auparavant à la chambre du commerce et d’industrie du Burkina. Il est recruté sur une base compétitive. Il va donc piloter le projet sous le gouvernement Tiao, sous la Transition et sous Jean Claude Bouda. Quand Smaïla Ouédraogo arrive à la tête du ministère de la jeunesse, de la formation et de l’insertion professionnelle, il rompt le contrat de M. Traoré. Certains y ont vu un acte politique pour placer son homme de confiance à la tête de ce projet de plus de 25 milliards. « Comment peut-on mettre fin ainsi au contrat de quelqu’un recruté suite à un appel à candidatures ? C’est pour après payer sans gêne des millions comme dommages et intérêts » ainsi se plaint un cadre de la boite
Afin de mieux comprendre la situation nous avions pris attache avec l’intéressé (Abdourahamane Traoré). La première fois c’était le mercredi 11 octobre dernier. Il nous dit qu’il n’est pas à Ouagadougou. Nous promettons de le rappeler en début de la semaine prochaine. Depuis lors, l’ex coordonnateur du PEJDC reste silencieux à nos appels. Le dernier en date c’est le 2 novembre dernier. Un appel appuyé par un SMS. C’est le silence total. A-t-il quelque chose à se reprocher ? Qu’à cela ne tienne ! Des informations que nous avions obtenues au niveau du projet, il est reproché à M. Traoré des « fautes lourdes dans la gestion » et des « résultats pathétiques » c’est-à-dire de faible taux de réalisation. De prime abord, il ressort que son contrat n’avait pas une durée de cinq ans. C’était plutôt un contrat renouvelable chaque année si les résultats sont satisfaisants.

Mauvais résultats

De 2014 au 31 décembre 2016, le taux d’avancement du projet s’établit à 38,15% avec un taux de décaissement de 22,96%. C’est dire que depuis le début du projet ce sont en tous 13 048 jeunes (sur une cible globale de 33 500) qui ont bénéficié du projet. Là aussi, le bilan fait par l’ex coordonnateur évoque des difficultés (sans qu’on ne connaisse leur nature) qui ont fait baissé la cible bénéficiaire. « Les difficultés de mise en oeuvre du projet ont entrainé une proposition de révision de la cible globale du projet de 46 800 bénéficiaires à 33 500 soit une baisse de 26,92% lors de la revue à mi-parcours du projet. »
Quant au taux de décaissement de 22,96% c’est l’équivalent de 5 398 313 000 fcfa. Il se décompose comme suit : 900 643 630 fcfa au titre de l’année 2014, 1 945 866 635 pour l’année 2015 et 3 309 703 874 fcfa en 2016. Un faible taux qui pose beaucoup d’inquiétudes à quelques mois de la fin du projet comme le souligne le rapport 2016 : « Le niveau de décaissement (22,96%) demeure préoccupant à 2 années de la fin du projet. Le projet se doit donc de développer des initiatives pour booster les décaissements. » L’enjeu ici, si le Burkina n’arrive pas à absorber les 20 milliards environs qui restent, avant la fin du projet, il court le risque de ne plus bénéficier de financements dans d’autres cas similaires.

Fautes de gestion

Abdourahamane Traoré n’a pas suivi les règles de gestion. Il est passé outre dit-on. A son arrivée, il a fait fi du décret N°2007-777/ PRES/PM/MEF portant organisation et fonctionnement des projets et programmes de développement de catégorie B. Il s’agit selon la définition donnée des projets intervenant directement en tant qu’administration de proximité auprès des groupes cibles ; projets dont le personnel recruté s’occupe uniquement et exclusivement des activités dudit projet.
Les chapitres 5 et 6 du décret posent la question « de la rémunération et de l’évaluation du personnel », « des dispositions relatives aux indemnités servies et aux prises en charge des autres frais. » M. Traoré a procédé à une augmentation des salaires au cours de l’année 2016 qui selon certaines sources allait de 75 à 150% selon les catégories. Certains agents se sont donc retrouvés avec le double de leur salaire. En plus de ne pas respecter le décret, l’ex-coordonnateur n’a pas requis l’avis de non objection de la Banque mondiale, le bailleur de fonds du projet. Il en va de même de l’approbation du contrôleur financier, répondant direct de la tutelle des finances à savoir le ministère de l’économie, des finances et du développement. Mais il aura agi sur la base d’une note du ministre d’alors, Jean Claude Bouda. Il s’agit de la lettre N°2016/025/MJFIP/CAB du 22 juillet 2016 avec pour objet la « Mise en application de la recommandation relative aux rémunérations du personnel du PEJDC. » Cela n’a pas manqué de critiques. La lettre ayant d’abord une portée inférieure, elle ne peut être opposée au décret (cité plus haut) de portée supérieure. Dans le même ordre de critique, la lettre viole l’arrêté conjoint N°2014-002/MJFPE/MEF portant création, classification, objet, administration et gestion du PEJDC en date du 24 janvier 2014. En son article 4, il stipule que le ministère de la jeunesse (…) assure la tutelle technique du projet. La tutelle financière incombe ainsi au ministère de l’économie et des finances. Contre toute attente, la lettre du ministre Bouda ne mentionne nulle part l’avis de son collègue des finances. Par ignorance, par négligence ou par intérêt ? La question reste entière.

Par Basidou KINDA

Mauvaise performance, salaires exorbitants !

« Le chômage et le sous-emploi sont d’énormes défis auxquels doit faire face le Burkina Faso dans la gestion du développement. En effet, malgré une croissance soutenue, l’économie burkinabè n’a pas pu produire le type d’emplois nécessaires pour inverser la courbe du chômage des jeunes. Pour relever le défi de l’insertion professionnelle des jeunes, le Gouvernement du Burkina Faso a mis en place le Projet Emplois des Jeunes et Développement des Compétences (PEJDC) avec l’appui de la Banque Mondiale. » Voilà donc qui explique le contexte qui a prévalu le projet. A travers donc cela, le gouvernement voulait favoriser l’accès à des emplois et l’acquisition de compétences professionnelles par des jeunes hommes et femmes, de 16 à 35 ans, peu ou pas scolarisés, en vue de leur ouvrir des opportunités d’insertion durable dans le marché du travail. Le peu à dire c’est que ce projet est loin de résoudre dans son ensemble la question du chômage et du sous-emploi au Burkina tellement il y a beaucoup de jeunes dans le besoin. D’autres mêmes passent par tous les moyens pour auto-entreprendre sans bénéficier de la moindre aide. Et voilà qu’on met à la disposition des gens plus de 25 milliards pour aider cette cible. Mais ils sont incapables. Trois ans après le bilan est pathétique avec seulement un quart du montant décaissé. Vu autrement, on ne travaille pas à absorber les fonds disponibles. Et c’est tout à fait logique qu’après les bailleurs de fonds disent qu’on ne bosse pas. Non soucieux de la contreperformance, on se permet des augmentations exorbitantes de salaires. Pauvres de nous !

Les trois composantes du PEJDC

Pour atteindre ses objectifs, les activités du projet ont été regroupées en trois composantes :

Composante 1 –Travaux à Haute Intensité de Main d’œuvre
La cible principale de cette composante concerne les jeunes de 16 à 35 ans, non-inscrits dans aucune forme d’éducation, formelle ou informelle.
Durant le projet, il est prévu l’enrôlement de 31 000 jeunes hommes et femmes dont 16 000 en zones urbaines et 15 000 en milieu rural. Au moins 30% de ces participants seront des femmes.

Composante 2 : développement des compétences des jeunes
Cette composante vise à améliorer les compétences professionnelles de base des jeunes pour accroître leur employabilité et productivité à travers 3 sous-composantes :
- Le développement de la formation professionnelle initiale dont la mise en place de deux centres et la formation de 1 800 jeunes dans les filières du Tourisme-hôtellerie et du Bâtiment et travaux publics ; Appui à travers la mise en place d’un dispositif de formation à la demande la formation de 2 000 jeunes ;
- Le programme de formation par apprentissage ; offrira à 4 000 jeunes des opportunités d’apprentissage dans des secteurs porteurs au sein de petites entreprises (artisans), en particulier dans le secteur informel qui représente la grande majorité de l’offre potentielle de ce type de service, en privilégiant une formation par alternance.
- Le programme de formation en entreprenariat et l’accompagnement des promoteurs. Le but de cette sous composante est de développer la capacité entrepreneuriale chez les jeunes et de promouvoir l’émergence d’une nouvelle génération de créateurs de micro-entreprises durables.

Composante 3 : Renforcement de la capacité institutionnelle et gestion du projet
Le but de cette composante est :
- D’aider au renforcement des capacités des institutions publiques et privées afin qu’elles s’engagent régulièrement dans la politique de développement sur les compétences et l’emploi par le renforcement de la capacité technique ;
- D’améliorer les connaissances de base sur l’emploi des jeunes ;
- De renforcer les compétences de l’unité de coordination.


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