Un mémorial pour Tom Sank, en attendant la justice

Publié le mardi 14 novembre 2017

Faut-il un mémorial pour Sankara, père de la révolution burkinabè ? La question n’emporte pas l’unanimité, mais il faut bien reconnaître que l’homme a marqué très fortement son temps. Nous sommes de ceux qui ont connu et même subi la révolution, la sienne. Pour autant cela n’a pas altéré notre jugement au point d’ignorer la dimension historique du projet que portait cet homme assez exceptionnel. Mis à l’index comme bien d’autres par les révolutionnaires de l’époque pour entrave à la marche radieuse de la révolution ou encore pour anarcho-syndicalisme, nous n’en avons pas moins suivi avec intérêt l’évolution politique et sociale de ce pays que nous rêvions tous de transformer qualitativement, en nous appuyant sur l’énergie révolutionnaire du peuple. Aucun peuple ne peut avancer sans utopie. Et les utopies nous en avions à revendre. Ce sont les tribuns qui rendent les utopies accessibles. Sankara était justement un tribun, un tribun populiste croyions-nous. Il avait certes la foi et l’énergie juvénile nécessaire pour bousculer même les montagnes, mais il était extrêmement pressé. Mais faut-il lui en vouloir d’être si pressé quand on en connait les raisons ? Et les raisons, c’est la pauvreté et la misère de son peuple. Ce sont les intérêts qui entravent l’essor économique de son pays et c’est enfin cette classe politique indolente plus portée sur ses privilèges que sur le sort du petit peuple. Et bien pour mettre fin à cela, il n’avait pas hésité à taper dans la fourmilière, à secouer le cocotier. Il fallait du courage pour oser le faire. Et beaucoup de Burkinabè y ont cru. Il y avait certes aussi beaucoup de folklore mais quelle révolution n’a-t-elle pas eu sa part de folklore ?
Avec l’expérience sankariste, le Burkina a vécu un moment historique exceptionnel. Ce petit pays d’Afrique de l’Ouest jadis ignoré, a fait soudainement irruption et de la plus belle manière sur la scène africaine et mondiale. Depuis lors le Burkina n’a cessé d’être objet de curiosité. Cet esprit d’oser lutter, brillamment illustré par Sankara est le même qui fut à l’œuvre lors des luttes consécutives aux événements de Sapouy où l’assassinat du journaliste Norbert Zongo a donné lieu à un formidable soulèvement de la jeunesse et du peuple.

« Il se trouve que le phénomène Sankara est davantage le fait de jeunes qui ne l’ont pas directement connu. Ils sont en quête de référentiels suffisamment forts pour nourrir leur révolte contre une société qui ne leur propose rien. Ils ont trouvé Sankara et ils ont raison. Entièrement ! »

Depuis ces événements, on peut dire que Blaise Compaoré et son pouvoir n’ont plus jamais connu de sommeil paisible. C’est aussi ce même élan qui a rythmé les luttes populaires, sous la bannière du CFOP et qui ont culminé pendant la dernière semaine d’octobre 2014. On connait la suite. Pour ne l‘avoir pas compris, des militaires aventuristes, alliés à des politiques nostalgiques, ont lamentablement échoué dans leur entreprise de restauration : le coup d’Etat foireux de septembre 2015. Le peuple burkinabè est donc entré définitivement dans l’histoire. Thomas Sankara est assurément un des moments forts de cette odyssée historique.
Les peuples ne se nourrissent pas seulement de pain et d’eau. Ils vivent aussi de symboles c’est-à-dire de culture. Les symboles sont constitutifs de cette sève nourricière qui maintient les hommes debout, les galvanise dans leurs initiatives de transformation de la vie. Autrement dit, on ne peut imaginer un peuple sans mémoire historique et donc sans symbole. Un peuple sans mémoire est un peuple faible, voué à la mort. Monuments, fresques historiques, musées constituent entre autres ces symboles indispensables à la vie. La vie humaine ne se limite pas à sa dimension grégaire. Il faut donc que nous arrêtions de nous étriper inutilement. Les sphères spirituelle (culturelle) et matérielle, constitutives de l’homme se tiennent intimement. Il est possible que nous n’ayons pas de recul historique suffisant pour apprécier les choses en toute objectivité. Il se trouve que le phénomène Sankara est davantage le fait de jeunes qui ne l’ont pas directement connu. Ils sont en quête de référentiels suffisamment forts pour nourrir leur révolte contre une société qui ne leur propose rien. Ils ont trouvé Sankara et ils ont raison. Entièrement !

Par Germain B. Nama


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