Entretien à bâton rompu avec le DG de la SONABEL « : Nous avons connu un passage à vide pendant cinq ans »

Publié le jeudi 7 décembre 2017

Coupures d’électricité, délestages, difficultés financières, programme national d’électrification, nous avons fait un tour d’horizon presque complet de la situation de la fourniture d’énergie aux Burkinabè avec François de Salle Ouédraogo, DG de la Sonabel. La Sonabel c’est 19% de taux d’électrification et 30% de dépendance du réseau électrique ivoirien. Le défi à relever est énorme pour atteindre la couverture à 100% du pays. La diversification de la source d’énergie par l’apport du solaire est une des solutions qui nous permettra d’y arriver. Bienvenue dans ce secteur kafkaen avec l’interview que nous a accordé le DG de la nationale d’électricité le 25 octobre dernier.

Quelles sont les raisons des coupures récurrentes d’électricité ?
L’activité de distribution de l’électricité est soumise aux phénomènes des interruptions. Celles-ci peuvent être dues à plusieurs raisons. Ça peut être dû soit à un manque de courant pour fournir aux clients consommateurs et en ce moment-là, on est obligé de couper pour équilibrer l’offre et la demande. C’est ce qu’on appelle dans notre jargon le délestage. Mais au-delà de cela, ça peut être dû à des pannes qui sont des évènements que nous ne contrôlons pas. Ça peut être dû aussi à des besoins d’entretien et de maintenance, parce que les équipements fonctionnent 24h/24. Et comme c’est des équipements qui s’usent, qui se fatiguent, y’a des moments où on a besoin de les arrêter pour les entretenir et les remettre à niveau. Donc, ça aussi ça entraine des coupures. Quand ce sont des coupures qu’on peut prévoir, nous faisons tout pour informer la clientèle. Mais quand ce sont des coupures qu’on ne peut pas prévoir, ça nous surprend et en ce moment-là nous prenons des dispositions pour pouvoir détecter la cause rapidement, dépanner rapidement pour remettre l’électricité et fournir le courant aux consommateurs.
Pour cette période, il faut dire que c’est une période de forte demande, même si elle n’est pas aussi forte que pendant les mois d’Avril, Mai et Juin. Nous appelons cette période-là la petite pointe parce que c’est une période où il fait chaud et où la demande augmente et où aussi nos équipements sont soumis à des contraintes. Comme vous savez nos équipements généralement, quand ils fonctionnent ils sont chauds et l’ambiance même est chaude (rires). Ça augmente encore les contraintes et ça fait qu’il y a des équipements qui se fatiguent rapidement et qui cèdent et cela occasionne des perturbations.
Au-delà de ça, il faut dire que nous sommes à une phase critique de la réalisation de la ligne d’interconnexion Ghana-Burkina. Nous sommes à une phase où nous faisons la jonction entre les ouvrages des équipements que nous venons d’installer et les anciens équipements. Donc comme il y a une jonction, il y a des moments où le travail est délicat. C’est vrai que nous l’avons préparé avec l’entreprise qui fait les travaux et qu’on a pris les précautions mais il y a des moments où les interventions peuvent entrainer des perturbations. A l’époque et maintenant, nous avons communiqué avec les clients pour leur faire savoir que nous traversons une période critique de cette installation et que par conséquence il peut y avoir des perturbations dans la fourniture de l’électricité.
Il faut dire aussi que nous sommes fournis en électricité à plus de 30% par la Côte d’Ivoire et les moyens de production de ce pays sont situés au bord de la mer. C’est pour dire qu’il faut cheminer depuis le bord de la mer jusqu’à Ouaga pour fournir les 30% d’électricité. Ça fait environ 1000 km et nous, nous sommes au bout. Et tout évènement qui se passe sur ces 1000 km, nous étant au bout, nous le percevons, que ce soit à Abidjan, à Bouaké, à Ferké à Bobo, à Pa ou à Zagtouli. Et comme cette ligne fournit plus de 30% de nos besoins, quand cette fourniture disparait, ça déséquilibre le système, donc ça occasionne des perturbations. Et actuellement, il faut dire que la ligne même a une nouvelle ramification qui est venue s’ajouter parce qu’à partir de Ferké, il y’a une ligne qui part jusqu’au Mali et continue jusqu’au Sénégal. Donc y a des moments où y a des évènements au Mali qui perturbent le Burkina et vice-versa.
Il faut dire aussi que nous avons le fait que notre réseau est aérien c’est-à-dire que les fils sont en l’air donc exposés à toutes les intempéries. Quand il y’a un vent, des objets (sachets, chiffons, branches d’arbres…) peuvent entrer en contact avec nos fils et quand c’est le cas, ça entraine forcement une coupure. Tous ces facteurs-là viennent perturber la fourniture de l’électricité. C’est vrai qu’on peut imaginer qu’on enterre les fils ; mais il faut savoir que les fils enterrés ont l’avantage d’être protégés des intempéries mais ils ont pour inconvénient de coûter cinq fois plus cher. Actuellement nous avons un taux d’électrification de 19%, ce qui veut dire que si on voulait enterrer les fils, on diviserait ce taux par 5 soit environ 4% du taux d’électrification du pays. Je pense qu’on ne peut pas imaginer ça, on ne peut qu’accepter. Il y a un facteur aussi qui n’est pas à négliger ; c’est que nous avons passé cinq années de difficultés financières (de 2011 à 2016).

De quoi s’agit-il exactement ces difficultés financières ?
Pendant ces cinq années, nous avons accumulé des déficits financiers énormes qui ont fait que nous n’arrivions même pas à fonctionner. Encore moins à entretenir les ouvrages existants et à nous maintenir en bonne forme. Donc quand vous faites un passage à vide de cinq ans, il faut du temps et de l’argent pour le rattraper. Depuis 2016, nous travaillons à remettre les ouvrages en bon état mais il faut du temps et de l’argent pour ça.

Mais ces difficultés financières sont dues à quoi ?
Essentiellement, c’est dû à des facteurs exogènes parce que nous, notre principale charge c’est le combustible. Alors que le tarif de l’électricité est fixé depuis 2006 et à cette époque le baril de pétrole coûtait 50 dollars. Et si vous vous rappelez dans les années 2011, le baril frôlait 150 dollars. C’est pour dire que le prix du pétrole avait triplé. Et comme c’est notre principale charge, du coup le tarif qui était fixé n’est plus adapté. Mais comme il a été maintenu, on était obligé d’acheter le combustible à son prix du moment pour vendre à un tarif fixé à une autre époque. Cela a entrainé un déficit énorme dans notre gestion. Et pendant les cinq ans, on a subi cela. Mais en 2016, comme le cours du pétrole avait baissé, le gouvernement a pris les mesures pour baisser le coût d’achat du combustible par la SONABEL et ce qui a permis de rééquilibrer nos comptes et nous a permis de mieux fonctionner. A partir de 2016, la situation est revenue à la normale.

Malgré le fait que la situation soit revenue à la normale, du jour au lendemain le prix du baril peut connaitre une hausse, faut-il comprendre que pour pouvoir tenir le coup, le prix fixé va connaitre une hausse ?
Pour le moment, je pense que non. Parce que quand le gouvernement a pris la mesure de baisser le prix du combustible SONABEL, ils ont décidé que lorsqu’il y aura une variation à la hausse du coût du combustible, le gouvernement va subventionner pour permettre de garder le prix du KWH à son niveau. Mais, si le cours prend des proportions trop exagéré et qui dépasse la capacité de subvention du gouvernement, il faut comprendre que c’est normal qu’on revoit les tarifs. Mais en dehors d’une telle situation, il n’y a pas de raison que le coût du KWH augmente. Du reste, nous avons un certain nombre de projets qui si nous arrivons à les mettre en œuvre devraient permettre de contenir les coûts. Ce sont des projets structurants et notamment les projets qui nous permettent d’accéder à de l’énergie qui coûte moins chère, les projets d’interconnexions ; la ligne avec le Ghana qui est en cours de réalisation et une autre ligne en cours de réalisation pour nous permettre d’accéder à l’énergie du Nigeria. Ce sont des pays qui ont l’opportunité d’avoir des ressources hydrauliques, du gaz, du pétrole et ils peuvent produire l’électricité moins chère pour permettre de baisser et de contenir les prix.

Parlant des difficultés financières, lorsque les OSC avaient demandé à la direction générale de publier la liste des grands débiteurs de la SONABEL, l’une des raisons qu’elles avaient évoquées, ce que ces débiteurs doivent payer à la SONABEL devait permettre d’une part à la boite de pouvoir atténuer les difficultés financières. Mais cette requête n’a pas eu de réponse favorable. Peut-on savoir pourquoi ?
C’est l’occasion pour nous de remercier les OSC de se préoccuper de la santé financière de la SONABEL. La SONABEL est une entreprise publique donc qui appartient à tous les Burkinabè. C’est normal que tous les Burkinabè s’en préoccupent dans le sens d’améliorer la santé financière de la SONABEL. Entre nous et nos clients, entre nous et nos fournisseurs, nous avons des relations commerciales et ce sont des contrats qui nous lient. Ces contrats sont régis par des textes, des lois et normalement quand il y a des litiges, il y a des textes et des lois qui permettent de gérer ces litiges. Nous nous efforçons d’exploiter ces voies de droit pour régler nos litiges envers nos clients et nos fournisseurs de la SONABEL. Par rapport à ce que les uns et les autres nous doivent, nous faisons tout pour récupérer ce qui est dû et nous avons des services de recouvrement. Lorsque les services de recouvrement ont épuisé leurs moyens, nous faisons appel à des avocats pour nous accompagner pour le recouvrement. Ceux qui nous doivent le savent parce qu’ils reçoivent les injonctions des avocats.

Pouvons-nous avoir une idée de ce que vous avez pu recouvrer ?
Si vous regardez notre rapport annuel publié dans notre site web, vous verrez le taux de recouvrement que nous avons réalisé. Je n’ai pas le chiffre exact en tête. En 2016, nous nous retrouvons à environ 96% de taux de recouvrement.

96% pour quel montant ?
96%, nous nous avons un chiffre d’affaire de 150 milliards. Ce qui veut dire que si on a émis 100 milliards de factures, on a recouvré 96. Il y a 4% qui ne sont pas recouvré et qui font l’objet des actions au niveau des avocats pour être recouvrés.

Mais en termes de profils, ces débiteurs sont-ils des particuliers ou des personnes morales ?
La plupart des gros débiteurs sont beaucoup plus des institutions comme l’Université, le CENOU, les communes, les COOPEL… il y a aussi des particuliers qui doivent mais le gros chiffre là c’est les institutions. L’Etat même paye ses factures.

La SONABEL a engagé un vaste programme d’électrification du pays. Aurez-vous l’énergie nécessaire pour satisfaire tous ces nouveaux clients ?
Nous ne sommes pas les seuls acteurs du domaine parce qu’il y a aussi le fonds de développement de l’électricité (FDE). Nous, nous jouons le rôle qu’on nous a confié. C’est vrai effectivement que nous avons un vaste projet d’électrification du pays et quand on s’imagine que quelque part il y a des difficultés ces dernières années pour équilibrer l’offre et la demande, on peut se poser des questions. Il y a des projets qui sont en cours pour augmenter l’offre. Je vous parlais tantôt des lignes Ghana-Burkina et Nigeria-Burkina en passant par le Niger, y a des projets en cours d’instruction au niveau du ministère pour construire des centrales thermiques avec des partenariats publics privés. Les privés vont venir s’installer, produire et revendre l’électricité à la SONABEL pour que celle-ci à son tour revende l’électricité à la population. Avec ces projets, on pense pouvoir faire face à la demande. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas suffisamment qu’il faut priver ceux qui n’ont pas d’électricité d’y accéder. De façon générale, ceux qui ont l’électricité se disent « mais vous ne pouvez même pas donner suffisamment et puis vous voulez ajouter ». Si vous demander à ceux qui n’ont pas l’électricité, ils vous diront « même si c’est pour nous donner 2h ou 3h dans la journée, nous voulons au moins avoir ça » (rires). Donc je pense qu’il faut qu’on accepte de partager avec les autres parce que chacun a droit à l’électricité même s’il y’en a pas suffisamment. De toute façon, nous c’est notre rôle de travailler à ce que ça suffise. D’ici la fin du mois de Novembre, nous allons mettre en marche la centrale solaire de Zagtouli et au niveau du ministère il y a d’autres projets de centrales solaires en instruction. Tout cela viendra augmenter l’offre. Il reste plus de 80% du pays à électrifier ce qui signifie que jusqu’à ce qu’on atteigne les 100%, nous faisons une course de vitesse pour pouvoir équilibrer l’offre et la demande.

Vous avez évoqué tantôt le cas de la centrale photovoltaïque de Zagtouli qui au départ devait être effective en septembre 2017, qu’est ce qui s’est passé pour que la date soit prolongée jusqu’en novembre ?
Les projets sont des œuvres humaines et comme on dit, l’homme propose et Dieu dispose. Donc vous faites votre planification mais il suffit qu’il y’ait un petit problème pour que la planification soit bouleversée. Un ouvrage comme la centrale solaire photovoltaïque implique plusieurs acteurs et beaucoup d’équipements fabriqués par plusieurs intervenants de plusieurs pays. Il suffit seulement que vous vouliez un équipement à un moment donné et celui qui doit le fabriquer est surbooké et vous faites un mois, deux mois de retard. Et comme c’est des montages qu’il faut faire, parfois au cours du montage, il peut y avoir des contraintes qui font que vous accusez des retards. Je pense que quelque part si on a dit qu’on finissait en Septembre, et que maintenant c’est pour Novembre, le retard n’est pas très important, c’est quand même un retard acceptable. Mais du reste en réalité, ce sont les finitions qui vont jusqu’en novembre. Actuellement, la centrale fournit de l’électricité aux réseaux. Ça fait plus de trois ou quatre semaines qu’on a commencé à injecter mais ce n’est pas comme on le veut. Il faut travailler à le parfaire et c’est ça qui va nous amener en Novembre.

Ce projet est considéré comme l’un des plus grands en Afrique de l’Ouest et il s’inscrit dans une dizaine d’autres projets. Mais il se trouve que ces projets ne disposent pas d’unités de stockage. Ce qui veut dire qu’à partir de 18h, quand il n’y a plus de soleil, ces centrales ne peuvent plus fournir de l’électricité. Par conséquent, ça ne va pas véritablement régler le problème des coupures…
Nous, nous ne considérons pas la centrale de Zagtouli comme un ouvrage qui va venir diminuer les coupures. Nous la considérons plutôt comme un ouvrage qui va apporter de l’énergie qui est fabriqué à partir d’une ressource disponible au Burkina et qui va donner du courant moins cher par rapport à notre système traditionnel. Pour faire face à la demande, c’est beaucoup plus d’autres projets qui fonctionnent jour et nuit qui sont considérés. Si on n’a pas inclut le stockage, c’est parce qu’il coûte cher. C’est vrai qu’il y’a des recherches en cours et nous pensons qu’à moyen terme, le coût du stockage va baisser pour nous permettre de l’intégrer dans nos centrales qui sont en train d’être construites. Mais en attendant que le coût baisse, on est obligé de faire des centrales au filtre du soleil qui vont nous permettre d’avoir de l’énergie moins cher, même si on ne peut pas les avoir 24h/24. Dans les projets qui sont annoncés, il est prévu qu’on introduise le stockage pour déjà avoir un pas dedans et commencer à nous perfectionner dans le stockage afin de prévoir les baisses annoncées à moyen terme.

Un projet comme Zagtouli qui coûte plus de 3 milliards de francs CFA sans qu’on ait intégré le stockage, cela ne pose pas un problème quelque part ?
Non, c’est un choix puisqu’on aurait pu choisir de mettre le stockage mais en augmentant le coût de revient du kilowattheure. Et l’investissement à ce coût-là, on allait peut-être obtenir moins de la moitié de la puissance voulue. C’est un choix à faire mais quand on fait une étude économique et financière, on se rend compte que c’est ça qui est la bonne formule. Quand on va dans les pays développés, c’est l’option que tout le monde prend par rapport au soleil. Mais à moyen terme, le coût du stockage va baisser.

Il est de combien en ce moment ?
40% à peu près. C’est-à-dire que si vous avez un ouvrage et que vous voulez le stocker pour qu’il fonctionne 24h/24, il faut que vous renchérissez l’ouvrage de 40%. Mais nous allons inéluctablement vers le stockage et lorsqu’il sera à un coût abordable, ça nous soulagera nous au Burkina parce que le soleil est notre principale richesse.

On fait souvent le reproche que la SONABEL ne répond pas de façon adéquate aux conséquences dues aux coupures sur ses abonnés. Que répondez-vous à ces accusations ?
Nous, nous avons une assurance qui nous couvre par rapport aux dégâts que nous causons aux tiers et lorsqu’un client se plaint auprès de nous pour dire que la qualité du courant a dégradé ses équipements, nous faisons une investigation pour connaitre les circonstances de la détérioration des équipements. Si cela est dû effectivement à la qualité du courant, notre assurance prend en charge les dégâts. Il y a des situations où on ne peut pas incriminer la qualité du courant, en ce moment, on n’en prend pas la charge. Ce n’est pas parce qu’il y a coupure de courant que forcément il y a des dégâts. Nous avons des lignes électriques qui quittent nos grands centres pour aller dans les quartiers pour alimenter les différents clients. Par exemple, si une ligne se coupe, c’est des milliers de clients qui sont concernés et normalement si la qualité du courant est en cause, tous les équipements de même nature alimentés par la ligne devraient être affectés. Donc si tous les éléments de même nature ne sont pas affectés et que seul un équipement est affecté, on doit se poser la question. En tout cas, s’il est prouvé que c’est la qualité du courant qui est responsable des dégâts, nous nous referons à notre assureur qui prend en charge les réparations.

L’un des reproches également qu’on vous fait, ce sont les promesses non tenues. Faut-il toujours croire à ces propos ? Ou bien c’est nous qui ne comprenons pas bien le message de la SONABEL ?
C’est peut-être nous qui ne nous faisons pas comprendre. Nous sommes des techniciens, nous ne pouvons pas faire des déclarations sans être certains de les tenir. C’est pas quand on a un taux d’électrification de 19% et qu’on ne dispose pas de l’argent nécessaire pour faire les investissements pour augmenter l’offre qu’on peut se fixer des dates ou affirmer qu’à telle date, il n’y aura plus de délestages. D’autant plus que dans l’imaginaire populaire, on confond délestage et coupure donc si vous affirmez qu’il n’y aura plus de délestages, les gens vont comprendre qu’il n’y aura plus de coupure d’électricité. Alors que les coupures d’électricité vous ne pouvez pas les éviter. Même dans les pays développés, il y a des coupures d’électricité. Nous avons des projets avec une planification claire. Si on réalise ces projets là dans des périodes bien déterminées, on ne va même pas constater de coupures pour délestages. Mais on a toujours des difficultés à réaliser les projets à bonne date. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas l’accompagnement des bailleurs de fonds car ils sont toujours prêts à nous accompagner. Mais le processus pour mettre l’argent à disposition est très compliqué. Lorsque vous avez fini de faire votre étude et que vous présentez votre travail aux bailleurs de fonds, ils vont dire « nous accompagnons » et à partir de ce moment-là pour parcourir tout le processus on n’a pas moins d’un an et demi à deux ans pour que l’argent soit disponible. Si vous faites une étude et c’est deux ans après que vous avez l’argent, le bailleur de fonds lui-même vous dira que votre étude n’est pas actuelle donc il faut la réactualiser. Pour faire cela, il nous faut au moins un an. La réalisation de nos ouvrages prend en général 24 mois donc tout ce processus prendra 5 ans environ si vous faites le parcours sans retard. Si vous prenez par exemple la ligne Bolgatanga-Ouaga, la première planification date de 2008 et c’est maintenant en 2017 qu’on est en train de faire les finitions. Il y’a eu un gros retard par manque d’argent.

Donc si la ligne Bolgatanga-Ouagadougou devait alimenter 1000 ménages au départ et qu’on se retrouve en 2017, le nombre de ménages a également augmenté. Ce qui veut dire que ça ne peut plus répondre aux mêmes besoins. N’y a-t-il pas ici une question d’anticipation quand on connait déjà ces éléments ?
Non, l’anticipation est une planification. La planification est claire, jusqu’en 2030 nous savons ce qu’il faut réaliser pour satisfaire la demande. C’est vrai que Bolgatanga n’est pas venu en 2008 comme prévu mais nous avons réalisé des ouvrages pour compenser. C’est l’exemple des centrales de Komsilga et Bobo 2 sinon la situation allait être encore plus catastrophique qu’elle ne l’est déjà.

Vous avez évoqué la centrale de Komsilga, elle est presqu’une déception pour les Burkinabè aujourd’hui. Vu tout le tapage qui a été fait à l’époque...
C’est parce que vous n’êtes pas allé à Komsilga que vous pensez ça.

Non, c’est l’opinion publique.
Je peux rassurer l’opinion publique que Komsilga c’est une réalité. C’est une centrale de 90 mégawatts. Et si cette centrale n’était pas là, cela aurait été la catastrophe pour le pays. C’est vrai que la machine autour de laquelle il y a eu beaucoup de tapages a eu des difficultés pour se mettre en place mais actuellement elle fonctionne et très bien. En plus de cette machine, six autres sont venues s’ajouter autour desquelles, on n’a pas fait de tapages (rires). On a déjà organisé même des visites des médias pour aller constater. Pendant la transition, tout le gouvernement avec le président Kafando sont allés visiter la centrale de Komsilga. Ils ont été émerveillés parce qu’ils avaient aussi les mêmes sentiments que vous. Le premier ministre ivoirien est également venu visiter la centrale. C’est pour dire qu’elle est une réalité et contribue beaucoup à fournir l’électricité aux populations.

’’Dans l’imaginaire populaire, on confond délestage et coupure donc si vous affirmez qu’il n’y aura plus de délestages, les gens vont comprendre qu’il n’y aura plus de coupure d’électricité. Alors que les coupures d’électricité vous ne pouvez pas les éviter.’’

Il n’y a pas longtemps, il y a eu un décès au CHU de Tenkodogo du fait d’un délestage qui aurait duré environ 30 minutes. Cela a écœuré beaucoup de Burkinabè d’imaginer qu’on peut mourir dans un hôpital du fait d’un délestage. Comment avez-vous vécu ce triste évènement ?
C’est avec une très grande peine que j’ai reçu l’information et c’est l’occasion pour moi de présenter au nom de tout le personnel de la SONABEL nos condoléances à la famille éplorée. C’est vraiment dommage que le manque de courant soit à l’origine d’un décès. La fourniture d’électricité ne peut pas s’imaginer sans perturbations et comme je vous le disais, nos ouvrages sont aériens et la moindre intempérie occasionne des perturbations, des coupures. Et le jour en question, nous avons eu une panne qui a occasionné cette coupure. Nous avons toujours demandé à nos clients qui ont des activités ne supportant pas d’interruptions d’électricité de prendre des dispositions pour pouvoir suppléer à nos défaillances à l’aide de sources secours et éviter de subir les conséquences de ces défaillances qui sont inévitables dans tout système de distribution d’électricité. Notamment les hôpitaux, les centres médicaux, nous leur avons toujours demandé de mettre des systèmes secours pour pallier cela. Nous profitons de l’occasion pour encore renouveler cet appel à l’endroit de nos clients. Dans notre politique d’alimentation de la clientèle, les sites comme les hôpitaux et les centres médicaux sont considérés comme des priorités que nous essayons de préserver au mieux. Quand on les coupe, c’est qu’on n’as pas le choix. Ce sont des pannes donc indépendantes de notre volonté (NDLR : Effectivement dans l’information reçue, il a été dit que le groupe électrogène était également défaillant. Nous ne savons pas si l’autorité a pu situer les responsabilités jusqu’à présent mais lors du Conseil des ministres du 18 octobre dernier, il y a eu la nomination d’un nouveau directeur au niveau de ce CHU).

Quels sont vos projets pour moderniser davantage la gestion de la clientèle ?
Au niveau de la gestion de la clientèle, nous avons actuellement engagé un processus pour changer notre système logiciel de gestion clientèle que ce soit en prépayé ou en post payé. Nous avons même commencé à introduire de nouvelles techniques de paiements et avec ces nouveaux logiciels, nous allons renforcer ça. Nous souhaitons avec ces logiciels soulager les clientèles et faire en sorte que le client n’ait pas à se déplacer dans nos guichets pour payer ses factures ou payer des unités. On a déjà des partenariats avec un certain nombre de banques et mobile money à travers lesquels les clients peuvent payer leurs factures. C’est pour dire que de plus en plus, les clients ont de plus en plus de sites proches de chez eux où ils peuvent payer leurs factures même en dehors des heures de paiements et des jours ouvrables. C’est ce que nous sommes en train de mettre en place et pour le prépaiement, le logiciel sera fonctionnel en début 2018.

C’est une promesse ?
Ce n’est pas une promesse, c’est une réalité. Nos équipes y travaillent actuellement. Donc au niveau de la clientèle également, nous sommes en train de chercher à décentraliser nos sites d’accueil pour nous rapprocher davantage de nos clients et nous pensons qu’en 2018, nous pourrons mettre ça aussi en œuvre pour augmenter les agences à travers les villes comme Ouaga, Bobo, Koudougou… Nous sommes aussi en train de travailler à rapprocher le réseau des consommateurs. Il y’a un certain nombre de projets en cours sur financement BAD, sur financement BID et sur fonds propres SONABEL.

Quels sont les défis majeurs de la SONABEL aujourd’hui et pour l’avenir ?
Les défis majeurs de la SONABEL c’est d’abord permettre à la population d’accéder à l’électricité parce que nous n’avons que 19% de taux
d’électrification donc il faut qu’on travaille à ce que ce taux augmente considérablement. Le deuxième défi c’est assurer l’équilibre entre l’offre et la demande pour éviter les manques de courant et pour cela on a beaucoup de projets. Le troisième défi c’est diminuer le coût de l’électricité et dans toute notre démarche, on agence les projets de telle sorte à diminuer et à contenir le coût de l’électricité. Un autre défi aussi, c’est améliorer la qualité de l’électricité donc nous travaillons à assainir le réseau, à mettre en place des équipements plus modernes pour qu’ils puissent répondre de façon plus rapide pour permettre d’améliorer les situations de perturbations. Par exemple, actuellement on a une démarche pour que même si un évènement survient sur la ligne Côte d’Ivoire qui nous donne plus de 30% d’électricité, les équipements à notre niveau puissent réagir plus vite pour sauver l’essentiel pour que tout ne s’écroule pas. Lorsque cela aboutira, même s’il y a des perturbations, tout le monde ne sera pas concerné. En fonction des priorités qu’on va définir, on va sauver l’essentiel. Satisfaire la clientèle, soulager sa peine est également un de nos défis d’où la mise en place de ces modes de paiements pour que les clients n’aient plus à se bousculer devant nos guichets. Ça nous fait mal quand on voit les clients se bousculer comme s’ils venaient prendre de l’argent alors qu’ils viennent payer. Ce n’est pas normal. Nous sommes confiants que nous arriverons à régler tout cela.

Je suppose que vous êtes sur les réseaux sociaux ; on vous a donné un nom : la SONADEL (société nationale de délestron). Qu’est-ce que cela vous fait d’entendre ça ?
(Rires) ce sont des surnoms. Généralement ceux qui le font c’est dans le sens de la comédie mais ça nous interpelle parce que quelque part c’est pour décrire la perception qu’ils ont de nous. Nous considérons ça comme une critique positive et à partir de là nous travaillons à ce qu’un jour ils disent la SONABEL. (Rires) parce qu’eux-mêmes ils auront constaté que les choses se sont améliorées. Nous sommes contents que les gens puissent nous critiquer, c’est avec ça qu’on pourra progresser et s’améliorer.

Des gens qui disent que la SONABEL souffre tout simplement d’une mauvaise gestion. Qu’est-ce que vous en dites ? Beaucoup sont surpris de voir que même après l’insurrection et la transition, il n’y a pas eu d’audit.
Non, il y’a eu des audits. En fait, il y’a des instruments qui contrôlent la gestion de la SONABEL tels que les cabinets d’audits qui auditent systématiquement nos comptes. Et ce sont des cabinets qui ont une renommée à défendre donc ils ne peuvent pas trafiquer les chiffres. Tout ce qui est arrêté comme situation est soumis à l’Assemblée générale des sociétés d’Etat qui l’adopte. En plus de cela, il y’a l’autorité supérieure de contrôle de l’Etat (ASCE/LC) qui fait des contrôles. Depuis que je suis là, ils sont venus trois ou quatre fois. Il y a aussi la cour des comptes. Au-delà de ça, la plupart de nos ouvrages est financé par des bailleurs de fonds qui suivent de près la gestion de la maison. Ils ne donnent pas d’argent sans avoir vérifier nos comptes pour s’assurer que vous pourrez payer. Mais nous sommes mal placés pour dire si la gestion est bonne ou pas mais ce que nous pouvons dire c’est que c’est une œuvre humaine ; elle est toujours perfectible. Seuls les organes de contrôle peuvent apprécier la qualité de la gestion de la SONABEL. Quand on voit la promptitude des bailleurs de fonds à nous accompagner, on peut dire qu’ils ont une appréciation positive de notre gestion.

Interview réalisée par
Basidou KINDA


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