« Moi faiseur de roi ! » : Oumar Yugo, président de la Fédération burkinabè de karaté

Publié le mercredi 13 septembre 2017

Oumar Yugo a réussi par les premiers résultats à taire toutes les critiques. Il vient de prouver qu’il est l’homme de la situation.
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On disait de lui qu’il est le problème mais aussi la solution du karaté. Oumar Yugo puisque c’est de lui qu’on parle est en train de surprendre tout le monde agréablement. A peine élu, le karaté va mieux. Ce karatéka 6e dan, veut faire du Burkina un carrefour du karaté africain. En dépit d’une élection contestée, il est en train d’incarner la renaissance du karaté national. Championnat retransmis en direct à la télé devant un parterre d’invités de marque, le karaté version Oumar Yugo a fait une démonstration de force. C’était un défi, une revanche !

En toute humilité, il n’y a aucune défiance. C’est l’aboutissement d’un travail que j’ai commencé à faire depuis la présidence de Yaméogo Souleymane. Aujourd’hui porté aux affaires de la fédération, j’ai mobilisé des personnalités dans l’environnement que je connais le mieux pour venir en soutien à une discipline qui en a grand besoin. En deuxième objectif, ce rassemblement est un message d’union à la famille du karaté. Il n’y a ni règlement de compte, ni démonstration de force. La joie était manifeste au sein de la famille. Le public a massivement répondu à l’appel et a suivi les jouxtes du début jusqu’à la fin. Le milieu de l’économie est le mien. Donc l’accompagnement s’est fait de façon naturelle. Mais aussi je me suis dit il fallait mettre à profit cette occasion pour faire découvrir la discipline à des hommes et femmes qui ont la décision. Nous sommes un parent pauvre du sport. Et nous venons d’être élu discipline olympique. Si nous voulons réussir les prochains jeux olympiques ce qui est notre ambition, il y a lieu d’avoir un accompagnement des acteurs de l’économie du pays. La retransmission en direct à la télévision de notre championnat est une volonté de servir le spectacle du karaté aux absents afin que le tocsin du rassemblement soit sonné.

A peine élu, vous aviez réussi le pari d’envoyer la plus forte délégation (46 personnes) à Cotonou pour prendre part à la compétition de TIKA zone 3. Mieux, malgré une longue absence à ce niveau de compétition le Burkina a fait tabac. Quel est le secret ?
Nous avons cru en nous. Au Burkina, le karaté a besoin de s’organiser et les résultats vont tomber. Notre sortie sur Cotonou a permis au Burkina de se positionner en matière de leadership. Malgré une arrivée tardive, ma personne a été acceptée par mes pairs pour être conseiller en stratégie, communication et marketing de l’Union de fédération africaine de karaté (UFAK). Le Burkina en concurrence avec le grand Nigéria est parvenu a arracher l’organisation du TIKAZ de la zone en 2018 ! Nous avons pu former des arbitres et des coach et remporter 27 médailles (8 en or, 8 en argent et 11 en bronze).

Après avoir vu une efficacité et une capacité, on a envie de vous demander mais où étiez-vous depuis et le karaté se mourait de la sorte ?
Notre art martial requiert de beaucoup d’humilité. Je suis parti en France en 1983 un an après j’ai créé mon club. J’ai rencontré de grands experts au monde. Dès mon retour en 98, j’avais le bagage nécessaire pour agir au plus haut sommet de la discipline. Mais je suis toujours abstenu car ayant des aînés. Ces aînés, à l’image de maitre Souleymane Yaméogo avaient la légitimité de diriger. Vous ne pouvez pas venir dans une discipline et vous imposer immédiatement parce que vous avez des connaissances et des références. Il fallait prendre le temps de s’asseoir, connaître le milieu. C’est en cela que je me suis contenté de second rôle. En plus, je devais installer mon activité professionnelle qui était trop prenante. Et c’est pour toutes ces raisons que je n’ai pas créé non plus de club au Burkina. Mais aujourd’hui, c’est une nécessité absolue. Car à la veille de mes 60 ans, j’ai pour objectif d’avoir un dozo et ainsi laisser quelque chose pour la postérité. Enfin, il faut dire que l’unanimité s’est faite sur la personne cette fois-ci. Et je pense que le temps était venu. Car il y a un temps pour tout. Quand le temps de Dieu arrive on n’y peut rien.

Sans jouer les premiers rôles on vous accuse d’être dans l’ombre et de faire et défaire les fédérations. Qu’en dites-vous ?
C’est probablement vrai. Quand vous aviez cette chance ces 15 dernières années d’avoir signé les grades de tous, quand ces dernières années, vous avez, dans le rôle de directeur technique national, organisé la passation de grade, d’avoir initié les passeports sportifs, les licences, vous avez une certaine reconnaissance. Les arts martiaux, c’est comme l’armée. J’en étais le chef d’Etat-major général. Quand vous apprenez à tirer à un régiment, jamais ce régiment n’ouvrira le feu sur votre caserne. On me considérait comme le faiseur de roi, mais dans le fond ce sont des choses qui s’imposaient à moi. Je ne tire pas sur des ficelles dans l’ombre. Quand Stanislas Thiaoun, du temps où il était président de la fédé vient me voir pour dire qu’il a un problème avec maitre Galbané ou quand ce dernier me voit pour que j’intervienne pour que la fédé valide son grade et que je règle ce problème, j’acquiers une notoriété. J’ai tenté de rassembler, et de laisser le meilleur d’entre nous diriger la structure. Moi j’étais un conseiller avisé mais il faut reconnaître que le dernier mot, quand il s’agit de choisir un président revenait à l’assemblée générale. Pas dans la rue, ni dans les palais de justice encore moins dans la presse.

Le karaté fonctionne comme l’armée où la discipline est de mise. Mais comment avec une telle qualité, le désordre se soit installé au sein de cette discipline sportive ?
Le Burkina post insurrectionnel est en quête de nouveaux repères. On est dans un pays où des gens pensent qu’ils peuvent organiser des OSC dans leur famille pour chasser leur papa ! On doit faire attention. En plus, on ne recule devant rien. Dans notre cas, il y a eu une base erronée. J’ai connu 6 ministres des sports. Je pense qu’ils ne peuvent pas tous se tromper sur mon sort. Jamais je n’ai été en désaccord avec un d’entre eux. La gendarmerie a été sollicitée pour nous aider à rendre potable notre fichier. Elle ne peut pas être de connivence avec moi. Des individus contestent un travail fait par un comité de transition, le ministère des sports, le CNOSB, la gendarmerie. C’est très symptomatique. Et quand les urnes ont parlé, ces personnes n’ont pas renoncé à leur volonté de dire non. Or en démocratie, il n’y a pas d’autres outils pour départager les hommes que la loi et les urnes. Les valeurs qui font le fondement de cet art martial sont flouées par certaines personnes à dessein. J’en appelle à tous de revenir sur les fondamentaux du karaté.

Maitre Silga, un des acteurs majeurs du camp d’en face est venu aux championnats. Vous l’aviez érigé ambassadeur de la paix. Est-ce là le début de la réconciliation ?
Je salue la démarche de maitre Silga. C’est l’un des plus anciens en âge de la famille. Et il a fait preuve de sagesse. Sa présence à nos côtés le grandit. Dans mon approche, je voulais rendre hommage au président sortant, maitres Sawadogo. Mais à son absence, maitre Silga était l’homme le mieux indiqué pour être chargé d’ambassadeur de la paix. Je voudrai que son acte puisse faire tâche d’huile car ce qui nous réunit est plus fort que ce qui nous sépare.

Certains clubs ont boudé le championnat. La Fédération a-t-elle fait de l’exclusion ?
Tous les clubs ont reçu l’avis de compétition. Certains même ont chassé le président de la Ligue qui était porteur des messages. Pour nous, un fichier électoral est une chose, mais la liste des clubs en compétition est une autre. Pour plusieurs raisons un club peut ne pas être présent à une élection, mais ces sportifs ont droit à la compétition. Tout club en désaccord avec ma personne est libre de demander sa filiation ou de s’engager à une compétition organisée par la fédération. La fédé n’est pas une propriété de Oumar Yugo, ni de Soumaïla Ouédraogo ou de Sanou. Ces clubs même peuvent intégrer les commissions que j’ambitionne créés. Personnellement j’ai un bras de 2 mètres tendu vers eux.

J J TRAORE


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