Terrorisme dans la bande sahélo-saharienne : Vers un plan stratégique de résilience

Publié le mardi 3 octobre 2017

Les rideaux sont tombés sur le premier colloque international sur la sécurité, tenu du 5 au 7 septembre dernier à Ouagadougou. Près de 500 personnes d’Afrique et d’Europe ont répondu à l’invitation du Centre d’études stratégiques en défense et sécurité (CESDS), structure organisatrice. En trois jours de discussions, elles ont formulé de nombreuses recommandations. Celles-ci devront aboutir à une proposition de « stratégies efficientes intégrées » de lutte contre le terrorisme au Sahel ainsi que de solutions aux « insuffisances capacitaires » des systèmes de défense et de sécurité des Etats.

Contrairement à une opinion presque généralisée, la lutte contre le terrorisme n’est pas que militaire. Elle implique plutôt la prise en compte de diverses dimensions : militaire, politique, sociale, économique, diplomatique et intellectuelle.

« Le chômage, la corruption et la pauvreté, terreaux fertiles » du terrorisme

Au plan militaire, les participants ont recommandé la dotation des forces de défense et de sécurité (FDS) en moyens matériels et techniques adéquats de surveillances des territoires. Ils ont également plaidé pour le développement d’un plan de vigilance, de prévention, de protection et d’intervention. A cela s’est ajoutée la nécessité de renforcer les capacités organisationnelles et opérationnelles des FDS ainsi que les compétences des agents de renseignement. S’agissant du volet politique, l’importance d’apporter des réponses efficaces aux problèmes de gouvernances et de mutations socioéconomiques a été relevée. Cela consiste à consolider les institutions républicaines.
Au plan social, il a été recommandé de lutter contre le chômage et la pauvreté par la création d’emplois. John Jerry Rawlings, ancien président du Ghana, qui a co-parrainé l’événement avec son homologue d’Afrique du Sud, Thabo M’beki, déclarait d’ailleurs lors de la cérémonie d’ouverture : « Le chômage, la corruption et la pauvreté sont les terreaux fertiles » du terrorisme. Et un des participants de préciser que c’est parce que ces phénomènes créent des fragilités dans la gestion des Etats. Il a été également question de mettre en place des mécanismes d’alerte au terrorisme à l’échelle nationale, une veille citoyenne forte et un réseau d’information et de partage de bonnes pratiques sur la sécurité. Une autre recommandation porte sur le renforcement de la participation communautaire à la lutte anti terroriste. En plus, les participants ont recommandé une gestion efficace des ressources humaines déployées dans les zones hostiles et la mise en œuvre de politiques de développement qui répondent aux besoins d’investissement des populations vivant dans ces zones. Ils n’ont omis de souligner la nécessité de former les leaders musulmans, les éducateurs et enseignants, en associant aux enseignements dispensés dans les écoles coraniques une formation professionnelle puis d’interdire la mendicité.
Par rapport à la dimension économique, la proposition faite est de trouver les voies et moyens pour doter les Etats en ressources financières. L’objectif étant de leur permettre de disposer d’un équipement conséquent. A ce propos, le Directeur exécutif du CESDS, le colonel Auguste Denise Barry a déclaré dans son discours d’ouverture : « Nous pensons qu’il faudrait envisager la mise en place d’un « Plan Marshall » ou d’un programme spécial pour permettre aux Etats de s’équiper de façon appropriée afin de pouvoir faire face au défi sécuritaire ».

S’inspirer de l’exemple algérien

Relativement au volet diplomatique, recommandation a été faite au pays du G5 Sahel de renforcer leur coopération avec l’Algérie. Le pays d’Abdelaziz Bouteflika est devenu une référence internationale en raison de son approche pragmatique de déradicalisation. En effet, depuis 1999, date d’arrivée au pouvoir du président Bouteflika, il a mené une politique de concorde civile et surtout de réconciliation nationale, grâce à une forte implication de l’armée nationale populaire, des différents services de sécurité et des citoyens. D’une part, cette politique a contribué à réhabiliter l’islam traditionnel et à lutter contre la radicalisation. D’autres parts, elle a permis de dépolitiser et de ‘’désidéoliger” la mosquée en faisant comprendre son rôle cultuel et culturel. La coopération civilo-militaire dans les différents Etats a été également encouragée.

Une équation majeure

Le terrorisme ne peut pas être réglé uniquement dans le cadre d’une lutte armée, a déclaré le Directeur exécutif du CESDS. De son avis, il faut travailler également dans le cadre de la prévention pour faire en sorte que toutes les questions socioéconomiques de développement soient résolues. « Criminalité transnationale dans la bande sahélo-saharienne : état des lieux et perspectives ». « Expérience du Maroc dans la lutte contre la criminalité transnationale » ; « Bilan et perspectives de la lutte contre les trafics illicites au Burkina en relation avec la bande sahélo-saharienne »« Lutte contre le terrorisme au Burkina : l’apport de la géographie ». « Le terrorisme sous le prisme de l’anthropologie sociale et de l’éthique ». « La question des frontières dans l’espace sahélo-saharien : des conflits étatiques à l’extrémisme violent ». « Les manifestations actuelles du terrorisme dans la bande sahélo-saharienne : idéologies, orientations et modus operandi des groupes criminels » « Forces et faiblesses des systèmes sécuritaires étatiques dans la bande sahélo-saharienne ; Bilan, perspectives : cas du G5 Sahel ». Ce sont autant de sous-thèmes qui ont donc permis la formulation des différentes recommandations. Ils ont été développés autour du thème principal, à savoir « Perspectives sécuritaires dans la bande sahélo-saharienne : Quelles stratégies efficientes et transformationnelles ? ». Ce premier colloque international s’est tenu dans un contexte où les attaques terroristes se multiplient et s’accroissent dans plusieurs pays dont le Burkina Faso. Il a connu la participation des Etats membres du G5 Sahel, de chefs militaires et paramilitaires, d’autorités politiques, diplomatiques, de leaders religieux, d’organisations de la société civile et d’universitaires. Selon le Directeur exécutif du CESDS, la question de défense et de sécurité n’est plus exclusivement étatique. Une « cohabitation est possible et même souhaitable avec le privé », a-t-il précisé. Quant à la lutte, elle doit intégrer une approche endogène, a-t-il déclaré.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Terrorisme : Le Burkina, victime à un double niveau

Le Burkina est aujourd’hui sous les feux des terroristes pour deux raisons. La première est « l’erreur stratégique de l’attaque de la Libye ». La seconde s’explique par « des vulnérabilités qui sont exploitées par ceux-là qui ont besoin de situations de ce genre pour s’épanouir ». Ainsi analysait le colonel Auguste Denise Barry, invité sur le plateau de 20h de la télévision nationale du Burkina le 4 septembre 2017. Selon lui, le terrorisme est une criminalité qui se développe et se consolide là où il y a des faiblesses. Poursuivant son analyse, il a fait savoir que la délocalisation du centre de gravité un peu plus vers le sud s’expliquerait par les rapports de force sur le terrain. Il détaille : si le point de gravité rencontre une opposition dans sa progression, il migre vers les zones vulnérables. D’après lui, tous les pays son exposés à l’hydre terroriste. Cependant, la différence réside dans la capacité de chaque Etat à trouver les voies et moyens pour faire face à la menace. Toutefois, il regrette : « Dans nos Etats, cette résilience tarde à être trouvée ». Or, précise-t-il, « on ne peut pas aujourd’hui, tête baissée, lutter contre le terrorisme. Ce serait véritablement aller au mouroir ».

@gastonbonheur


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