L’opposition campée dans une stratégie de la tension

Publié le lundi 31 juillet 2017

Projet de révision du code électoral, allègement des procédures de passation des marchés publics, des sujets brûlants qui ont occupé le débat public en ce mois de juin. On aurait dit que l’opposition y a trouvé l’occasion d’une cure de jouvence. C’est en effet un grand coup politique porté par Zeph qui, à en juger par l’émoi provoqué en face, a fait mouche. Consciente qu’elle ne peut rien changer dans le processus d’adoption de la loi, puisque la coalition au pouvoir est majoritaire, l’opposition, essentiellement représentée par le trio UPC-CDP, a plutôt opté pour la stratégie des coups d’éclat : conférence de presse aux accents de pathos, avec menaces de recours à la rue, boycott de la séance où se discutait la loi querellée, on a là les éléments du cocktail. Un réveil tonitruant, histoire de rompre avec la monotonie apparente qui menace l’opposition de sclérose. En termes de communication, c’est assez génial. Mais lorsqu’on est à l’initiative d’une bagarre, on doit s’arranger pour ne pas la perdre. Malheureusement, l’opposition n’a pas toutes les cartes entre ses mains. Il lui manque, en particulier, quelque chose d’essentiel, la machine de l’Etat. L’enjeu, ici, ce sont les nombreux projets à réaliser durant le quinquennat. Si le MPP arrive à les sortir de terre et à les mener à bien, alors la communication de l’opposition n’y pourra rien. Certes, on trouvera toujours matière à gloser, quoiqu’on fasse, et c’est de bonne guerre. Mais cela ne peut tenir durablement la route. Toutefois, l’équation, c’est bien comment parvenir à lever les obstacles. Là est le problème. Les pratiques décriées par Zeph et ses camarades ne sont pas une vue de l’esprit. Elles sont ancrées dans l’ADN de certains individus pour qui le contrôle de l’appareil d’Etat n’est qu’une opportunité pour s’octroyer des privilèges. Et il y a surtout cette ambiance, globalement viciée par l’impression que dégage l’ensemble de la gouvernance, que la république des copains est de retour. Sur ce registre, même l’image débonnaire du président n’en sort pas grandie. Si le choix de ses proches collaborateurs à Kosyam ne parait pas être fait sur des principes d’intégrité et de compétence, on ne voit pas comment ces principes pourraient prévaloir ailleurs et particulièrement en matière de marchés publics. Il y a donc un doute raisonnable de la part de l’opinion publique, une sorte de principe de précaution, qui a vocation à se protéger du pire.

« A défaut d’empêcher le vote de la loi, on aurait aimé la voir (l’opposition) ferrailler dur pour négocier des verrous qui soient autant de leviers de transparence. ... On leur aurait concédé une circonstance atténuante, s’ils avaient, dans un débat contradictoire, développé des arguments pertinents, avancé des propositions visant à muscler la loi, mis en discussion les garde-fous qui sont nécessaires à leurs yeux pour la protection des ressources publiques. »

Et c’est là que la stratégie de l’opposition interroge. A défaut d’empêcher le vote de la loi, on aurait aimé la voir ferrailler dur pour négocier des verrous qui soient autant de leviers de transparence. Au lieu de cela, Zeph et sa suite ont préféré l’école buissonnière. On leur aurait concédé une circonstance atténuante, s’ils avaient, dans un débat contradictoire développé des arguments pertinents, avancé des propositions visant à muscler la loi, mis en discussion les garde-fous qui sont nécessaires à leurs yeux pour la protection des ressources publiques. Car il ne faut pas se tromper, il existe une opinion publique bien-pensante, capable de discernement, prête à porter très haut aussi bien les bonnes idées que les bonnes pratiques. Quand on fait de la politique pour son pays et non pas pour sa personne ou pour son groupe, on doit s’abstenir de tirer les choses vers le bas. Ce qui importe au peuple, ce sont bien sûr les principes mais aussi les structures et les mécanismes qui encadrent l’activité des hommes. Et c’est bien ce qui était attendu de l’opposition. Pour le reste, Roch ou Zeph à la manette est finalement secondaire. Ce serait du pareil au même si le peuple ne dispose pas de puissants instruments de contrôle de l’action publique. Nous ne sommes pas en train de sous-estimer le rôle des hommes providentiels ou, si vous préférez, des grands hommes. Ils sont très utiles et même précieux, en particulier quand il s’agit de fixer le cap et de donner l’impulsion. Mais ces hommes n’acquièrent une stature véritablement historique que quand ils ont aidé à construire des institutions solides qui leur survivent. Et c’est bien là malheureusement le talon d’Achille de nombre de nos politiciens au nombrilisme hypertrophique, qui redoutent l’excellence quand ils n’en sont pas l’unique incarnation.

Par Germain B. Nama


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