Escroquerie dans la filière or : Un mécano se fait extorquer plus de 5 millions de FCFA

Publié le mardi 29 août 2017

L’affaire date de 2014.Un matin du 11 juin comme à l’accoutumée Nassa Wenpouiré Noel se rend à son travail à Nossin. Il est mécanicien. Chemin faisant, sa course est brusquement interrompue vers l’Ecole Nationale de police à Gounghin par un appel. A l’autre bout du fil, un individu après l’avoir salué, lui demande les nouvelles de la famille et celles de sa défunte mère : « comment tu vas Noel, eh la vieille ? ». Nassa lui dit que sa mère est morte et tout en hésitant lui demande qui c’est « C’est moi !…tu ne me reconnais pas ? je m’appelle Jean et je venais souvent à la maison boire le dolo de la vieille. Sauf que depuis un moment je suis à la frontière du Mali sur un site d’orpaillage » : Répond son interlocuteur. Alors Nassan ne va pas plus loin dans la mesure où le type à l’autre bout du fil connait son nom et donne un détail sur sa vie, sa mère qui vendait du dolo. A en juger par la conversation, l’interlocuteur de Nassan soit le connaissait bien, soit était bien renseigné sur lui. L’homme qui est à l’autre bout du fil l’ayant rassuré poursuit en lui demandant de l’aide ; il s’agit juste d’héberger un jeune venu du site d’orpaillage de Kampty qui a sa marchandise à lui. Celui-ci est le fils du vieux qui est chargé de récupérer l’or des orpailleurs à sa place pour l’écouler à Ouagadougou, lui-même ayant eu une jambe fracturée dans un site en effondrement duquel il serait le seul survivant selon ses dires ! Quoi de plus normal que d’accepter de rendre un tel service dans la mesure où l’hospitalité est l’une des valeurs cardinales du pays des hommes intègres et le service demandé n’a spécialement rien de contraignant. Mais c’est le pas que Nassan n’aurait jamais dû franchir.
Après être allé chercher le jeune homme dont il a oublié le nom dans une gare de la place, Jean l’appelle pour lui dire qu’un acheteur blanc le contactera le lendemain pour la vente de la marchandise. Dans la soirée, à la maison de Nassan, par le temps relativement clément du mois de juin qu’il faisait, rien d’insolite jusqu’à ce que le « saana » de Nassan refuse de regagner la chambre qui lui a été destinée et demande une natte pour dormir dehors. Ce n’était pas la seule bizarrerie de la soirée explique l’hôte. Son or ne le quittait pas un instant. Même pas quand il devait faire sa toilette : « Il est même allé se doucher avec l’or là » :dit-il. S’il avait un drôle de comportement qui pouvait par moment faire sourire, derrière cette comédie se cachait son plan machiavélique savamment orchestré. En effet, avec son petit jeu, il réussit effectivement à tromper la vigilance de sa victime qui est loin de se douter qu’il pouvait probablement s’agir de « têtes de robinet écrasés »« Tout ce qui brille n’est pas or » dit-on. Le lendemain 12 juin, comme convenu, le « blanc », du nom de Romuald appelle Nassan à 9h. Il dit être à Ouahigouya et lui promet de lui envoyer un contrôleur d’or pour vérifier la qualité et la quantité de la marchandise. Une trentaine de minute après le contrôleur appelle. Mais selon lui, il ne peut rejoindre Nassan prétextant qu’il est au garage avec son véhicule en panne. Alors il demande au mécano de venir le chercher vers l’échangeur de Goughin.
C’est ainsi que « notre expert » se fait remorquer par le mécanicien jusqu’à son domicile. Sur place, le contrôleur recommande à Nassan de trouver un endroit à l’abri des regards indiscrets pour la rencontre « de haut niveau ». L’expert sort son matériel et après ce qui ressemble à une expérimentation en labo comme dans les films, il s’écrit « wayii ! ca.. c’est du 22 ! »« J’ai dit 22 c’est quoi ? » dit le mécano. Le contrôleur répond qu’il s’agit de la qualité de l’or. « C’est du pur ! » renchérit-il. L’or faisait plus de 100g. Pour rendre le subterfuge plausible, le contrôleur renverse l’or dans un coffret bleu, le scelle, empoche les clés, bande le coffret d’un scotch sur lequel il écrit. Le contrôleur repartit, à 12h Nassan reçoit un autre appel. Il s’agit d’un vieux se disant être le père du jeune venu avec l’or. Il dit également être menacé par les orpailleurs qui soupçonnent son fils de s’être enfui avec l’argent de la vente de l’or. C’est du moins l’histoire qui a été servie à Nassan. Alors il supplie le mécanicien de l’aider. Nassan perplexe dit au vieux qu’il n’a pas d’argent et lui suggère d’appeler Jean. C’est alors que les escrocs passent à l’étape supérieure. Entre les appels du blanc qui ne peut venir parce que empêché, et ceux de Jean immobilisé, Nassan subit toutes formes de pression psychologique : « Aide nous toi-même tu sais que la qualité de l’or est certifiée, je te rembourserai avec pourcentage si tu donnes de l’argent au jeune afin que le vieux puisse payer les créanciers... ». Nassan dit ne pas avoir d’argent et campe sur ses positions jusqu’à ce que le blanc lui promette un montant d’un peu plus de 500 000 pour le service rendu. Finalement le mécano qui disait ne rien avoir comme argent sort 3 500 000 de son compte qu’il remet « main à main » au jeune homme sans témoin ni décharge pour sauver le vieux. Ayant mordu à l’hameçon les escrocs poussent le bouchon plus fort. La totalité de la somme n’ayant pas été recouvrée, le blanc dit à Nassan que les orpailleurs sont en route pour Ouagadougou afin de récupérer l’or. « L’affaire est en passe d’être conclue. Il faut que tu fasses un effort sinon on perdra tout » : disent les escrocs.
La pression étant à son comble Nassan va voir son oncle qui, lui ayant fait confiance à son tour, lui fait un chèque de 2millions qu’il envoie encore aux escrocs. Quelques heures plus tard, le blanc revient à la charge et lui emprunte de l’argent pour son carburant sous prétexte qu’il n’a pas assez d’essence pour regagner Ouagadougou. Notre généreux mécanicien s’exécute encore et lui envoie une somme variant entre 80 et 100.000 F d’après lui. Tout en lui promettant d’être à Ouaga dans la soirée au plus tard, c’est en ces termes que le blanc lui fait ses adieux puisqu’il n’aura plus jamais de ses nouvelles : « tu ne le regretteras pas ! ». « Je n’ai plus reçu d’appel jusqu’au lendemain midi » dit Nassan. Curieusement, il ne réalisait toujours pas qu’il s’agissait purement et simplement d’une escroquerie : « j’ai tenté d’appeler jusqu’au soir mais ça ne passait plus. J’ai cru que c’était le réseau qui balançait avec la circulation du voyage ! ». Ce n’est que le surlendemain que Nassan redescend de son nuage ! : « J’ai commencé à suer au garage vers 10h. C’est là que j’ai compris qu’on m’avait escroqué ».

Nassan sur les traces de ses sous

La gendarmerie a mis la main sur une bande d’escrocs ayant le même mode opératoire que les bourreaux de Nassan. Mais encore faut-il qu’on établisse un lien entre « l’affaire Nassan » et ces escrocs. En effet, il est ressorti lors d’un entretien avec Onema Millogo commandant adjoint de la brigade de gendarmerie de Sig-Noghin que malgré le fait qu’on ait mis la main sur ces faussaires, deux plaintes de personnes ayant été victimes du même scénario ont été enregistrées. C’est dire qu’il ne s’agit pas forcement de la même bande. En plus il est également ressorti lors de vérifications que les numéros utilisés par « les escrocs de Nassan » n’étaient pas les mêmes numéros que ceux de la bande mise aux arrêts. Pire, le délai de prescription ne milite pas en faveur du mécanicien. Un entretien avec Maïza Serémé la procureure du Faso, a révélé que s’agissant d’un délit, trois années étant passées, il ne pouvait plus poursuivre « ses escrocs » au pénal puisque l’affaire date de juin 2014. Toutefois il pourra porter plainte au civil où le délai de prescription est de 30 ans.

Assita SANOU


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