Universités Publiques : Les années académiques devront être normalisées dès octobre 2017

Publié le mardi 29 août 2017

Enseignants-chercheurs, personnel administratif, technique, ouvrier et de soutien (ATOS) et mouvements d’étudiants à caractère syndical ont pris part à cette rencontre. Ces communautés universitaires sont venues des universités publiques Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo, Ouaga II, Nazi Boni de Bobo-Dioulasso, Norbert Zongo de Koudougou et des centres universitaires polytechniques (CUP) de Fada N’Gourma, Dédougou et Ouahigouya que compte le Burkina Faso. Sept au total. Elles avaient à leurs côtés des partenaires techniques et financiers, des partenaires sociaux, des organisations non gouvernementales intervenant dans le domaine de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation.
Au terme de la rencontre, les participants ont recommandé au gouvernement d’inscrire l’enseignement supérieur comme une priorité nationale. De nombreuses autres solutions résultent également de leurs concertations. En voici quelques unes. Concernant l’insuffisance des infrastructures et des équipements, deux propositions majeures sont faites. La première est la réfection de l’existant. La seconde est la construction d’amphithéâtres, de pavillons, de salles de travaux dirigés (TD) et de travaux pratiques (TP), des laboratoires et des bibliothèques, avec un matériel adéquat et adapté, suivant les besoins de chaque domaine d’enseignement (avant le LMD on parle d’unité de formation et de recherche). La question de la connexion à internet occupe une place de choix dans les échanges. Les participants ont formulé le vœu de l’accélération de la mise en œuvre du projet de connectivité au wifi entre 2018 et 2020. Dans le souci de pouvoir commencer la rentrée académique 2017-2018 dès octobre 2017, ils proposent la location de salles en fonction des réalités et besoins de chaque domaine d’enseignement. Face au nombre croissant des bacheliers, la mise en place d’opportunités de formation technique et professionnelle dès le secondaire, l’affectation d’un nombre important d’étudiants dans les universités privées et leur prise en charge a fait le consensus. Par rapport à l’insuffisance des ressources humaines, deux solutions sont proposées. Il s’agit du recrutement d’enseignants en nombre, notamment les profils manquants (la norme UNESCO prévoit un enseignant pour 95 étudiants) et de personnel ATOS en nombre suffisant.
Relativement à la gouvernance universitaire, les solutions sont proposées à plusieurs niveaux. Au niveau académique et pédagogique, les participants souhaitent la programmation des inscriptions et réinscriptions des étudiants sur une période unique avec comme date limite mi-novembre de l’année normale qui va d’octobre à juillet. Une autre idée est l’informatisation de la gestion des scolarités, des délibérations, des bibliothèques, de la programmation des enseignements avec des logiciels appropriés. Face aux examens et délibérations qui durent en moyenne 4 à 6 mois, le souhait est qu’on en arrive à l’opérationnalisation des jurys de correction. En ce qui concerne la gouvernance financière, les participants préconisent l’augmentation de l’allocation budgétaire du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation en général et des domaines d’enseignement en particulier. Administrativement, ils demandent l’application des textes en vigueur, la relecture et l’élaboration de textes pour combler les insuffisances. Ce point prend en compte le système Licence, Master, Doctorat et l’autonomisation des CUP entre autres. Du point de vue social, ils demandent l’amélioration des œuvres universitaires (allocation budgétaire pour la restauration, les bourses, les aides et prêts en tenant compte des effectifs croissants des étudiants). La question du maintien ou de la suspension du LMD, elle, divise toujours. Certains préconisent de le suspendre pour revenir à l’ancien système (DEUG, Licence, Maîtrise, DEA, Doctorat), le temps de réunir les conditions indispensables à son application. D’autres proposent sa poursuite tout en améliorant ses conditions d’application. D’autres encore souhaitent la fermeture des universités publiques, le temps de réunir les conditions pour des années académiques normales. Quant à la hausse des frais d’inscription et de formation, elle ne fait pas non plus l’unanimité.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Résorption des retards académiques dans les universités publiques : Les gouvernants manquent de vision et de volonté politiques

Les gouvernements qui se succèdent ne prennent pas à bras-le-corps la crise structurelle prononcée que traverse l’enseignement supérieur public burkinabè. Pourtant, ils connaissent le problème, ses origines et ses solutions il y a des années.

C’est connu. Les retards dans l’exécution des programmes académiques s’accumulent et s’accentuent. L’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo, plus ancienne et plus peuplée, au moins 70 000 étudiants, en est le plus grand malade. Depuis 2008, année à laquelle elle a été fermée suite à une série de grèves des étudiants et des enseignants, on ne sait plus ni quand commence année académique ni quand elle se termine. Un désordre qui dure maintenant 9 ans dans lequel gouvernants, enseignants, étudiants et personnel ATOS ont chacun sa part de responsabilité. Quant aux causes de la crise, elles sont également connues. Les plus emblématiques sont l’insuffisance des infrastructures et du personnel enseignant, l’application hasardeuse du LMD en 2009-2010, selon la Directive N°03/2007/CM/UEMOA du 4 juillet 2007, la mauvaise gouvernance académique et pédagogique. Les solutions à y apporter sont elles aussi connues.
Il y a 5 ans, en septembre 2012, un comité ad’hoc, sous la coordination du Pr Alfred Sanou, a diagnostiqué les mêmes problèmes, les mêmes causes et proposé les mêmes solutions. Mis en place par le Premier ministre de l’époque, Luc Adolphe Tiao (LAT), suivant l’Arrêté N°2012-020/PM/SG/ du 21 juin 2012, il devait proposer des solutions efficaces, pertinentes et durables au bénéfice du système éducatif et spécifiquement de l’enseignement supérieur. Il avait pour membres les Pr Laya Sawadogo, ancien ministre des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique ; Karifa Bayo, président de l’Université Ouaga II ; Père Jacques Simporé, recteur de l’Université Saint Thomas d’Aquin (Ouagadougou) ; Filiga Michel Sawadogo, ancien recteur de l’Université Ouaga I ; Joseph Paré, ancien président de l’Université Ouaga I, ancien ministre des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique ; Georges Sawadogo, vice-président de l’Université Norbert Zongo ; Georges Anicet Ouedraogo, président de l’Université Nazi Boni ; Dr Poussi Sawadogo, conseiller spécial de LAT Premier ministre. Ils ont été appuyés par les Pr Nicolas Barro et Aly Savadogo, Dr Justin Ouoro, Dr Serge Bayala, Claudine Yonli (Secrétaire de Direction). Les résultats des travaux qui ont duré de juillet à août ont été transmis à LAT le 30 octobre 2012. Depuis lors, rien n’a pratiquement bougé. Du 15 au 17 avril 2013, le ministère des enseignements secondaire et supérieur (MESS), actuel ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation (MESRSI), a organisé un atelier de recadrage et d’harmonisation assorti de recommandations sur la mise en œuvre du LMD. Statu quo après cette rencontre. Brandi comme le bâton magique du succès, le LMD a continué à produire des effets contraires. Cobayes du système, certains étudiants en sciences et technologies de la promotion 2009-2010, sans échouer à leurs examens, ont fait 5 ans pour avoir la Licence. Les 13, 14 et 15 juin de la même année se sont tenus les états généraux de l’enseignement supérieur à Ouagadougou. Près de 450 personnes du monde universitaire y ont pris part. Au sortir de ces états généraux, la souffrance des universités publiques est allée de mal en pis. Du 14 au 16 avril 2015 intervient l’atelier d’évaluation de la mise en œuvre du LMD à Koudougou. Le discours est bien beau, les réflexions en commissions fournies. Mais l’action concrète a une fois de plus manqué. En 2015, à la faveur de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre, le Pr Filiga Michel Sawadogo arrive à la tête du MESS. Le 3 septembre 2015, il réunit les présidents et vice-présidents des universités publiques, les secrétaires généraux, les responsables des centres universitaires, les directeurs des domaines d’enseignement, les directeurs d’instituts et d’écoles, des ressources humaines, des affaires administratives et financières à l’Université Ouaga I. Objectif, en finir avec les retards et les chevauchements. A cet atelier, les participants ont à nouveau dressé un tableau des mêmes problèmes, des mêmes causes et des mêmes solutions. Deux ans se sont écoulés. Encore rien.
La rencontre du 27 au 29 juillet 2017, apothéose de la tournée ministérielle du 16 mars au 27 avril du Pr Alkassoum Maiga, nouvellement promu à la tête du MESRSI, a beau insisté sur l’inclusion. Dans le fond, rien de neuf. Encore et toujours les mêmes problèmes, les mêmes causes et les mêmes solutions. C’est donc clair que ce dont l’enseignement supérieur public burkinabè a besoin, ce ne sont pas des ateliers interminables. Ce dont il a besoin, c’est une réelle vision et une réelle volonté politiques.

GBS


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