Sopatel Silmandé : Le fleuron continue sa descente mortuaire

Publié le jeudi 21 septembre 2017

La crise qui secoue l’hôtel Sopatel Silmandé a atteint son paroxysme depuis le 30 avril dernier. 118 employés ont exigé par pétition le 29 avril le départ du nouveau directeur général (DG), Oumar Sall, arrivé en début mars 2017, du responsable du capital humain, Ibrahim Zagré, et la non reconnaissance du président du conseil d’administration, Talkaye Romba comme interlocuteur dans la crise qui les oppose à la direction générale. Ils dénoncent entre autres, des « comportements irrespectueux » à leur égard, une distribution en cascade de lettres de demande d’explications et le licenciement « incompréhensible » de 11 employés en moins de deux mois de service. Ces sujets ont été à l’ordre du jour de l’assemblée générale du personnel, tenue dans l’après-midi du 17 mars. Le personnel a même instruit ses délégués de rencontrer séance tenante le directeur général afin d’exiger le respect mutuel, l’arrêt des intimidations et la distribution exagérée des lettres de demande d’explications. A la direction de l’hôtel, on met cependant ce mouvement sous le coup d’une instrumentalisation orchestrée par l’économe, Florent Nogtodobo, qui se savait déjà menacé suite aux résultats de l’audit interne réalisé en avril 2017. Il serait quelqu’un de très influent sur les travailleurs. En effet, selon le Responsable du capital humain, « le vendredi 7 avril 2017 il est constaté une charge anormalement élevée au service lingerie. Au regard de l’activité en matière d’hébergement une telle consommation ne se justifie pas. Après vérification du service contrôle, il s’avère que la charge est fictive parce que le service du matériel n’a rien reçu. Au vu de cela le DG décide de faire auditer les services. Un auditeur général est commis pour faire l’inventaire des stocks théoriques et physiques en même temps que l’audit. Des écarts sont en effet constatés. L’économe est sommé de s’expliquer. Sans attendre la réponse de la direction, il instrumentalise la grève sans motifs liés aux conditions de travail ». En réaction à cet arrêt de travail que la direction générale qualifie de « grève sauvage », Florent Nogtodobo et 28 autres travailleurs sont licenciés. Certains pour faits de grève illégale et malversations, d’autres pour faits de grève illégale.

Un patrimoine national abandonné à son triste sort

Bien avant le lancement du processus de sa privatisation le 9 décembre 2008, Silmandé battait de l’aile. L’aboutissement de ce processus le 1er janvier 2011 est une location gérance en raison de 160 millions par an, un ouf de soulagement pour l’Etat burkinabè. Il croyait en effet que les repreneurs allaient redonner à cet hôtel 4 étoiles son lustre d’antan. Espoir déçu ! Depuis sa privatisation, Silmandé tourne au ralenti, malgré d’importants atouts comme son emplacement dans un environnement verdoyant et en bordure d’eau, sa beauté architecturale et le calme des lieux. Les échecs continuent et se succèdent. Après l’échec de l’Etat, la deuxième expérience malheureuse est vécue avec Splendid d’Emmanuel Zongo. Quelques mois après sa prise de l’hôtel en location gérance, travailleurs et usagers se plaignent d’une infrastructure séduisante de l’extérieur mais repoussante de l’intérieur. D’un côté les employés, sont mécontents de leurs mauvaises conditions de travail et du manque de matériel. De l’autre, des clients récriminent contre la mauvaise qualité des services (Cf. Hôtel Silmandé : le fleuron n’est plus ce qu’il était de Boukary Ouoba dans L’Evénement n°216 du 25 août 2011, P. 12). Après 9 mois de marche laborieuse, Emmanuel Zongo renonce à la gestion de l’hôtel. L’établissement est rétrocédé à l’Etat qui lance un appel d’offre restreint accéléré pour sa reprise. Le conseil des ministres du 22 février 2012 marque son accord pour son attribution à la société pour la promotion et l’aménagement touristique et hôtelière (SOPATEL-SA) d’Idrissa Nassa, président directeur général (PDG) du groupe Coris Bank International. Toujours en location gérance mais cette fois-ci au loyer fixe de 150 millions F CFA par an avec un loyer variable de 3% du chiffre d’affaires hors taxes signée le 16 août 2012 pour une durée de 20 ans. Avant la reprise de l’activité hôtelière le 1er juillet 2014, l’établissement est rénové, de l’équipement au matériel de travail, et clôturé pour des raisons sécuritaires. Deux salles de réunion y sont nouvellement construites, au dessus desquelles trônent trois chapiteaux en phase de finalisation. Malgré cela, l’hôtel peine à se remettre véritablement sur ses pieds. Son taux d’occupation qui était de 10% en 2011 atteint actuellement environ 30% le mois et moins de 65% l’année mais n’arrive pas à générer des bénéfices si l’on en croit le responsable du capital humain. En cause, la conjoncture économique mondiale, le putsch du 17 septembre 2015 et les incursions terroristes depuis l’attaque de Cappuccino et Splendid hôtel le 15 janvier 2016 qui ont mis à rude épreuve l’activité touristique et hôtelière. Une situation déjà difficile plombée par les mouvements d’humeur des employés depuis 2015. On se rappelle qu’au lendemain de ces événements, le PDG de Sopatel, Idrissa Nassa avait fait trois doléances au gouvernement : la première est une révision à la baisse du loyer. La deuxième est que le gouvernement s’engage à privilégier Silmandé pour l’hébergement de ses hôtes lors de ses grandes rencontres. La troisième est une demande de remise gracieuse du loyer d’environ 215 millions F CFA (Cf. Courrier Confidentiel n°125 du 10 février 2017).
Si entre 2015 et 2017, les négociations ont permis aux travailleurs d’obtenir certains avantages comme le prêt scolaire de 50 000 francs par enfant ( le nombre d’enfants autorisé étant 4), la prise en charge intégrale de la visite médicale annuelle, des examens et ordonnances, l’octroi d’une trousse médicale de première nécessité, d’un contrat à durée déterminée pour 28 occasionnels, la dégradation du climat social s’est accentuée. L’arrivée du nouveau DG, Oumar Sall, en serait la cause. Les employés lui reprochent un manque de respect à leur égard, s’insurgent contre les vagues de licenciements qu’ils jugent « incompréhensibles » et l’absence de formation pourtant considérée comme « centrale à la réussite » dans le cahier des charges. Jusqu’au mois de mars, des clients se sont plaints du mauvais service dans les chambres, du faible débit du wifi, des prestations de moindre qualité contre des tarifs élevés.
La mort lente et silencieuse des patrimoines nationaux n’est pas un fait nouveau, surtout ceux tombés sous le coup de la privatisation. On se rappelle de l’imprimerie nationale du Burkina dont les machines ne tournent quasiment plus depuis 1997, année de sa privatisation. L’hôtel Silmandé n’est pas loin de connaître ce sort si l’Etat ne prend pas courageusement ses responsabilités pour sa préservation.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Bras de fer autour de la réintégration des employés licenciés

La question de la réintégration des 29 employés licenciés et des 42 autres qui ont déserté par solidarité à leur cause divise toujours. Selon certaines informations, l’administration de l’hôtel pose comme condition au gouvernement, la baisse du loyer d’environ 6 millions par mois. Mais pour le responsable du capital humain, Ibrahim Zagré, l’administration de l’hôtel n’est pas dans une logique de chantage. Il confie d’ailleurs que la question est toujours à l’étude et que par conséquent, aucune condition n’a été posée pour le moment. Cependant, il précise que si réintégration il y a, elle va concerner les 42 qui ont déserté les services et qui n’ont pas reçu de lettres de licenciement, vu qu’aucune action n’est engagée contre eux. Quant aux 29 autres dont le licenciement a été acté, l’administration de l’hôtel s’en remet à la justice n

@gastonbonheur


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