Réconciliation Nationale : Un même lit pour deux rêves

Publié le mardi 14 novembre 2017

Alors que le Haut conseil pour la réconciliation nationale (HCRN), institution chargée de conduire le processus, est en panne d’inspiration, des partis politiques en ont fait leur cheval de bataille et se bousculent au portillon de la réconciliation nationale. Ainsi, depuis plusieurs mois, le sujet occupe l’actualité nationale, sans éluder l’épineuse question de son mécanisme de mise en œuvre. Et contre toute attente, ce sont deux partis politiques, moins engagés sur la question que la Coder, qui produisent leur mémorandum à cet effet. Deux contributions qui apporteront certainement de l’eau au moulin du Cfop qui organise, à l’occasion du troisième anniversaire de l’insurrection, un colloque sur le thème : « construire le Burkina Faso post insurrectionnel : entre besoin de justice et impératif de réconciliation ».

Réconciliation nationale ! Le chemin pour y parvenir est encore long, difficile et parsemé d’embûches. Tant les contradictions entre ses acteurs sont grandes. Il y a ceux qui appellent cette réconciliation nationale de tous leurs vœux, et il y a ceux qui la désirent sans empressement en posant des balises. Et, il y a enfin ceux-là qui n’y voient même pas son importance et qui se demandent pourquoi se réconcilier, et avec qui le faire ? Le débat reste entier. Et c’est l’occasion de rappeler, à la mémoire collective, que l’insurrection des 30 et 31 Octobre 2014 n’a pas qu’engrangé de succès. Elle a aussi meurtri des cœurs et ravivé des rancœurs. En outre, la période de la transition a été peinte comme celle ayant légalisé l’exclusion, brouillé les différenciations entre le politique et le juridique, en créant un droit non arrimé au droit.
Une telle lecture des faits conduit à la conclusion selon laquelle le tissu social a pris un coup et l’unité nationale s’est effritée. D’où, la nécessité de colmater les brèches, afin de faire face à l’ennemi commun qui est la pauvreté et le terrorisme international. Du coup, la réconciliation nationale s’impose d’elle-même, et appelle à un double devoir d’inventaire et de mémoire. Pour ceux qui en doutent encore, elle va relever expressément deux défis, à savoir, « l’unité nationale et l’unité citoyenne du peuple », à en croire Dr Alain Dominique Zoubga, président du parti « L’autre Burkina/Psr ». Dans cette même perspective, El Hadj Amadou Dabo, président de l’Union nationale pour la démocratie et le développement, renchérit que ce qui est demandé de nos jours, ‘‘c’est en plus de la réconciliation interpersonnelle, la réconciliation des Burkinabè avec leur Etat et la réconciliation de la Nation avec elle-même’’. Le débat ainsi clairement campé, la controverse vient de la démarche à adopter pour atteindre les objectifs.

Contenu de la réconciliation nationale

La réconciliation nationale ne doit pas être circonscrite dans un passé récent. L’unanimité, pour ce qui est des deux mémorandums, à savoir celui de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (Undd) et celui de « L’autre Burkina/Psr », est faite autour de la période que cette unité nationale recherchée doit couvrir. Selon les présidents de ces deux formations politiques, la réconciliation nationale doit prendre en compte toute la période de l’histoire politique de notre pays. Et pour cause, dans leur document respectif, ils ont retracé l’histoire tumultueuse du pays depuis l’accession de notre pays à l’indépendance jusqu’à la transition d’après l’insurrection de 2014. Ils ont fait remarquer que tous les régimes qui se sont succédé à la tête du pays ont commis à des degrés divers des crimes économiques et des crimes de sang. Ils en ont conclu que pour une paix durable qui mettra le Burkina Faso à l’abri d’autres soubresauts, que toutes ces victimes soient intégrées au processus. C’est pourquoi, le président de « L’autre Burkina/psr », le Docteur Alain Dominique Zoubga, parle de devoir d’inventaire et de mémoire. Ce qu’il explique d’ailleurs dans son mémorandum, en ces termes : « (...) les politiques ont l’obligation de faire cet inventaire national, en fait l’inventaire de leur propre action, afin de se rendre compte de l’extrême gravité de leurs propres crimes envers le peuple. (…) et le devoir de mémoire envers toutes les victimes. »
Les mêmes idées sont véhiculées dans le document de l’Undd lorsque El Hadj Amadou écrit ceci : « (…) ce qui est en effet demandé de nos jours, c’est en plus de la réconciliation interpersonnelle, la réconciliation des Burkinabè avec leur Etat et enfin la réconciliation de la Nation avec elle-même, à travers notamment un travail mémoriel pour lui restituer son âme, redonner du lustre à ses valeurs et réparer les torts multiples causés à son histoire et aux hommes qui l’ont incarnés ». Et pour ces deux leaders de partis politiques, la réconciliation nationale passe par le pardon. Pour s’en convaincre, ils sont allés puiser dans nos valeurs traditionnelles, religieuses voire sociétales, pour montrer combien il est nécessaire de se pardonner pour espérer, non seulement, « nous réconcilier, adhérer à une même histoire revisitée, dépoussiérée, réhabilitée, mais aussi conjurer les rechutes et produire cette coexistence durable si nécessaire au développement et à la croissance durable » : foi du mémorandum de l’Undd.
Ainsi, il y est rappelé que dans la plupart des traditions et des religions, le pardon et la réconciliation constituent des poutres maîtresses, des principes et des modes de vie inspirés de Dieu. Des exemples d’ethnies et de religions et, ce, à travers les âges, ont été donnés pour soutenir l’idée du pardon comme socle de toute réconciliation. Aux yeux du président de « L’autre Burkina/Psr », « la réconciliation est l’acceptation du dialogue et des compromis. C’est en principe une démarche de rapprochement avec les adversaires les plus irréductibles ». Il se montre plus explicite en parlant du pardon véritable qui tient la faute pour non avenue. Néanmoins, dans sa quête de la réconciliation nationale, il avertit la classe politique nationale, page 11 de son mémorandum : « Nous devons nous démarquer de deux positions extrêmes à savoir celle qui considère qu’il suffit au Chef de l’Etat de signer le décret magique nous invitant à la réconciliation nationale et nous voilà réconciliés prêts à vivre dans la paix des cœurs et travailler ensemble ; mais il y a cette autre position qui exige d’abord et avant tout que les coupables paient leurs méfaits et forfaits avant que l’on ne parle de réconciliation ».
Puis, il enchaîne : « il y a des citoyens qui croient véritablement et peut-être naïvement qu’il faut une sorte de tabula rasa pour avancer vers la paix des braves. (...) ensuite, il y a ceux qui veulent profiter de l’occasion pour échapper à la justice (…) et il y a les autres qui sont animés d’un esprit revanchard ». Car, ‘’ la vengeance est un poison de l’esprit’’, croit savoir le président de l’Undd. Mais si le pardon a fait l’objet de l’unanimité, la notion de la justice par contre divise. Selon l’Undd, la priorité doit être accordée à la justice transitionnelle, car « la justice classique montre quelques fois des lacunes à régler au bénéfice de la cohésion sociale et nationale des problèmes nés de conflits graves ». Il dédouane son écrit en citant le cas de l’Afrique du Sud qui mettait l’accent sur la compassion, le repentir, la vérité, l’amnistie conditionnelle, la réparation et la réconciliation. Le nom était donc tout choisi : « commission vérité et réconciliation ». Ce qui a donné des résultats tangibles dont se sont inspirés beaucoup de pays. A la page 10 de son mémorandum, il a fait mention du Maroc qui a adopté « équité et réconciliation », de la Tunisie qui a choisi l’instance « vérité et dignité » et du Brésil qui a opté pour la « commission nationale de la vérité ». Il suggère de ce fait que le Burkina Faso puisse s’inspirer d’une de ces commissions, qui peut avoir pour objet de « traquer la vérité par des enquêtes, des auditions publiques ou à huis clos, rechercher la reconnaissance de leur responsabilité par les coupables et obtenir qu’ils demandent pardon. (…) cette repentance pouvant être une condition pour bénéficier de l’amnistie. »
Il précise que la commission a la personnalité juridique et peut donc, face à la volonté des victimes et selon la nature du crime, transférer des dossiers devant la justice, décider éventuellement de mesures d’amnistie. La commission se réserve aussi le droit de définir les conditions des nécessaires réparations pour les préjudices physiques et matériels.
Si l’on comprend bien, l’Undd renvoie à la réconciliation faite au lendemain du drame de Sapouy. A l’époque, Ram Ouedraogo était ministre d’Etat chargé de la réconciliation nationale. Une œuvre qui s’est traduite par la mise en place du collège des sages en 1999, la journée du pardon et les mesures de réparations et de réhabilitations des victimes couvrant la période des années 80/90. Ce qui n’a pas marché ici, c’est le refus du politique de respecter les engagements pris tout au long du processus. En tout cas, les deux leaders politiques soutiennent que lorsqu’on y ajoutera la crise dans l’armée, la justice, la fonction publique et le mal vivre de la jeunesse, on comprendra que le processus de réconciliation dans le contexte actuel doit avoir un visage nettement différent de celui du passé. C’est pourquoi à la lecture de leur mémorandum, les étapes suivantes sont nécessaires : travail d’explication et de sensibilisation, acte officiel du Faso traduisant son autorité politique, création et mise en place du conseil national d’initiative, proposition d’un document cadre d’orientation, organisation des assises pour la réconciliation nationale, implication citoyenne dans les engagements collectifs. Ils finissent tous deux par se mettre d’accord en suggérant que le Hcrun peut être l’organe pouvant conduire le processus de la réconciliation à condition de revoir sa composition et de lui faire de nouvelles orientations. Ce qui n’a pas empêché le parti « l’autre Burkina/Psr » de se démarquer un tant soit peu de l’Undd, en ce sens que son président a indiqué que ‘’ réconciliation nationale d’accord ! Justice aussi !’’. Dès lors que cette justice doit être « indépendante, efficace et transparente avec l’organisation de procès équitable ». Dans le contexte actuel, il propose la mise en place d’une commission : « Vérité, Pardon et Réconciliation ». Qu’en est-il alors de la justice ? Il répond : « Tout en étant complémentaire, l’action de la justice ne doit en aucun cas être entravée par le processus de réconciliation et le processus ne doit pas être strictement tributaire de l’avancée du traitement des dossiers pendant (prononcé du jugement), car, en définitive, les actes de remises de peines, de grâce et d’amnistie dans le cadre du pardon pour la réconciliation sont, quant au fond, des actes de justice, reconnus comme tels ».
Cette démarche avec son concept de justice n’est pas partagée par le Mpp, parti au pouvoir et le Président du Faso, qui estiment que « l’on ne peut pas enjamber les morts pour se réconcilier ». Le schéma proposé est donc « Vérité, Justice Réconciliation ». Comme quoi, tant qu’il n’y aura pas procès et condamnation des fautifs, point de réconciliation nationale. Cette typtologie fait aussi bonne recette chez l’Upc de Zéphirin Diabré. Les contradictions sont alors béantes entre les partis politiques et des personnalités qui prennent position pour un camp ou pour un autre. Peut-être que le colloque que se prépare à organiser le Cfop aidera à débrouiller cette épineuse question de justice comme socle de la réconciliation nationale.

Raphaël N. ASPAVATI

Les femmes de l’UNDD pour une justice réparatrice et non vengeresse

Les amazones de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Développement (UNDD) ont tenu une conférence de presse le vendredi 29 septembre dernier aux archives nationales. Au cœur des échanges, un appel à la réconciliation nationale.

La rencontre d’échanges menée par les femmes de l’UNDD visait à expliquer l’importance du mémorandum de leur parti au regard de la situation nationale actuelle. Selon Mariam Ouédraogo, présidente des femmes dudit parti, « le pays est confronté aux problèmes de terrorisme et on parle de réconciliation nationale mais c’est toujours les hommes qui en parlent, c’est pourquoi aujourd’hui nous avons invité les femmes pour qu’elles s’expriment aussi sur la situation nationale ». Au cours de l’activité, elles ont exhorté les fils et filles du Burkina Faso à une union sacrée. La période de l’insurrection étant passée, les femmes de l’UNDD estiment qu’il est temps pour les Burkinabè d’oublier les rancœurs et de joindre leurs efforts pour bâtir le pays. A cet effet, elles demandent aux autorités d’activer leurs obligations en pourvoyant à la sécurité des Burkinabè pour sortir le pays de ce cercle vicieux de la loi du Talion, œil pour œil et dent pour dent. « Nous proposons qu’on ait recours à la justice réparatrice plutôt qu’à la justice vengeresse. C’est-à-dire qu’il faut dédommager les parents des victimes pour apaiser les cœurs des familles » explique Mariam Ouédraogo.
Venu soutenir les femmes, Me Hermann Yaméogo, président de l’UNDD, a affirmé que la seule chose qui importe aujourd’hui au Burkina Faso c’est la réconciliation nationale. Pour lui, ceux qui gouvernent doivent se rendre compte que le pays traverse trop de conflits et de crises qu’il faut chercher à résorber pour aller de l’avant. « Lorsqu’il y a des crises, ce sont les femmes qui souffrent en premier ; donc il est bon qu’elles disent que ça suffit maintenant » déclare Me Yaméogo.
Le mémorandum rédigé par le parti a été communiqué à la Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (CODER) ainsi qu’au Chef de file de l’opposition (CFOP). La rencontre a ainsi été une occasion pour les participantes de s’approprier du contenu du document tout en apportant leur contribution.

Faridah Djamila DICKO (Stagiaire)


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