Droits Humains : Le retour des vieux démons

Publié le mardi 29 août 2017

Le 2 août dernier, nous avons reçu nuitamment un appel téléphonique. Au bout du fil, l’interlocuteur demande à nous voir pour exposer un problème. Nous convenons d’un rendez-vous pour le lendemain à 11h. Le sujet du jour, la disparition de frère aîné depuis 2015. Ce dernier a été interpellé par des gendarmes précisément le 22 octobre de la dite année en plein jour sur un site minier à Maldjabari, localité située à quelques kilomètres de Gayerie, chef-lieu de la province de la Komondjari. Jusqu’au jour de notre rencontre, la famille n’avait aucune nouvelle de leur proche. Notre interlocuteur est passé par la Justice de Fada N’Gourma dont relève Gayerie sans succès. Il s’est rendu à l’Etat-major de la gendarmerie nationale à Ouagadougou. On a promis appeler Gayerie pour se renseigner et lui faire le retour, sans suite.
Comment comprendre que des gendarmes interpellent un citoyen sans chercher à en informer les siens. Pas de mobiles connus et pas non plus la moindre information sur son lieu de détention. Et pourtant selon les témoignages, sur le lieu d’interpellation, les deux gendarmes venus le prendre l’ont bastonné jusqu’à ce qu’il perde connaissance. On peut s’interroger sur ce qui lui est arrivé une fois au poste de gendarmerie ? Y a-t-il trouvé la mort ? Cela explique-t-il le silence au niveau de la gendarmerie nationale ? Autant de questions sans réponses.

« On peut ne pas avoir de la sympathie pour les transporteurs mais dire à leur ‘’bourreau’’ qu’il peut dormir tranquille, qu’il n’a rien à se reprocher n’est pas acceptable dans un Etat de droit. L’époque de « on te fait et puis y’a rien » n’est-il pas révolu ? Il s’en trouve des gens dans ce pays qui en sont toujours nostalgiques. »

Si nous évoquons ce problème c’est pour le mettre en lien avec les derniers propos du ministre de la sécurité Simon Compaoré tenus face aux gendarmes à Tenkodogo. Venant d’une autorité de sa trempe, ce n’est pas rassurant. Comment a-t-il pu lâcher de telles paroles sans retenue ? Non, un ministre de la République, de surcroit chargé de la sécurité des personnes et de leurs biens, ne devrait pas dire ça. On peut ne pas avoir de la sympathie pour les transporteurs mais dire à leur ‘’bourreau’’ qu’il peut dormir tranquille, qu’il n’a rien à se reprocher n’est pas acceptable dans un Etat de droit. L’époque de « on te fait et puis y’a rien » n’est-il pas révolu ? Il s’en trouve des gens dans ce pays qui en sont toujours nostalgiques. Le Burkina doit pourtant aller de l’avant. Cela ne peut se faire dans la violation des droits humains. Et qui plus est, nous sommes engagés sur la voie de la réconciliation nationale.
Les défenseurs des droits de l’homme doivent veiller au grain. On pensait avoir fait l’insurrection pour avoir le droit de repartir sur de nouvelles bases. Il y’a quelques jours c’est notre confrère de Courrier confidentiel qui publiait sur les sévices corporelles subies par un citoyen à la brigade ville de gendarmerie de Boulmiougou dans le but de lui soutirer des aveux. Quand l’autorité ne trouve rien à condamner mais plutôt à conforter les pandores dans leur forfaiture, il y’a bien péril en la demeure ! Quel message veut-elle alors envoyer aux Koglweogo, quand on encourage dans le même temps le viol des règles de l’état de droit ? C’est le lieu de s’interroger à juste raison sur ce que devient l’enquête promise, après la descente musclée des militaires à Karpala !

Par Basidou KINDA


Commenter l'article (0)