Sopatel Silmandé : L’audit des malversations au cœur de la crise

Publié le jeudi 21 septembre 2017

Début avril 2017, le directeur général de l’hôtel, Oumar Sall, constate une « charge anormalement élevée. » Il demande alors des comptes aux responsables : l’économe et le receveur. Ces derniers ne trouvent pas d’anomalies dans leurs données. Le directeur général n’est pas convaincu. On ne peut avoir cette charge en une semaine. D’autant que celle-ci est tributaire de la clientèle. Le directeur général, fait appel à une équipe d’auditeurs sous la supervision et la responsabilité de l’auditeur général de Valoris Holding SA, Charles Kaboré. La charge jugée anormale se chiffre à 538 000 fcfa. Elle porte sur deux produits : bonnets de douche et vanity kit. Selon l’audit, il y’ a eu des réceptions et des sorties fictives. Concernant le bonnet de douche, on peut lire : « la mission a constaté une réception et une sortie fictives de cet article de 10 paquets de cinquante d’un montant total de 250 000 fcfa. La mission a également constaté un bordereau de réception falsifié en date du 9 mars 2017 relatif au dit article. De même, les bons de commande n°B201612-01300 et n°B201701-00042 ne sont pas conformes ni à leur bon de livraison ni à leur facture. » Au sujet de l’article Vanity kit, la mission dit avoir constaté également une réception et une sortie fictives de cet article de 10 paquets de cinquante vanity kit d’un montant de 288 000 fcfa. Elle remarque aussi un bordereau de réception falsifié en date du 9 mars 2017 relatif à l’article. Idem, le bon de commande n°B201612-01300 n’est pas non plus conforme ni au bon de livraison ni à la facture.
Arouna Ilboudo, receveur contrôleur réagit. Selon lui, la réception a été faite à partir d’un bon de commande. Mais au lieu de 20 paquets par produit, il a enregistré 10. Un jour, la fournisseuse était de passage. Il lui fait savoir qu’elle leur a livré des paquets de 10. Mais elle a répondu qu’elle n’a jamais livré des paquets de 10. Quand elle a envoyé le bon de commande, c’était effectivement 20 et non 10. « J’ai alors fait un bon de réception de régularisation. Comme j’ai enregistré 10 paquets, il me fallait justifier mon inventaire du mois. J’ai donc fait un transfert théorique aux services des étages et buanderies. Normalement, pour le transfert, le service envoie une commande théorique avant que physiquement on ne fasse sortir le produit. Mais il peut arriver qu’il vienne prendre le produit sans au préalable envoyer la commande théorique. C’est après qu’il la régularise. » Justifie-t-il. Pour Arouna Ilboudo, depuis 34 ans qu’il travaille jusqu’à son licenciement le 24 avril dernier, c’est ce qu’ils font dans pareil cas de figure. Le 7 avril, le responsable financier et comptable, Acharya Fofana, lui adressait une demande d’explication au sujet du bon de commande n°B201612-01300. Sur le bon de commande, écrit Acharya Fofana, il a été procédé à la commande auprès d’INA Sarl de10 paquets de bonnets de douche et 10 paquets de vanity kit. Pourtant il ressort sur le bon de réception que vous aviez co-signé avec l’économe 20 paquets de chacun des produits précités, un surplus de dix paquets. Dans sa réponse, Arouna Ilboudo explique : « C’est à la reconstitution de mes inventaires que j’ai constaté la différence entre les stocks physiques et théoriques de dix paquets chacun. J’ai après vérification constaté que l’écart provenait d’une réception du 17 janvier 2017 où par inadvertance a été partiellement faite soit 10 paquets de 50 unités. » C’est ainsi qu’après vérification il a procédé à la régularisation par le bon de commande n°B201610-01082 du 8 octobre 2016.
Au regard de ce qui précède, l’administration fait étendre l’audit qui va ainsi couvrir la période du 1er janvier 2016 au 10 avril 2017. On y constatera toujours des « insuffisances et des faits graves » dont des écarts d’inventaires négatifs c’est-à-dire que les quantités physiques sont inférieures aux quantités théoriques. L’incidence de ces écarts s’élève à 13 241 455 fcfa. Des écarts d’inventaires positifs sont également constatés. Ici les quantités physiques sont supérieures aux quantités théoriques. Leur coût estimatif est de 5 696 073 fcfa. En tout, les écarts constatés sont négatifs de 7 545 382 fcfa.

L’audit contesté

Florent Nogtodobo est l’économe de l’hôtel. Il est également licencié. Ces collaborateurs disent que c’est quelqu’un de très influent auprès des travailleurs. Au niveau de l’administration de l’hôtel, on le soupçonne même d’être l’instigateur de la grève du 29 avril dernier pour se couvrir des malversations. « Les inventaires ne se sont pas passés dans de bonnes conditions parce qu’ils se faisaient simultanément avec des réceptions de marchandises et des sorties d’où les régularisations ne sont pas faites correctement par les auditeurs. J’aurai préféré pour une bonne prise d’inventaire, la validation de toutes les entrées et les réquisitions avant les travaux. » Faisant ses remarques point par point Florent Nogtodobo conclut : « au regard des irrégularités et des erreurs de l’auditeur, du manque de procédure de gestion des stocks, je conteste les inventaires que je qualifie de manque de sérieux. » C’est donc une mise en cause du travail de Charles Kaboré, l’auditeur général. Pour ce dernier, il a tenu à ce que Florent Nogtodobo et Arouna Ilboudo, les deux incriminés par le rapport soient présents et prennent part à l’audit. Que rien ne se fasse à leur absence. S’il y’avait quelque chose à faire remarquer, ils avaient l’occasion de le dire. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? se demande-t-il. L’auditeur général légitime son travail par la présence d’un huissier qui a pris part à l’inventaire. Il a biaisé la procédure juste après un déjeuner avec le directeur général affirment les mis en cause.

Par Basidou KINDA


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