Décès de Salifou Diallo : Un hommage national à la taille de l’homme

Publié le mercredi 13 septembre 2017

C’est le Palais des Sports de Ouaga 2000 qui a accueilli la cérémonie d’hommage ce jeudi 24 août 2017 à partir de 11h. Le Burkina Faso dans sa diversité était présent : autorités politiques (de tous bords,) coutumières, religieuses, militaires et paramilitaires, société civile, syndicats, chefs de missions diplomatiques. A leurs côtés, plusieurs délégations sous régionales et internationales.

C’est dans un palais des sports aux couleurs nationales, orné de posters géants de l’illustre disparu. Des photos prises à diverses occasions de la vie politique de l’homme. « Salifou Diallo, nous ne t’oublierons jamais », entend-on par-ci et par-là dans la salle. Sortis nombreux pour ce dernier acte des obsèques de Ouagadougou, parents, amis, camarades politiques ont par leur mobilisation voulu rendre un vibrant hommage à Gorba, un homme « pétri de courage ». C’est une cérémonie en trois étapes : recueillements des corps constitués, discours d’hommage des délégations (nationales et sous-régionales) et décoration à titre posthume.
Aux premières heures, le palais clairsemé au départ s’est au fur et à mesure rempli. Prévue pour 11h00, l’arrivée de la dépouille mortelle a finalement eu lieu à 11h10mn. Dans un silence absolu. Sa biographie expresse est présentée à l’assistance. Puis débute la cérémonie de recueillement. A partir de 11h30mn. Les autorités s’inclinent tour à tour sur le cercueil contenant la dépouille du désormais ex-président de l’Assemblée nationale, placée sur un catafalque au centre de la plateforme, à quelques pas de la place aménagée pour sa famille. Du Premier ministre Paul Kaba Thiéba et son gouvernement aux organisations nationales et internationales, tous ont présenté des condoléances à la veuve Chantal Diallo, à ses enfants, à sa mère ainsi qu’à toute sa famille et à la nation burkinabè. Dans ce défilé de recueillement, on a aperçu les anciens Premiers ministres, Paramanga Ernest Yonli, Tertius Zongo et Luc Adolph Tiao. On peut citer également une forte délégation sous-régionnale avec Dadis Camara, Emmanuel Boulou (au nom de l’international Socialiste). Vers la tribune des officiels, se trouvaient le Chef de file de l’opposition politique, Zéphirin Diabré, le président par intérim du CDP, Achille Tapsoba et bien d’autres personnalités. Dans l’ensemble, toutes les forces vives de la nation ont été représentées. A partir de 13h15mn, ce fut l’arrivée du Président du Faso Roch Marc Christian Kaboré, le Président de le république du Niger, Mahamadou Youssoufou, et le président de la République de Guinée-Conakry, président en exercice de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), Alpha Condé.

Lire aussi : Gorba le turbo a cessé de tourner !

Le Dr Salifou Diallo fut présenté dans l’ensemble des discours comme un « fin stratège, un visionnaire pour le Burkina et pour l’Afrique en général, un infatigable ». Le président de la République du Niger, représentant ici les chefs d’Etats de la sous-région n’a pas tari d’éloges à l’égard de cet homme politique remarquable. « C’est un fin politique dont l’engagement dépasse les frontières du Burkina ». Ainsi, sa disparition est plus qu’une perte. C’est un désastre, a-t-il dit. Pour Zéphirin Diabré, c’est un homme de conviction dont les opinions manqueront au débat politique. « Malgré nos divergences politiques, nous partageons les mêmes valeurs démocratiques » a-t- il ajouté. Parmi ses réalisations, Maitre Bénéwendé Sankara a précisé qu’en vingt mois, vingt lois ont été votées par l’Assemblée, et il y a une avancée dans les travaux. « Le défi que nous avons à relever maintenant, c’est d’achever ce qu’il a commencé », a ajouté le Président du Faso dans son allocution. Il a été de tous les combats, il n’a pas vécu pour rien. C’est sur ces mots, tout en présentant ses condoléances à la famille Diallo, que le président du Faso a conclut son allocution. Enfin pour terminer, le Dr. Salifou Diallo a été élevé à titre posthume au grade de Grande Croix de l’ordre national, avant de recevoir les recueillements des trois présidents présents à cette cérémonie.

Mariam SAGNON
(Stagiaire)

Du Triumvirat à la Dyarchie

C’est ce 25 Août 2017 que Salifou Diallo sera porté en terre dans sa région natale du Yatenga. Que peut-on dire ou écrire sur le défunt président de l’Assemblée nationale qui n’ait pas encore été dit ou écrit cette semaine ? Tout, ou presque tout a été dit et écrit sauf les secrets d’Etat qu’il emporte dans sa tombe. Réincarnation de Machiavel en Afrique ou animal politique avec une grande capacité d’analyse et d’anticipation pour les uns, véritable bourreau de travail soucieux du développement de son pays pour les autres, tout le monde y est allé de son inspiration et de ses connaissances de l’homme. C’est vrai, Salifou Diallo ne laissait personne indifférent, tant il aura marqué le paysage politique du Burkina Faso de ces trente dernières années. Quand nous quittions les slogans enflammés de la Haute Volta révolutionnaire en ce mois d’octobre 1983 pour des études à Dakar au Sénégal, nous ignorions presque tout du mouvement étudiant. Mais nous ne tarderons pas à nous rendre compte de sa vitalité. Dès l’Aéroport, il y avait deux comités d’accueil constitués d’étudiants voltaïques pour accueillir les nouveaux venus. C’est ainsi que nous sommes reçus par des responsables de l’Association des scolaires voltaïques de Dakar, section Sénégalaise de l’UGEV et d’autres par sa section rivale. L’antagonisme des deux comités d’accueil était flagrant. Hébergé chez Sidibé Mamadou Dori étudiant en médecine vétérinaire, c’est chez lui que nous avions rencontré Salifou Diallo pour la première fois.
Après la présentation d’usage, nous avions échangé une bonne partie de la nuit sur les évènements en cours en Haute Volta. Mes interlocuteurs parlaient des écrits et des actions de Karl Marx, Lénine, Staline, Trotsky, Bakounine, Boukarine…, des contradictions principales et secondaires, de la lutte des classes. Pour eux, l’accession du CNR au pouvoir le 4 août 1983 n’était pas une révolution, mais tout simplement un coup d’Etat de la petite bourgeoisie militaire galonnée et ses complices. Je me rendis immédiatement compte de ma grande inculture politique car les arguments qu’ils avançaient étaient percutants et pertinents. Et Salifou Diallo, comme tant d’autres, se distinguait par la force de ses arguments. Je dus abandonner ma passion des romans policiers et de la littérature à l’eau de rose pour des lectures plus sérieuses et militantes afin d’être au diapason de leurs fréquents débats sur le campus. Renvoyé pour subversion et « anarcho-syndicalisme » de l’Université de Ouagadougou où il étudiait le cinéma et le journalisme, Salifou Dallo était inscrit en droit à l’Université de Dakar. Il était non boursier. C’est la solidarité du mouvement syndical estudiantin qui lui permit et à bien d’autres qui étaient dans la même situation, de terminer leurs études et d’obtenir leurs diplômes. Avec l’arrivée du CNR au pouvoir en 1983, il fut question de créer partout des CDR. Ce fut le cas, mais non sans difficultés à l’Université de Dakar.
Bongnessan Arsène Yé, Paré Emile et Ibrahim Sanogo, chargés de la mise en place de cette structure rencontrèrent une vive opposition de l’association rivale emmenée par Koudaogo Ouédraogo, Francis Bougaïré, Salifou Diallo, Mamadou Sidibé Dori, Hyacinthe Kambiré, François Toé et tant d’autres encore. L’atmosphère était électrique entre les deux associations. A un moment de leur rivalité, ils ne s’adressaient plus la parole. Ils en vinrent même à ce qu’ils ont appelé à la démarcation physique. La même rivalité entre ces deux associations était également constatée sur les campus du Burkina, de la France et de l’Union soviétique. À la fin de ses études, Salifou Diallo revint au pays et se mit au service de la révolution dans le cabinet de Blaise Compaoré à la grande colère de ses anciens camarades. Mais tous reconnaissent qu’il fut un grand homme politique.
Considéré comme l’homme lige de Blaise Compaoré après la mort de Thomas Sankara, il réussit quand même à entrainer certains parmi eux dans le mouvement de rectification du Front populaire. Mais la grande majorité, méfiante, resta en rade. Au fil du temps, supportant de moins en moins l’implication de la famille du chef de l’Etat dans les affaires publiques, il rompt les amarres avec son mentor pour former avec Roch Marc Christian Kaboré et Simon Compaoré, un triumvirat qui se lance avec succès à la conquête du pouvoir d’Etat. Avec sa disparition, c’est un grand vide qu’il laisse au MPP et au sommet de l’Etat. Juliette Bonkoungou disait de ce triumvirat que Roch Marc Christian Kaboré en était l’humaniste, Salifou Diallo le politique et Simon Compaoré le militant. Le politique disparu, le triumvirat fait place maintenant à une dyarchie. Roch Marc Christian Kaboré et Simon Compaoré sauront-ils être à la hauteur de la tâche qui les attend ? Ils ont du pain sur la planche.

Ange Niazon Bicaba


Commenter l'article (0)