Norbert Zongo entre au « Panthéon »

Publié le mardi 29 août 2017

C’est une nouvelle consécration pour ce journaliste teigneux. Et il n’en finit pas de collecter les reconnaissances. A chaque régime sa marque. Au Conseil National de la Transition sa rue, hautement symbolique. Celle qu’il empruntait les week-ends pour rejoindre son ranch, le Safari Sissili. Jusqu’à ce week-end fatidique où il y a perdu la vie, un certain 13 décembre 1998, depuis immortalisé par son peuple Et cette autre rue dans son patelin natal, Koudougou. Rue Norbert Zongo, qui mène au domicile paternel. Puis la dernière consécration en date, celle émanant du Conseil des ministres du 21 juillet 2017. Désormais l’université de Koudougou, ce haut lieu de l’excellence, s’appellera : Université Norbert Zongo. Et ce n’est que justice, en attendant la vraie. Celle qui viendra de l’institution judiciaire.
En apprenant la nouvelle, mon esprit s’est mis à s’emballer et à dérouler quelques souvenirs. Le talent de Norbert a éclaté sous le règne de Blaise, un règne trop long pour ne pas lasser le journaliste à l’esprit révolutionnaire. Quand il tenait son sujet, il ne le lâchait jamais, tant qu’il n’a pas épuisé toutes ses réserves. Simon l’ancien bourgmestre s’en souvient. Le riz « ratatiné » de la CGP, une rengaine ressassée à chaque parution. Norbert y avait senti une odeur de deal. Le sujet était devenu une chronique. Jusqu’à ce qu’un jour, Simon me prit en aparté au stade du 4 août (il était Secrétaire général du CDP) où avait lieu une activité de la commission électorale. Connaissant ma proximité avec le journaliste, il se plaignit amèrement de la manière dont mon ami (disait-il) le traitait dans son canard. Il n’y a pas d’autre solution que d’encaisser quand on gère le bien public, lui avais-je conseillé. Connaissant l’homme, je savais que c’était trop dur pour lui. Ce fils de pasteur ne souffre pas que son intégrité soit mise à mal.

« Le Conseil des ministres présidé par le président du Faso lui-même, en donnant le nom de Norbert Zongo à l’Université de Koudougou consacre la reconnaissance post mortem du noble et juste combat auquel notre confrère a consacré sa vie. »

Quand à Roch Kaboré, je crois savoir que le journaliste le fascinait mais il redoutait franchement ses écrits qui le mettaient en danger. Norbert Zongo avait très vite vu que l’homme avait un certain charisme qui pouvait le mener loin. Alors, il n’avait de cesse de le pousser. Pendant sa traversée du désert et au cours d’un rendez-vous qu’il m’avait donné dans un lieu tenu secret (Que Dieu nous donne longue vie pour apporter notre part de témoignage à l’histoire), il m’avait prié de dire à Norbert de cesser de parler de lui. Après l’autodafé de Sapouy, il me confia un jour alors que j’étais de passage à l’assemblée nationale : « Ils l’ont tué parce qu’ils ont estimé qu’il était un danger pour eux ». Le propos ne dévoilait pas l’identité des tueurs mais il éclairait à mes yeux l’injonction qu’il avait faite à Norbert de cesser de parler de lui.
Quant à Salif, aucun souvenir direct si ce n’est ce que l’un et l’autre me disait de leurs rapports, apparemment cordiaux. Le sujet de l’environnement devait constituer un centre d’intérêt important pour les deux hommes.
En regardant le parcours de ces hommes et le combat implacable que menait Norbert Zongo contre la gestion du régime auquel ils ont tous appartenu, le Conseil des ministres présidé par le président du Faso lui-même, en donnant le nom de Norbert Zongo à l’université de Koudougou consacre la reconnaissance post mortem du noble et juste combat auquel notre confrère a consacré sa vie. Et ce n’est pas la Der, puisque le Centre de presse Norbert Zongo selon nos sources est en passe d’être déclarée d’utilité publique et le terrain domanial être l’objet d’une donation de l’Etat. Il y a lieu de féliciter et remercier ceux qui sont à l’origine de toutes ces bonnes décisions. Reste le vœu sempiternel des journalistes d’ériger une stèle sur les lieux de la tragédie. Il faut espérer que la confrérie trouve enfin le bon filon pour faire aboutir ce projet. Et dire que tant de bonnes nouvelles arrivent du vivant de maman Zongo ! Que Dieu fasse qu’elle vive encore longtemps pour célébrer l’épilogue de cette saga engagée pour la justice et la vérité pour Norbert Zongo alias Henri Sebgo.

Par Germain B. Nama


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