Quoi pour unir les Burkinabè ?

Publié le mardi 3 octobre 2017

Le débat sur la succession de Salif Diallo à l’Assemblée nationale nous donne l’occasion de revenir sur une question qui touche à l’unité de la Nation. Il semble qu’une règle non écrite voudrait que les premiers responsables des grandes institutions nationales soient choisis suivant une certaine géopolitique régionale. Salif Diallo étant originaire de la région du Nord, la géopolitique en question aurait voulu que son successeur soit choisi dans cette zone géographique. C’est à ce titre que les noms de personnalités comme Jacob Ouédraogo, Lassané Sawadogo, Bénéwendé Sankara, Mathieu Bébribda Ouédraogo étaient régulièrement cités comme de probables successeurs du président défunt. N’ayant pas épuisé son mandat, l’idée est qu’il faut permettre à un fils de la région de prendre le relais afin de terminer le mandat. Au nom de cette même géopolitique, d’autres revendiquaient pour l’Ouest la possibilité d’accéder au perchoir même s’il s’agit d’un mandat amputé, parce que sur la base des statistiques, le perchoir y a une plus grande vocation : Begnon Koné, Arsène Bongnessan, Maurice Mélégué, Soungalo Ouattara Appolinaire. Evidemment devant ce palmarès, les gens du Nord et d’ailleurs devraient pâlir de jalousie !
Sans doute dans l’esprit des hommes politiques, l’idée du partage régional du pouvoir par le biais des institutions est bien ancrée. Cependant si c’est une règle non écrite, on peut penser que l’alchimie n’est peut-être pas avouable parce qu’elle est politiquement inéquitable voire même inique. Non seulement cette géopolitique laisse d’importantes franges de la population sur le quai, mais pire, elle n’est ancrée ni sur des valeurs ni sur le mérite.

« Si le président Roch Marc Christian Kaboré n’a pas donné suite à ceux qui revendiquaient le perchoir pour le Nord, il n’est pas sûr en revanche qu’il n’ait pas sacrifié à d’autres considérations ethno-religieuses »

Des considérations voisines ont aussi cours au sein d’institutions comme la CENI, où le poste de président réservé dit-on à la société civile est l’objet d’une occupation tournante entre les composantes de la société civile que sont les OSC des droits humains, les communautés protestante, catholique et musulmane. En 2016, c’était au tour de la communauté musulmane. On a vu comment les différentes fractions se sont étripées sur la question.
Mais la vraie question se pose en ces termes. Sur quelles valeurs républicaines reposent ces considérations ? Doit-on laisser prospérer pareille considération dans un Etat laïc qui de surcroit proscrit dans sa constitution toute approche régionaliste ? La nation burkinabè en devenir peut-elle se consolider en s’inscrivant dans une démarche d’exclusion de certaines de ses composantes ? Une telle politique ne peut que favoriser les communautés nationales les plus influentes politiquement. C’est ainsi que naissent les frustrations, les conséquences dramatiques avec.
Si le président Roch Marc Christian Kaboré n’a pas donné suite à ceux qui revendiquaient le perchoir pour le Nord, il n’est pas sûr en revanche qu’il n’ait pas sacrifié à d’autres considérations ethno-religieuses. Dans ce cas, le fond demeure le même. Il s’agit alors de savoir comment sortir du cercle vicieux. Malheureusement il ne semble pas que nous allons vers une société plus ouverte. Il y a un énorme paradoxe entre le dynamisme de l’espace public citoyen et l’espace relativement fermé des élites politiques où le débat public est absent, où l’intrigue et le fait du prince ont plutôt droit de cité. Il parait que nous sommes dans une société démocratique et pourtant l’exemple fumant d’actualité c’est le choix verrouillé du président de l’Assemblée nationale. On n’a même pas fait semblant de procéder à une consultation même restreinte. Le sujet est tellement délicat qu’il ne peut être laissé en des mains peu initiées. Avec ça, le clanisme, l’ethnisme, le régionalisme ont encore de beaux jours au Faso, aussi longtemps que des boulevards resteront ouverts à des politiciens manipulateurs.

Par Germain B. Nama


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