Agression à Omega FM : Il faut sévir pour prévenir

Publié le lundi 31 juillet 2017

La pagaille est-elle en train de s’installer au Burkina Faso ? Alors qu’on cherche toujours des solutions à l’équation Koglewéogo et qu’on n’a pas encore oublié l’humiliation publique subie par la chanteuse Adja Divine ou encore la descente musclée des militaires sur Karpala, c’est un groupuscule de musiciens mal inspirés de la CORA-BF qui fait irruption dans les studios de la Radio OMEGA FM à Ouaga 2000 pour s’en prendre violemment à l’animateur Hamed KOSSA à qui ils reprochent de ne pas diffuser suffisamment la musique burkinabè.
En agissant ainsi, les acteurs de cette violence gratuite qui prétendent être des leaders d’opinion, donc des critiques avertis des travers de la société, se sont disqualifiés pour cette noble mission. Les vagues d’indignation et de condamnation suscitées par cette grave atteinte à la liberté d’expression, aussi bien au niveau des organisations professionnelles des médias que dans le milieu des artistes-musiciens sont à la hauteur de cet incivisme caractérisé. Certains n’hésitant pas à qualifier ses auteurs de voyous ou de hooligans. On est d’autant surpris qu’ils aient fait les gros bras dans un studio de radio alors qu’il n’y a pas longtemps, ils battaient les pavés aux côtés d’autres musiciens pour condamner dans un élan citoyen la vindicte populaire dont Adja Divine a été victime. Rien ne peut expliquer ou justifier leur descente inamicale du 28 juin 2017 sur OMEGA.
L’argument selon lequel l’animateur ne jouerait pas suffisamment la musique burkinabè est spécieux et ne peut prospérer. Aucune loi n’impose formellement aux médias audiovisuels un quota de musique nationale.
Cependant, dans un souci de promotion et de valorisation de la culture burkinabè, et plus particulièrement la musique, l’instance de régulation des médias leur fait des recommandations dans les cahiers des charges. C’est ainsi qu’elle recommande 60% de musique nationale pour les radios communautaires et 40% pour les radios commerciales. OMEGA FM s’inscrit dans le second registre. Et si on s’en tient à ce que son Directeur a publié sur sa page face-book, la recommandation de l’instance de régulation est respectée, même si tout le monde sait qu’une requête n’est pas une obligation. ‘’Le 27 juin 2017, écrit-il en guise d’exemple, entre 6 heures et 23 heures, on a enregistré 57 morceaux de musiciens burkinabè et 51 de musiciens étrangers’’. Dans un monde aussi concurrentiel que celui des médias et des artistes où l’excellence s’obtient par le travail et le talent dans une sorte de darwinisme, il y a peu de places pour les médiocres et les bras cassés. Un chanteur dont la performance est aussi nulle que les croassements d’un crapaud aura naturellement moins de chance d’être souvent à l’antenne.
En tant que supports, la radio et la télévision ont besoin de la musique pour remplir leur fonction de divertissement et crever l’audimat pour attirer les annonceurs, comme, en retour, les musiciens ont également besoin de ces canaux pour leur promotion avec des œuvres de qualité qui plaisent au public. Médias et musiciens devraient donc être des complices. Mais en agressant l’animateur d’OMEGA FM, les membres de la CORA-BF ont violé ce contrat tacite.
Ils se sont faits une mauvaise publicité en s’attirant le courroux de toute la corporation des médias. A la plainte déposée contre eux par la radio, les associations professionnelles des médias audiovisuelles ont décidé de suspendre la diffusion sur leurs antennes des œuvres et activités de promotion de tous les artistes impliqués dans cette agression, jusqu’à nouvel ordre. En termes de dividendes, ils sont bien placés pour savoir ce qu’un musicien dont les œuvres passent souvent sur les antennes gagne chaque année au BBDA. Avait-on vraiment besoin d’en arriver à un tel maximalisme s’ils s’y étaient pris autrement ? Ils auraient pu exprimer leurs préoccupations à la direction de la radio ou à l’instance de régulation dans une approche de plaidoyer.
Mais en s’illustrant aussi négativement par cet acte de vandalisme propre aux hooligans, ils se sont discrédités. Conscients de cette complémentarité entre les médias et la culture, des artistes musiciens respectables ont souhaité que la radio retire sa plainte. Dans le même temps, la CORA-BF, comme si elle se réveillait d’une soirée bien arrosée, se rend soudainement compte de sa gaffe et trouve en son sein un bouc émissaire qu’elle sanctionne, alors que, pour l’opinion, tous ses membres sont tenus pour responsables. Mais est-ce suffisant ? Ne faut-il pas laisser la procédure judiciaire suivre son cours pour servir de leçon ? Laisser passer impunément cette agression d’un homme de média sur son lieu de travail, c’est ouvrir grandement la porte à d’autres qui pourraient s’en servir comme d’une jurisprudence pour agresser des organes de presse à cause de leur ligne éditoriale ou de tout autre article.

Ange Niazon BICABA


Commenter l'article (0)