Forum sur la sécurité : Ce n’est pas trop tôt !

Publié le mardi 14 novembre 2017

Au lendemain de la première attaque terroriste à Ouagadougou, le 16 janvier 2016, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré avait vite fait de convoquer un Conseil des ministres extraordinaire. Avaient été conviés à cette rencontre, le regretté Président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo et les différents chefs de l’armée. A l’issue de ce Conseil, des mesures ont été prises dans le but de renforcer la sécurité nationale. Il s’agissait entre autres : de la création d’un comité international chargé de faire des propositions transversales en matière de sécurité au plan stratégique et à moyen terme, de l’opérationnalisation urgente de l’Agence nationale de renseignement, créée sous la Transition, le renforcement des contrôles en vue d’ assurer la sécurisation des frontières et des villes ainsi que le renforcement des mesures de sécurité dans les hôtels et la réactivation de la police de proximité. « La lutte antiterroriste faisant désormais partie de notre quotidien » avait dit le président du Faso, la population était aussi invitée à collaborer avec les forces de défense et de sécurité en dénonçant tout cas suspect. A ce jour, le constat qui se dégage est que ces mesures n’ont pas fonctionné ou ont très peu fonctionné. En témoignent les attaques devenues très banales dans le pays surtout dans sa partie sahélienne. Malgré, la situation économique précaire, les Burkinabè dans leur grande majorité avaient donné de la voix pour demander au gouvernement de faire de la sécurité la priorité des priorités. On a même recommandé que la sécurité soit dissociée de l’administration territoriale et qu’il lui soit consacré un ministère plein avec à sa tête un homme solide. Mais la réponse qui nous a toujours été servie, parfois avec condescendance, était que l’habit était « un près de corps » c’est-à-dire qu’il ne devait pas flotter sur celui qui le portait. Et pourtant !
C’est plus d’un an après que l’autorité semble se réveiller pour vraiment donner à la sécurité une certaine importance à travers l’annonce de l’organisation prochaine (du 24 au 26 octobre) d’un forum national sur la question.

« Le Faso étant menacé, tout le monde doit être mobilisé. Soit ! Mais peut-on savoir comment le choix des 500 participants au forum va-t-il s’opérer ? La question n’a véritablement pas eu de réponse. Question tactique à ne pas dévoiler ? »

Mais après combien de victimes ? Nous préférons ne pas compter ! « Faire un diagnostic complet de la situation sécuritaire du pays en vue de déterminer des axes stratégiques pour l’élaboration d’une politique nationale de sécurité tenant compte des phénomènes nouveaux d’insécurité. » Voilà l’objectif global visé par ce forum. Certes, cette grande consultation ne sera certainement pas la panacée contre l’extrémisme violent dans notre pays. Mais il faut le dire, ce n’est pas tôt ! Même si l’on nous demande d’accepter que le gouvernement aille à son rythme. C’est quand même fort de café. Comment veut-on que les Burkinabè acceptent que ce soit maintenant que le « gouvernement responsable », selon l’expression du ministre, veuille procéder à l’identification des défis, menaces et besoins de sécurité ; l’état des lieux de la mise en œuvre des politiques de sécurité ; des perspectives et recommandations ? Comment veut-on qu’on accepte que ce soit vers la fin de l’année que la politique nationale sur la sécurité au Burkina soit écrite ? Bien sûr, c’est une politique qui va prendre en compte les évolutions majeures de l’heure sur le terrain. Mais si tant est que l’organisation d’un forum national sectoriel sur la sécurité intérieure figure bien dans le programme présidentiel, les choses n’auraient pas dû traîner tout ce temps.
Merci au ministre d’avoir insisté que la sécurité n’est pas l’apanage des militaires et des policiers. Le Faso étant menacé, tout le monde doit être mobilisé. Soit ! Mais peut-on savoir comment le choix des 500 participants au forum va-t-il s’opérer ? La question n’a véritablement pas eu de réponse. Question tactique à ne pas dévoiler ? Il y a lieu toutefois de considérer ces propos d’un forumiste de notre confrère L’Observateur Paalga : « Je parie qu’il y aura des terroristes à ce forum ! Comme disent les Latins : « Qui nescit dissimulare, nescit regnare ». Littéralement : Celui qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner. Les propositions et décisions qui seront évoquées tomberont sans doute dans les oreilles des terroristes. Il nous manque quelque chose de très précieux : la discrétion (…) » Il est admis qu’en matière de sécurité, le risque zéro n’existe pas. Que Dieu soit alors notre bouclier !

Par Basidou KINDA


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