La provocation bien à-propos de Dr Rasablga

Publié le lundi 31 juillet 2017

Le 3 mai dernier, journée internationale de la presse, Dr Rasablga Seydou Ouédraogo critiquant la géographie de notre armée, en avait profité pour poser la question récurrente de la difficile cohabitation entre militaires et civils. Comment comprendre en effet que sous le prétexte de rechercher des complices de terroristes au Nord, des militaires s’en prennent à de vieilles femmes qu’ils piétinent sans ménagement. Que fait-on de l’indispensable confiance qui doit exister et ardemment cultivée entre les populations et les forces armées ? Indigné par ces comportements dignes de barbouzes sans foi ni loi, Dr Rasablga constate : le camp Lamizana est presque vide. Il n’y a que des bâtiments et quelques familles qui y résident, des dispensaires aussi. Dans sa fougue que d’aucuns qualifieront de juvénile, il assène : « on veut aussi que vous transfériez le camp Lamizana à Nassoumbou, on veut aussi que vous alliez soigner les aveugles et autres malvoyants dans cette zone. » C’est ainsi qu’à ses yeux on peut et doit cultiver la confiance entre les populations et les armées. N’êtes-vous pas convaincu ? Dr Rasablga donne la preuve par le contraire : Lors de la conférence de presse animée par le chef d’Etat-major général des Armées et le ministre d’Etat Simon Compaoré à Djibo, des enseignants ont reconnu des terroristes dans l’assistance. Pour autant, ils ne les ont pas dénoncés auprès des autorités sécuritaires. C’est la preuve conclut-il qu’il y a un manque de confiance entre militaires et civils.

« La guerre asymétrique engagée contre l’extrémisme violent ne se gagnera pas avec les seules kalaches. Les civils y ont toute leur place. Ceux qui sont descendus à Karpala ne peuvent bénéficier de l’excuse de l’ignorance ? Ils reproduisent tout simplement une mentalité forgée par des années d’impunité sur tout ce qui touche au militaire. »

Ce rappel est pour nous une passerelle pour parler des incidents survenus à Karpala, à Ouagadougou, dans la nuit du 27 juin dernier. Des militaires font une descente musclée dans le quartier, bastonnent tous ceux qu’ils croisent sur leur chemin sans la moindre explication, comme s’ils étaient soudainement pris de crises de folie. Et tout ça pour une histoire de fesses apprend-on.
Ce n’est pas une première mais tout de même ! Que dire d’un tel comportement dans un contexte d’insécurité généralisée où l’urgence est à l’union sacrée des fils et filles de ce pays contre un péril qui menace la société tout entière ! La guerre asymétrique engagée contre l’extrémisme violent ne se gagnera pas avec les seules kalaches. Les civils y ont toute leur place. Ceux qui sont descendus à Karpala ne peuvent bénéficier de l’excuse de l’ignorance ? Ils reproduisent tout simplement une mentalité forgée par des années d’impunité sur tout ce qui touche au militaire. Pour paraphraser Sankara, on dira qu’un militaire ignare est un véritable danger public. Il faut en finir avec ça.
C’est le lieu de féliciter l’autorité militaire qui a ouvert une enquête pour situer les responsabilités. Pourvu que cela ne soit pas un simple effet d’annonce. Tous les Burkinabè ont vocation à se soumettre au droit. C’est la condition de notre vivre ensemble. C’est le lieu de rappeler la remarque d’un haut gradé de l’armée qui disait en 2011 à la suite de la mutinerie des casernes : « on ne permettra plus que n’importe envoie son « délinquant » dans l’armée ». A bon entendeur…

Par Basidou KINDA


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