Congrès du Paren : Une querelle d’ego déchire le parti

Publié le mardi 29 août 2017

En majorité composés d’étudiants, ils étaient une dizaine de jeunes à déserter la salle dès l’entame du discours malgré la volonté de Laurent Bado de leur fournir des explications sur la tenue du congrès avec l’absence de certaines personnalités du parti. Ils ont dénoncé un complot. Ce qu’ils ont qualifié de machination c’est la tenue d’un congrès ordinaire dans des conditions d’irrégularité : « Le chapitre 2 des textes du PAREN à l’article 12 stipule que pour convoquer un congrès ordinaire, il faut le président sortant, les chefs de province, les chefs de region,2 représentants des élèves et étudiants par province,2 représentant des femmes, les députés du parti,2 des anciens et le congrès doit être convoqué par le président sortant » s’est indigné Souleymane Yaméogo Secrétaire Général de la fédération estudiantine et scolaire du PAREN. « Pour ce qui est de l’organisation d’un congrès extraordinaire, il doit être convoqué par les deux tiers des membres du bureau. Actuellement dans la salle il n y a aucun membre du bureau politique national » poursuivra-t-il. Par conséquent le congrès n’était ni ordinaire ni extraordinaire à son avis. Parlant au nom de ses camarades, Souleyman Yaméogo dit ne pas se reconnaitre dans ce congrès : « Nous n’avons pas dit de réélire Barry. Nous leur demandons juste de se conformer aux textes. La jeunesse du PAREN ne se reconnait pas dans ce congrès. Le fondateur étant un juriste, nous pensions que le parti allait fonctionner sur les bases juridiques. Mais ce n’est pas le cas. C’est juste un complot monté pour écarter certaines personnes ». Laurent Bado pour sa part a expliqué cette réaction des jeunes par le fait qu’ils soient corrompus : « Barry est allé chercher des millions en Guinée, il vient vous donner à boire et à manger, vous ne voulez pas nous comprendre ». Réagissant à ces allégations, les manifestants ont répliqué : « Si on était des corrompus, ce n’est pas au PAREN qu’on allait rester. Nous connaissons des partis qui ont l’argent. Nous avons amorti nos motos pour les intérêts du parti ». A la question de savoir pourquoi à la demande de Laurent Bado, ils n’ont pas attendu ses explications, ils répondent qu’ils ont tout simplement marre : « On ne nous a jamais associé à la résolution des crises ».

Une légitimité qui tient à un contrat verbal

« En cas de crise, c’est moi qui remet de l’ordre dans le parti. Je m’en fou des conséquences » a Lancé Laurent Bado au congrès. En plus d’être seul à avoir le droit de gérer les crises au sein du parti, il a également le droit d’organiser l’alternance régulière en désignant au suffrage des congressistes le candidat aux élections présidentielles. C’est ainsi qu’il a désigné tous les présidents du parti venus après lui : « C’est moi qui ai désigné Omar Djiguemdé pour être président après moi, Jeanne Coulibaly et ensuite Tahirou Barry » a-t-il reconnu. Ces privilèges lui auraient été « verbalement » accordés au congrès de juillet 2006 : « On ne va pas écrire cela dans nos papiers. Si quelqu’un se renseigne sur nous, voit nos statuts, règlements intérieurs, et voit que le président qui est à la tête du parti, en réalité c’est lui qui désigne toujours le candidat, les gens vont penser quoi ? C’est pour ça que tous les pactes n’ont pas besoin d’être ecrits.il est verbal » a avoué Laurent Bado séance tenante. Un aveu qui semblait toutefois reconnaitre l’aspect scélérat du contrat. Mais enfin de compte, ce qui était censé resté secret s’est finalement retrouvé sur la place publique.
On ne peut cependant s’empêcher de se poser certaines questions ; les manifestants qui pour la majorité étaient des étudiants et reprochaient au congrès et au père fondateur la volonté d’écarter certaines candidatures, et de ne jamais les associer aux résolutions de crises avaient-ils connaissance de ce pacte tacite conclu il y a 11 ans ? En tout cas « les paroles s’envolent et les écrits restent » c’est bien connu
Un pacte verbal ou une motion écrite et signée soit elle avec tous les cachets peut–elle remplacer les textes fondamentaux du parti ?

Tahirou Barry était en « usurpation de fonction »

Pour Laurent Bado, Tahirou Barry ne voulait pas d’alternance politique. Elu président du parti le 27 juin 2010, son mandat se terminait logiquement le 27 juin 2015. Donc après cette date « toute entreprise de sa part est considérée comme une usurpation de fonction en droit positif ». Avec Tahirou, le mandat au PAREN est passé de 3 à 5ans a expliqué Laurent Bado. C’est donc plus du double du mandat du fondateur du parti que Tahirou aura fait à la tête du PAREN. En effet, il y a fait 7 ans. Laurent Bado dit avoir prolongé le mandat pour la bonne marche du parti : « je l’ai fait pour éviter les risques d’instabilité et de discontinuité. Je ne prône pas l’alternance pour l’alternance mais je veux que cela se fasse de façon tournante, que chacun envoie son parti dans sa région pour donner au parti la chance de s’implanter dans tout le Burkina ». Pour lui, Tahirou Barry qui est le quatrième président du parti s’opposait à cette vision et c’est pour cela qu’il a perduré à la tête du parti : « c’est à cause de Barry qu’on a plusieurs fois reporté le congrès. J’ai dit finalement on ne reporte plus parce que les militants risquent de ne rien comprendre ». Tahirou Barry aurait également mis du temps pour fournir la liste des noms des personnes qui devaient constituer le nouveau bureau et malgré le fait qu’on lui aurait demandé de lire le discours d’ouverture du congrès, il ne s’est pas présenté selon les dires du père fondateur. « Apres avoir reconnu ses torts par 3 fois, il vient dire que le congrès est illégal » s’est-il indigné. Laurent Bado reproche également à Tahirou Barry sa gestion opaque du parti : « En décembre 2015 au titre de la présidentielle, et de la législative, il ne m’a dit le montant de la subvention de l’Etat. Le chef du centre n’a rien reçu pour l’élection. ». Il lui reproche aussi le fait d’avoir inspiré des journaux comme l’Evènement qui a écrit des articles qui n’étaient pas à son gout : « Tahirou Barry se bat pour s’émanciper de moi Laurent Bado ». Ensuite c’était le journal Africa star poursuivra-t-il : « leurs préoccupations étaient entre autre de savoir comment libérer Tahirou Barry du joug de Laurent Bado. J’ai compris que c’était la rupture. On ne pouvait plus aller plus loin » a-t-il conclu.

Assita SANOU

Après la lecture du mémorandum sur la gestion du parti par Laurent Bado au congrès, une motion a circulé, consignant les privilèges qui lui avaient été reconnus verbalement. Cette motion exhumée pour la circonstance, accorde en effet à Laurent Bado des privilèges en tant que fondateur du parti mais reconnait aussi la légalité du congrès. Celle-ci a d’ailleurs été présentée à la Télévision Nationale du Burkina le 31 juillet dernier lors de l’entretien accordé à Laurent Bado par l’émission « sous la brèche ».

AS

Extrait sur le statut du président fondateur du parti

Considérant que le président Laurent Bado est le fondateur du parti(le PA.RE.N),concepteur de sa doctrine et de son programme du gouvernement ; considérant que le peuple a perçu le message du parti à travers sa personne ; considérant que celui-ci a décidé librement de confier le parti à une nouvelle équipe dirigeante en prévision de sa retraite et pour favoriser le jeu de l’alternance au sein du parti, le congrès décide de conférer au président sortant le titre de père du parti, et qu’à ce titre il dispose d’un certain nombre de privilèges tels que :
- Participer aux réunions de toutes les instances dirigeantes du parti, selon sa disponibilité
- reformer toute décision des instances dirigeantes
- Proposer de nouveaux responsables du parti au congrès
- convoquer un congrès extraordinaire si la situation l’exige n

Ouagadougou le 12 juillet 2006


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