Zoom sur quelques victimes de l’attaque du 13 août

Publié le mercredi 13 septembre 2017

Ismael Tapsoba
Ismael Tapsoba est âgé de 15 ans. Il est le troisième enfant de la famille Tapsoba. Premier garçon de la famille, il vient après deux grandes sœurs. Elève, Ismaël passait en classe de 5e. Dans sa famille comme dans le quartier, Ismaël est connu comme un enfant exemplaire. Malgré son jeune âge, il pratiquait les rites de la religion islamique. Ismaël est connu pour ses qualités humaines. Il est respectueux envers ses parents, ses voisins du quartier. Il était courtois et avait rarement des prises de bec avec ses compagnons. Il avait pour hobby le football et aimait jouer avec ses amis à côté du Musée national. C’est en tenant compagnie à son cadet qui avait choisi de célébrer son anniversaire au restaurent Aziz Istanboul qu’il est tombé sous les balles assassines des bourreaux.

Madame Tapsoba né Nana Victoria
Elle travaillait à la pharmacie Lamizana. Malgré ses occupations, madame Tapsoba était une épouse exemplaire. Elle respecte tout le monde dans la famille. Madame Tapsoba était toujours là quand survenait un évènement heureux comme douloureux dans la grande famille, nonobstant son travail qui l’occupait. C’était une dame affable et gentille. Elle aimait se mettre au service des autres. C’est dans cette logique qu’elle a accompagné les enfants à aller fêter leur anniversaire au restaurant Istanbul. Son bébé venait de fêter le sien juste une semaine avant les attaques. Ce bébé perd sa mère à un an une semaine. Son décès ouvre un grand vide pour la famille.

Lire aussi : Attaque du 13 août : 225 cartouches fatales

Le MDL Yassia Sawadogo est tombé au front, les armes à la main
Sa vie sur terre n’aura duré que 30 ans environ. Sa carrière professionnelle, 7 ans à peu près. Mais ses frères d’armes et l’opinion publique gardent de lui l’image d’un sous-officier aux qualités exceptionnelles.
Le MDL Yassia s’est illustré positivement pendant l’opération anti terroriste. « Il a d’abord bravé les balles des terroristes pour sauver une fillette de 3 ans. Ensuite, tout en galvanisant ses camarades, il se mettait devant eux pour les inciter à faire face aux terroristes ». Ainsi témoignait son chef d’unité, le Commandant Evrad Somda qui lui rendait hommage quelques temps avant son inhumation le 21 août passé. A cette même occasion, il a confié que, « c’est en essayant tout seul d’aller neutraliser un terroriste » que son élément a été atteint d’une balle. Immédiatement admis en soins intensifs à l’hôpital national Blaise Compaoré, il a subi plusieurs interventions chirurgicales. Cependant, cela n’a pas permis de mettre sa vie hors de danger. Face à la gravité de son état, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, décide de l’évacuer. Mais au pied de l’avion médicalisé venu de Tunisie le 18 août, les médecins spécialistes jugent son état suffisamment grave et nécessitant d’être stabilisé avant toute évacuation. Ramené à l’hôpital, le sous-officier décédera le lendemain aux environs de 6h du matin alors qu’il était proposable au grade de MDL chef pour le 1er janvier 2018.
Né le 12 novembre 1987 à Bobo-Dioulasso, Yassia Sawadogo est entré dans les Forces armées nationales en novembre 2010. En février 2013, il intègre l’USIGN, une unité dans laquelle il était déterminé à servir, suite à un test de recrutement. Test qu’il ira d’ailleurs passer à Koudougou car n’ayant pas pu prendre part à l’étape de sélection de Ouagadougou. « En son temps, il me confia ceci : mon capitaine, ma place est dans cette unité », a témoigné le commandant Evrad Somda.

Isidore Zongo : Le Burkina perd un de ses humanitaires
De l’église Béthel Sansan de Tampouy au cimetière municipal de Gounghin, l’émotion est vive et l’atmosphère lourde cet après-midi du jeudi 17 août 2017. Difficile pour la famille et les collaborateurs de Isidore Zongo de retenir les larmes. « Un homme qui est mort prématurément alors qu’il avait beaucoup à donner à son pays et au monde. Nous nous efforçons d’accepter ton départ ». C’est en ces termes qu’un des collaborateurs du directeur pays du projet allemand, avec une voix nouée par l’émotion, a professé la grande perte que le Burkina Faso vient d’enregistrer lors de l’attaque d’Aziz Istanbul. « Ceci est une grande perte pour Welthungerhilfe. Tous nos employés sont choqués qu’un tel employé dévoué soit victime de cette violence insensée et brutale dans le monde entier », a déclaré Bärbel Dieckmann, Président de la Welthungerhilfe. Pour ce dernier, Isidore Zongo avait des idées concrètes sur la façon dont les conditions de vie peuvent être améliorées de façon durable dans son pays. Pour cela, il a travaillé avec toutes ses forces. Et le représentant de la Welthungerhilfe de témoigner sur ses échanges avec l’homme le vendredi 11 août passé : « Nous avons longuement discuté de l’avenir du projet et il envisageait prendre un congé pour se reposer. Mais là, Dieu a décidé autrement en lui donnant le repos éternel. Son départ cruel est une grande perte pour son pays et le monde mais aussi, c’est le début d’une nouvelle vie dans un autre monde ». Selon ce dernier, le défunt était un homme très engagé et dynamique qui avait pour objectif de lutter contre la faim dans les zones rurales du Burkina Faso. « A travers les nombreux projets mis en œuvre sous sa direction, nous avons contribué ensemble à lutter contre la faim dans des zones rurales du pays. Sous sa directive, on s’est fixé comme objectif d’atteindre zéro faim dans nos zones d’intervention », a renchérit le représentant de la Welthungerhilfe. Economiste de la faune indigène, Isidore Zongo a été arraché à l’affection des siens alors qu’il n’était âgé que de 55 ans. Il a travaillé pour Welthungerhilfe depuis 2011 en tant qu’expert climatique et était le directeur pays de l’ONG depuis 2016.

Napon Mariétou née Sangaré
Sa disponibilité était légendaire selon ses collègues. Une personne toujours disponible à faire du bien aux autres. Beaucoup de qualificatifs pour la définir : l’amour du prochain, la gentillesse, toujours souriante. Elle a toujours incarné la douceur. Une très bonne collaboratrice selon le délégué général du CNRST, docteur Roger Nébié. Elle était toujours dévouée et s’est battue pour l’intérêt du centre malgré des moyens dérisoires. Mme Napon débute au CNRST en 2002 comme contractuelle avec une maîtrise en sociologie obtenue à l’Université de Ouagadougou. Elle fait plus tard un Master en Ressources humaines. Très sérieuse dans tout ce qu’elle fait, elle monte rapidement en galon. De 2002 à 2012 elle est chef de service de développement des ressources humaines à l’INESS. Dès 2012 , Mme Napon est confirmée au poste de Gestionnaire des ressources humaines du CNRST jusqu’à son décès brutal. Avec de bonnes qualités humaines, elle s’active pour qu’il y’ait un plan de carrière pour les permanents (contractuels) du CNRST. Une prouesse que salue Docteur Nébié qui voit donc en son décès « une très grande perte pour le Centre. » Elle s’est également battue pour l’organisation des concours professionnels pour les agents du CNRST. Le dernier geste dont se rappelle docteur Nébié est l’acquisition d’un manuel de gestion du personnel du Centre assorti d’un logiciel de gestion. Un dossier mené et abouti avec le soutien de la Banque africaine de développement (BAD) en 2016. « C’est très difficile à avaler » dit docteur Nébié.
Mme Barry, chef de service social et collaboratrice, a du mal à retenir ses larmes. De belles histoires vécues ensemble, elle n’en oublie pas. Grâces à l’appui de Mme Napon elle a pu se former après l’obtention de son Bac au de-là de la quarantaine. « Elle a convaincu la hiérarchie de me laisser suivre ma formation, que dans tous les cas c’est le centre qui gagne. » Cela m’a beaucoup marqué témoigne-t-elle. Malgré son programme chargé, dame Napon était toujours des événements heureux ou malheureux. Elle partageait également son repas avec ses collaborateurs. « On mangeait en communauté » dit Mme Barry. Une bonne supérieure très coopérative dit-on. Alors « si la mort devrait demander avant de prendre les gens, ce ne sera jamais Mme Napon » déclare Mariam Kinda, protocole du DG. Son abnégation au travail est reconnue en 2014 par l’Assemblée générale du CNRST. Elle est faite chevalier de l’ordre des Palmes académiques.
Mariétou Napon était mère de deux enfants : un garçon qui a obtenu son Bac l’année dernière et une fille qui doit faire la classe de 4e. Le 13 août, jour fatidique, la famille a décidé de manger au restaurant. Ils se sont alors retrouvés à Istanbul. Aux environs de 21h, tout se gâte. Des coups de fusils sifflent. Une balle transperce un client et vient terminer sa course sur Mme Napon. Transportée à l’Hôpital Yalgado Ouédraogo, elle succombe à ses blessures. Elle avait 47 ans.

Amama Rachid
Elle est nigériane de par sa nationalité. Mais le Burkina reste sa terre natale. Le 15 mars 1998 naissait, en effet, Amama Rachid à Ouagadougou à la maternité Yennenga. Son père, Jibril Rachid vit au Burkina depuis 1984. Amama était une fille pleine de vie selon les témoignages. Elle a étudié au lycée Bright School international à Ouagadougou d’où elle a obtenu son BEPC en 2011. Après, elle rejoint sa maman au marché pour l’aider dans son commerce. Elle voulait d’ailleurs rénover ce secteur. « Son ambition était de moderniser le commerce de sa maman » confie-t-on. De ce fait, Amama avait tout monopolisé des mains de sa mère qui pouvait même passer plusieurs mois sans y faire un tour.
Amama Rachid était la cadette d’une fratrie de 4 enfants dont deux filles et deux garçons. Le dimanche 13 août, elle pouvait peut-être s’attendre à tout mais pas le sort qui lui est arrivé. Le 25 novembre prochain, elle devait se marier. Le matin du drame, elle disait à sa mère qu’elle veut un mariage grandiose. Le soir, elle se retrouve au bar à l’occasion de l’anniversaire de la grande sœur de sa meilleure amie. Si cette dernière s’en est sortie indemne, sa sœur, elle, est blessée. Amama, elle, n’a pas survécu. Ce jour fatidique, elle et son papa se sont adressé la parole pas plus de 15 secondes, confie ce dernier. Elle est rentrée à la maison aux environs de 20h ce jour-là. Sa moto était mal garée. « Pourquoi tu aimes garer ta moto sur la route ? Il faut l’arranger » dit le papa avant de continuer son chemin pour la mosquée. Il était loin de s’imaginer que c’était la dernière fois qu’il parlait à sa fille.
Amama était une fille joyeuse. C’était également une personne qui aimait partager. Selon son papa, elle n’hésitait pas une seconde à lui venir en aide. Quand elle le voit dans une certaine position elle imagine que quelque chose ne va pas. A sa manière, elle amène le papa à se confier. Si elle peut intervenir, elle le fait. « Des gestes qui vont beaucoup me manquer » confie Jibril. Amama a été portée en terre le jeudi 17 août à 12h au cimetière de Songdogo.

La rédaction


Commenter l'article (0)