« Le président de la FBF est lui-même accusé d’avoir donné des ordres suspects », Colonel Yac

Publié le mardi 29 août 2017

SALITAS en D1. Etes-vous soulagé ?
Grande joie et soulagement. Par devoir de mémoire, je dois rendre hommage à mes géniteurs, Salimata et Tasséré dont les diminutifs de noms ont inspiré le baptême du centre. De là où ils sont, ils m’arrosent de leur bénédiction. De même, je me dois de dire toute ma satisfaction aux officiels, au staff technique, aux joueurs pour le sacrifice et l’esprit d’engagement. Notre parcours est plein d’illustrations. De la D3, on est vite monté en D2 et là aussi c’était pour un an, n’eut été mon absence (NDLR : le président fondateur mis aux arrêts dans le cadre du coup d’Etat de Gilbert Diendéré). Aujourd’hui c’est chose faite.

Pour un centre de formation quel est l’objectif majeur entre le placement des joueurs et l’animation du championnat de l’élite ?
Nous formons pour vendre. C’est en intégrant les championnats huppés que ces jeunes sauront tirer leur épingle du jeu. Et sur le plan financier le centre pourra gagner. Car à comparer, le vainqueur du championnat national a millions de F CFA. Pendant ce temps un seul joueur qui est placé en Europe peut en faire gagner 200 !

Dans ce cas, comment expliquer votre lutte acharnée pour d’accéder en D1, objectif secondaire selon vous-même ?
Vous devez plutôt vous interroger sur cette hostilité qui nous a été servie gratuitement. SALITAS a produit le meilleur football. La faitière nationale de foot devrait plutôt encourager le beau jeu. Mais non, on a senti beaucoup d’hostilité. Lors de certains de nos matchs, certains officiels ont eu des comportements comme s’ils étaient en mission commandée. Je vous passe des décisions suspectes qui tendaient à avantager l’ASECK, note concurrent direct. Tenez, contre l’ASK, l’ASECK voit son coach sanctionné donc coupable mais comme par extraordinaire, on donne le gain du match à Koudougou qui s’était pourtant achevé sur le score de 0-0 ! Les joueurs de SALITAS étaient régulièrement sélectionnés en équipe nationale pour des matchs amicaux pendant ce temps le calendrier de nos matchs était maintenu comme si on voulait nous affaiblir pour nous empêcher de monter en D1. C’était un défi.

SALITAS n’était pas la seule équipe de D2 à se voir amputer de ses éléments pour cause de regroupement de l’équipe nationale ?
Mise à part SALITAS, seule une autre formation de D2 a vu un seul de ses joueurs convoqué en sélection nationale. Mais pas l’ASECK, club avec lequel nous étions en duel pour l’unique ticket pour la D1. Et chez nous, on convoquait trois voire quatre de nos meilleurs. Vous imaginez les dégâts.

Vous dénoncez une certaine partialité mais aujourd’hui c’est vous que la FBF a suspendu pour faits de corruption sur un arbitre. Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés ?
A entendre certains membres de la FBF ou même des membres de la commission de litige, ce n’est pas l’instance fédérale qui m’a sanctionné. Les uns et les autres me demandent, mais tu as quel problème avec notre président ? Et ma réponse est toujours la même. Je n’ai aucun problème avec lui. S’il y en a un, je le prie de me le dire. Je suis prêt à lui présenter mes excuses.

Vous êtes jugé coupable d’avoir corrompu un arbitre avec 20 000 F CFA…
L’histoire remonte au 31 décembre passé. Comme à mon habitude, j’ai fait une liste d’amis à qui je voulais donner un peu d’argent pour leur fête. Mon SG adjoint, Roger Kéré voyant la liste m’a demandé d’intégrer 3 de ses proches. J’ai pris ces noms et j’ai envoyé à qui 10 000, à qui 15 000, à qui 20 000 F CFA. Sur ma liste, il n’y a pas que des sportifs, il y a des artistes, des personnes de tout bord. Ali Kéré, à ce titre a reçu 20 000 et je lui ai envoyé un texto en précisant : « pour quelque cocas ». A la réception du SMS il m’a rappelé pour me dire merci et je lui dis que c’est surtout à Roger Kéré qu’il doit son merci car c’est à sa demande que j’ai fait le geste. Je lui ai dit que quand il sera un jour de passage à Ouaga, on pourra se connaître. Jusqu’aujourd’hui, cette occasion n’a pas eu lieu donc je ne le connais pas physiquement jusqu’à l’heure où je vous parle. C’est 6 mois après que la FBF m’a convoqué pour m’entendre sur cette histoire. Mais avant d’aller, j’ai appelé le nommé Kéré Ali pour comprendre. Il m’a confirmé qu’il est venu voir le président de la Fédération et le président de la Commission des arbitres pour leur dire qu’un dirigeant de Fada, Barthélemy Thiombiano l’a contacté pour lui dire que le président Sangaré Sita promet de le (NDLR : l’arbitre Kéré Ali) programmer sur les matchs de l’équipe de Fada N’Gourma afin d’aider ce club à monter en D1. Il m’a informé que le président Sita Sangaré a nié les faits. Ali Kéré indique qu’à la même occasion il leur a dit que moi je lui ai envoyé 20 000 F CFA pour la fête. On lui a dit de conserver le message pour plus tard. Voilà comment je suis accusé de corruption. Cet arbitre n’a jamais officié un de nos matchs. Je ne l’ai jamais rencontré non plus pour parler foot.

On vous reproche d’autres cas…
C’est le cas impliquant le commissaire de match Jean Batispte Bassono. J’ai appelé l’intéressé qui m’a dit n’avoir jamais été entendu par une commission sur cette affaire. Que s’est-il passé ? Après un match de mon équipe que j’ai gagné, j’ai approché le commissaire du match lui disant que je voudrai offrir un pot aux officiels. Sur son autorisation, j’ai remis 10 000 ou 20 000 à l’ensemble des officiels. Tout porte à croire qu’on me cherche. Pendant ce temps, le colonel Sangaré lui-même accusé par le même arbitre d’avoir donné des ordres suspects voit son dossier classé sans suite. Pourtant c’est le même arbitre qui a porté les déclarations. Il y a de quoi regarder si le président de la FBF n’a pas essayé d’aider Diawa-Diawa, le club de Fada.

Comment expliquer la guerre des colonels et amis de longue date...?
Je ne saurai vous le dire. Juste après l’insurrection j’ai constaté une volte-face de mon petit frère. Il n’est pas le seul. Mais de sa part, je ne m’y attendais pas.

Le colonel Sangaré dit que vous aviez parlé et qu’à l’issue de ce tête-à-tête la hache de guerre devait être enterrée. Mais il constate que vous n’aviez pas tenu vos engagements ?
De quel engagement parle-t-il. On s’est parlé. Il m’a tourné le dos le premier. Qu’il se rappelle.

De l’avoir pas soutenu dès votre sortie de prison dans la campagne électorale pour le poste de président de la FBF. Vous étiez avec le camp adverse non ?
Ah si c’est ce cas, l’erreur vient de lui. Après l’obtention de son premier mandat il a dit à qui veut l’entendre que je ne l’ai pas soutenu dans sa campagne. Pourtant à l’époque, de mon poste de ministre j’ai fait ce que je ne devais pas faire. Je me suis impliqué dans la campagne, réunissant des clubs et ligues de Bobo et Ouaga pour leur dire de voter le colonel Sangaré. J’ai dit à des candidats potentiels que je ne pouvais pas les soutenir à cause de Sita Sangaré. Une fois élu, je lui ai dit en cas de besoin d’aller voir le DAF pour régler ses problèmes et ne plus perde du temps en voulant passer par moi. N’est-ce pas preuve de confiance ça ? Mais si malgré tout il dit que je ne l’ai pas soutenu que puis-je faire d’autre. Quand j’étais ministre mon action a été mal vu, ce n’est pas aujourd’hui où je suis faible que je peux le soutenir. C’est pour cela je dis, à action de mouton, réaction de berger.

Pour lui, le soutien dont vous parlez est venu tardivement. Vous n’avez lâché le président sortant, Zembendé que tardivement…
Vous savez qu’à l’époque, on ne se levait pas pour être candidat. Et moi ministre je me devais d’attendre les instructions. Comprenne qui voudra.

Voulez-vous être président de la FBF ?
Jamais. Je n’y ai pas pensé. Si j’avais des ambitions je les aurais affichées. Si j’ai pu dire tout haut que je voulais être candidat pour la présidence du Faso, ce n’est certainement pas une déclaration de candidature pour une structure à la dimension de la FBF qui va me faire peur. Des gens sont venus me le proposer mais je n’ai pas accepté.

Comment désamorcer la crise qui vous oppose au président de la FBF, votre jeune frère ?
Mon petit frère est l’homme fort du moment. Comme il le dit lui-même, il est adossé à un des tout-puissants du parti au pouvoir. C’est lui qui peut faire le premier pas. Je me cherche où je suis.

Et quelle suite voulez-vous donner à votre suspension ?
Mon avocat a fait appel. Nous attendons la réaction de la FBF. Nous nous préparons aussi pour aller au TAS. Notre avocat au Burkina travaille avec un confrère à lui en Belgique à cet effet. Mais je dois avouer que devant la commission juridique de la FBF j’ai été contraint de faire certaines déclarations. Le président de la FBF et moi avions travaillé en tandem pour les résultats que vous connaissez, vice-champion d’Afrique. Dans ce cadre, on pourrait l’entendre aussi.

ITW réalisé par J J TRAORE


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