Tribunal militaire : L’étau s’est resserré autour du général Bassolet

Publié le mardi 29 août 2017

Avec le récent abandon de certaines charges contre le général Djibril Bassolet, la question se pose de savoir si on chemine enfin vers le bouclage de ce dossier qui aura le plus fait couler beaucoup d’encre au tribunal militaire. De ce qui en ressortait, le dossier Bassolet apparaissait comme le plus coriace tant le prévenu à ce qu’on dit donnait du fil à retordre au juge d’instruction. C’est le moins qu’on puisse attendre de ce brillant cadre militaire qui possède plus que des rudiments en droit et qui, plus que jamais, est décidé à vendre cher sa peau. Le dynamisme de ses conseils juridiques reflète l’image d’un l’homme qui refuse de se comporter en agneau de sacrifice. Un exemple qui traduit sa belle assurance : au lendemain de l’insurrection, nous lui avons tendu la réquisition complémentaire spéciale en lui demandant ce qu’il en pensait. Après l’avoir examiné, il nous gratifia de ce commentaire : devant un tribunal digne de ce nom, ce document ne peut être opposé à l’ancien premier ministre Luc Adolphe Tiao. Sans commentaire !
L’homme dispose en outre de solides soutiens à l’international. Il faut être naïf pour croire qu’il les dédaignera pour ne faire confiance qu’à sa seule bonne foi.
Cela dit, reconnaissons aussi à nos juges du tribunal militaire le souci de bien faire. Il appartenait au juge d’instruction d’évaluer les charges retenues au départ à l’aune des règles de l’investigation judiciaire et de ne retenir celles qui paraissent juridiquement pertinentes. L’exercice aura abouti à l’abandon de nombreuses charges et au resserrement de quelques autres sous la caractérisation de trahison. C’est une caractérisation unique mais elle est tellement ouverte qu’elle ressemble à un attrape-tout. Et qui plus est, c’est l’accusation la plus grave ! La haute trahison est en effet punie de l’emprisonnement à vie.

Le dossier étant selon toute vraisemblance bouclé, continuer de le priver de la liberté provisoire qu’il réclame à cor et à cri est tout simplement inutile et humainement inssoutenable.

Reste à savoir les éléments qui sont retenus dans cette accusation. En l’absence de l’ordonnance de renvoi, on ne peut que s’en tenir à des supputations. Il sera sans doute opposé au prévenu, les fameuses conversations téléphoniques avec Guillaume Soro. Il a jusque-là usé d’artifices pour refuser de répondre sur ce dossier mais il n’est pas certain que cette stratégie puisse prospérer devant un tribunal qu’il doit justement convaincre. On a parlé de la légalité des écoutes mais cet argument pourrait s’avérer insuffisant si comme il se susurre les choses avaient été faites dans les règles de l’art. Autre élément à charge susceptible d’être retenu contre lui, ce sont les motos saisies lors de l’attaque de Samoroguan qui avait fait trois morts parmi les pandores. Certaines seraient issues de l’écurie de campagne du général. Dans cette hypothèse, on peut se demander s’il s’agissait là d’un début d’application de la stratégie soroenne déclamée justement dans les écoutes téléphoniques, stratégie selon laquelle, il faut frapper à droite, frapper à gauche pour désorienter l’ennemi … !
Enfin, il pourrait être aussi question de ces appels de dissuasion que le général aurait passés à quelques-uns des chefs militaires qui s’apprêtaient à engager la contre-offensive sur Ouagadougou. C’est donc un procès qui promet des révélations qui s’annonce. L’abandon de certaines charges, loin de traduire la vacuité du dossier pourrait se révéler techniquement plus redoutable pour le prévenu et ses conseils. Mais ces derniers ont jusque-là montré qu’ils avaient du ressort. En attendant, la question de la liberté provisoire du général Bassolet reste posée. Le dossier étant selon toute vraisemblance bouclé, continuer de le priver de la liberté provisoire qu’il réclame à cor et à cri est tout simplement inutile et humainement inssoutenable.

Par Germain B. Nama


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