Lutte contre le paludisme : « A Yalgado les moustiques s’épanouissent bien »

Publié le jeudi 21 septembre 2017

Aux urgences pédiatriques ce mercredi 19 juillet à 10h. A l’entrée de l’unité destinée aux soins des enfants, des eaux stagnantes rendent difficiles l’accès à la salle. Même constat dans la ruelle juste en face du bâtiment ; des flaques d’eau jonchent le passage. Le caniveau d’en face, lui est bouché par des ordures. Au niveau du Service de Centre de Récupération de l’Etat Nutritionnel où nous avons également fait un tour, des flaques d’eau et des touffes d’herbes jonchent les alentours du bâtiment.
Une fois en salle d’urgence pédiatrique, dans le couloir, nous apercevons une fillette couchée sur un pagne à même le sol. A son chevet, un sachet qui laisse transparaitre des produits pharmaceutiques, des habits, un pot communément utilisé pour la défécation, un plat au-dessus duquel planent quelques mouches. Comme cette fillette, une dizaine de malades couchées sur des pagnes ou des nattes avec leurs accompagnants se disputent également cet espace destiné au passage mais qui sert également de chambre avec les agents de santé et les milliers de visiteurs qui fréquentent l’établissement. « C’est le meilleur des cas » nous dit-on. L’affluence n’ayant commencé qu’il y a environ un mois à en croire un agent de santé : « revenez vers Août ou Septembre et vous verrez. Faute de places dans les couloirs, nous recevons sur la terrasse à même le sol. ». Les causes de cette situation, le manque de place dans les salles d’hospitalisation. Mais une source nous confie que Yalgado contrairement aux autres centres de santé ne peut pas refuser de malade. « Si on nous critique pour recevoir nos patients à terre, ce sera encore pire si une personne meurt pour avoir été refoulée par manque de place »

Les mesures de prévention négligées

La visite des 9 salles d’hospitalisation comportant trois lits chacune et la salle de garde des infirmiers a permis de constater de visu ce que certains membres du personnel de l’unité ont qualifié de « négligence » de la part des autorités. En effet, nulle part il n’a été vu une moustiquaire imprégnée. Même constat en salle d’hospitalisation de la maternité et en clinique pédiatrique. Sur les sept chambres d’hospitalisation que comporte la clinique et les salles de garde du personnel soignant, aucune mesure de prévention : « Les mesures préventives sont essentiellement les moustiquaires et les insecticides. Nous n’avons rien de tout ça. Je ne sais plus en quelle année nous avons reçu les insecticides pour la dernière fois. » confie un travailleur de l’unité. Alors ce qui est censé être un havre de santé, la nuit venue, se transforme en un théâtre de lutte sans merci entre les pensionnaires et les moustiques vecteurs propagateurs du palu ; aux dires des accompagnants des malades : « Les moustiques s’épanouissent bien ici. C’est leur milieu comme ça. Faites un tour ici la nuit et vous verrez. Songez à emmener une bonne couverture, sinon les moustiques vont l’emporter. » Dans ces conditions, c’est aussi bien la santé des membres du personnel médical, des accompagnants que de certains patients qui s’en trouve exposée. Pour mieux comprendre la situation qui prévaut à la pédiatrie, nous avons tenté en vain de rencontrer le pédiatre Oumarou Sawadogo. Après plusieurs rendez-vous reportés, il ne répondait plus à nos appels. Mais comment comprendre cette politique de mesure de gratuité si l’Etat ne fait rien ou presque rien en amont ?
Si l’hôpital Yalgado, le plus vieux des hôpitaux semble abandonné à lui-même, ce n’est pas le cas de certains centres médicaux. Comme le Centre de Santé de Promotion Sociale de Wayalghin à la sortie Est de la ville. Si ces deux centres de santé étatiques ont en commun la simplicité de leurs locaux, c’est par contre le grand écart entre eux en matière de prise en charge des malades. Mise à part la présence de mauvaises herbes remarquées dans l’enceinte du CSPS, nous avons pu constater que les cinq lits que comporte la salle d’hospitalisation de la maternité étaient couverts de moustiquaires. A l’image de cette chambre, les trois autres salles d’hospitalisation qui comptent chacune cinq lits avaient également des moustiquaires. Mieux, la visite du dépôt pharmaceutique et du magasin avec Casimir Moyinga l’infirmier chef de poste du CSPS nous a permis de voir plusieurs centaines de moustiquaires destinées aux femmes enceintes, aux enfants et aux personnes vulnérables. Cependant, le chef de poste a déploré certains comportements de patients : « Il y a des indélicats qui après l’hospitalisation emportent les moustiquaires avec eux. Après c’est pour dire que l’état ne fait rien ou ne donne pas de moustiquaires ». Mais pour Boubacar Bouda admis sur place pour cause de paludisme depuis quelques jours, il en faut bien plus. « Il y a des moustiquaires mais ça n’empêche pas les moustiques de nous piquer. On ne reste pas éternellement sous la moustiquaire. Donc nous sommes obligés d’acheter du mosquito ».

Mesures d’accompagnement difficiles

Si la mesure de gratuité pour les femmes enceintes et les enfants de 0 à 5 est belle et bien une réalité dans les papiers, sa mise en application n’est pas sans difficulté sur le terrain. Avec cette nouvelle mesure à en croire les agents de santé, les ruptures de stock de médicaments sont récurrentes. C’est le cas des produits tels que : « artemether-lumefantrine, artesunate injectable, hydrocortisone, asl900 injectable » au CSPS. A cela s’ajoute les pannes de machine qui ne sont pas rares à l’hôpital et également le manque de médicaments. Dans ce cas les patients quand, ils ne trouvent pas satisfaction à leur problème à l’hôpital pédiatrique Charles de Gaulle où ils sont le plus souvent référés, ils sont obligés de recourir à d’autres pharmacies et laboratoires.
Dans le cadre de la prise en charge du paludisme, certains membres du personnel soignant de Yalgado pensent que c’est toujours mieux de prévenir que de guérir. Selon eux, les phases épidémiques comme c’est le cas chaque année, sont toujours très compliquées : « Très souvent le personnel est débordé et s’avère insuffisant. Ceux qui viennent en renfort ne viennent pas toujours à temps et ne sont pas toujours qualifiés puisqu’on a à faire à des enfants. Donc le pire est vite arrivé ». Les formations autour du paludisme également ne sont pas monnaie courante à Yalgado. « Je suis là ça fait 7 ans mais je n’ai jamais reçu une formation. On parle très peu de palu au niveau des formations » a confié un travailleur. Or cela participe du recyclage des connaissances des agents de santé.

L’incivisme des malades et de leurs accompagnants

Les accompagnants des malades n’ont pas un comportement de nature à faciliter la tâche à l’administration de l’hôpital. « Ils versent les eaux sales n’importe où ». Même les toits de l’hôpital ne sont pas épargnés. « Ceux qui sont au niveau de l’étage jettent les sachets, les restes de repas, les urines et parfois même les selles sur le toit d’en face. Quand on se plaint, ils disent qu’il y a des gens qui sont là pour faire le nettoyage et on les paye pour ça » confie un agent de l’hygiène tout offusqué. Or ce toit n’est nettoyé qu’une fois par semaine ; en l’occurrence chaque samedi. Ce qui est suffisant pour la reproduction à grande échelle des moustiques. Sur la question, l’agent de l’hygiène n’a pas mâché ses mots. Il pense que les responsabilités doivent être partagées. « L’hôpital doit s’investir mais les malades et leurs accompagnants doivent également prendre leurs responsabilités. Ils ont un rôle à jouer dans la tenue de la propreté autour d’eux ».

Assita SANOU

Lors d’un entretien accordé au ministre de la santé, Pr. Nicolas Méda par la Télévision nationale à l’occasion de la journée mondiale de la santé, le ministre disait qu’ « il fallait en finir définitivement avec le paludisme au Burkina. » De quelle façon ? Il faut selon lui miser sur l’assainissement, dormir tous les jours et toute l’année sous une moustiquaire pour quiconque vit au Burkina Faso en saison pluvieuses période de haute transmission du paludisme mais également miser sur la pulvérisation intra domiciliaire et donner aux enfants une Chimio prophylaxie chaque mois pendant la saison.
Il a également parlé d’un traitement qui dispose de deux outils majeur que sont les tests de diagnostic rapide et les traitements à base de combinaison d’artemisinine. Un vaccin sera bientôt disponible selon les dires du ministre.

A S


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